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Centre Français de Promotion Lyrique : 10 jeunes talents en concert au Studio Bastille

par Stéphane Lelièvre 30 novembre 2021
par Stéphane Lelièvre 30 novembre 2021
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"Ah ! C'est beau la jeunesse et bon, quoi qu'on en dise..."

Il est toujours émouvant et intéressant d’assister au concert de jeunes artistes débutants. Émouvant parce qu’on découvre celles et ceux qui feront peut-être l’art lyrique demain ; intéressant parce que, au-delà de leur grand talent, ces artistes pour la plupart très jeunes (deux d’entre eux ont 21 ans !) sont encore, nécessairement, un peu inexpérimentés et disposent donc d’une marge de progrès plus ou moins importante. Ce qui permet au critique habitué aux grands gosiers, et parfois sévère dans son jugement, de relativiser bien des choses, et de se rappeler toute la difficulté de l’art du chant – et tout le travail qu’effectuent ces jeunes artistes – et qu’ont effectué leurs aînés qui triomphent actuellement sur les grandes scènes lyriques.

Le concert donné lundi dernier dans le Studio Bastille de l’Opéra de Paris permettait à dix jeunes chanteurs et chanteuses, retenus après l’audition de plus d’une centaine de candidats [1], de se produire devant des professionnels de l’Opéra. Il nous faut commencer par féliciter le jury (Jérôme Gay, Valérie Chevalier, Marc Clément et Jean-Paul Burle) pour l’excellence de la sélection : tous les artistes entendus ce lundi ont d’ores et déjà atteint une bonne ou très bonne maîtrise de leur art, et ce «Concert de présentation», outre l’intérêt professionnel évident qu’il représente pour les chanteurs, a aussi été tout simplement un très beau moment de musique. Chaque artiste, accompagné par l’efficace Ayaka Niwano au piano, a interprété deux airs (issus le plus souvent de deux types de répertoires différents).

BARYTONS-BASSES
Bruno Khouri
dispose d’un timbre très séduisant (même s’il a tendance à s’amenuir un peu aux deux extrêmes de la tessiture), et surtout, la voix se projette avec naturel et facilité. L’air de Belcore a par ailleurs permis au baryton de faire valoir une belle aisance dans les coloratures. Reste à l’interprète à gagner en expressivité, ce qui devrait être possible lorsque le chanteur aura pris encore plus confiance en lui-même (il est vrai qu’il n’est pas aisé de rendre compte du caractère à la fois grandiose et désabusé de l’air de Ralph dans La Jolie Fille de Perth…). 

Don Giovanni, l'air du Catalogue (Leporello)
Antoine Foulon

Antoine Foulon est quant à lui l’un des artistes de la soirée les plus à l’aise sur scène, avec un charisme vocal et scénique indéniable. la voix est de qualité égale sur l’ensemble de la tessiture, et la diction particulièrement soignée. Sa Calunnia est parfaitement maîtrisée, et le difficile air de Sancho « Riez du pauvre idéologue » réellement émouvant.

BARYTONS
Halidou Nombre
a fait valoir, dans les extraits de Pelléas et Mélisande et des Contes d’Hoffmann, de belles qualités de diction et de timbre, déjà remarquées au Concours International de Chant de Marmande. La ligne vocale gagnera cependant à être encore davantage polie. Quant à Yiran Jia, au-delà de ses qualités vocales, il lui reste à parfaire la prononciation et la compréhension des langues européennes pour que son chant soit pleinement convaincant. La prononciation de l’allemand, surtout, est assez  fantaisiste… et quelques respirations mal placées (telle celle séparant le verbe de son pronom sujet dans la romance de Wolfram : « und freudlich zeigst // du ») rompent malencontreusement la cohérence syntaxique de certaines phrases.

TÉNORS

Léo Vermot-Desroches se lance courageusement dans la légende de Kleinzach puis dans la Gelida manina de Rodolfo. Le chant est large, puissant, mais aussi émouvant dans le choix de certaines nuances. Les airs retenus font parfois atteindre ses limites au ténor (une certaine fatigue se fait entendre dans l’air de La Bohème…), et Léo Vermot-Desroches ne pourrait peut-être pas actuellement tenir les rôles de Hoffmann ou de Rodolfo dans leur intégralité. Mais quoi qu’il en soit, la voix et l’interprète sont pour l’heure tout à fait prometteurs !

CONTRE-TÉNOR
Le tout jeune Rémy Bres-Feuillet, dans le « Empio diro tu sei » de Giulio Cesare, impressionne par ses vocalises prises à un tempo très rapide et des graves chauds et sonores. Il fera valoir, dans sa deuxième intervention (Orphée et Eurydice de Gluck), de belles qualités de phrasé. Si le timbre est agréable, la pâte vocale nous semble cependant pouvoir gagner encore en homogénéité.

MEZZO-SOPRANOS
Mathilde Ortscheidt
fait preuve d’aplomb et d’humour dans l’air de Lady Eversharp de Brummell (Hahn). Elle affronte courageusement en seconde partie un air tiré d’un répertoire radicalement différent, avec le rondo de Sesto de La Clémence de Titus. Si les vocalises finales ne la trouvent pas parfaitement à son aise, la contraignant à certains (tout petits) arrangements avec la justesse, le phrasé de la première partie de l’air est superbe et l’émotion qui se dégage de l’interprétation indéniable. Un des beaux moments de la soirée ! Quant à Juliette Mey, son interprétation absolument impeccable de l’air d’Urbain (Les Huguenots) et un rondo final de Cenerentola étourdissant d’aplomb et de virtuosité prouvent, malgré son jeune âge (21 ans), qu’elle est l’une des artistes de la soirée vraiment prête à affronter l’épreuve des représentations scéniques.  

SOPRANOS
Les deux sopranos de la soirée disposent de voix et de moyens assez différents. 

© Antoine Bernard

La voix de Yara Kasti revêt parfois les couleurs, légèrement acides, propres aux sopranos légers. Pourtant, la chanteuse est capable de très belles envolées lyriques lui permettant de délivrer des interprétations convaincantes et émouvantes de « La Petite Table » (Manon) et de l’air de Iolanta (Tchaïkovski).  S’ajoutent à cela de belles qualités de projection et de diction. 

La voix de Cyrielle Ndjiki, applaudie récemment dans un très beau concert donné à l’Opéra de Montpellier, est quant à elle celle d’un vrai soprano lyrique. Aussi la chanteuse se lance-t-elle dans deux pages assez ardues : le « Pleurez, mes yeux » de Chimène, à l’émotion communicative, et l’entrée d’Elisabeth dans Tannhäuser, dont elle propose une interprétation pleine de ferveur, couronnée par des aigus très assurés.

La Forza del destino, "Pace, mio Dio"

Un concert fort séduisant, plein d’enthousiasme et de promesses. « Ah ! C’est beau la jeunesse et bon, quoi qu’on en dise », comme chantait l’autre…

———————————————

[1] Il s’agissait de  l’ « Audition annuelle du Centre Français de Promotion Lyrique – Génération Opéra »

 

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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