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BERNSTEIN, Candide – The Grange Festival : un remède à la mélancolie

par Cartouche 9 juillet 2020
par Cartouche 9 juillet 2020
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Candide au Grange Festival en 2018 : bande-annonce

Ceux qui liront le paratexte plus haut qui définit la nature du Candide de Léonard Bernstein s’étonneront de voir tant de collaborateurs pour une œuvre qui s’intitule « opérette » et qui rend hommage à l’opérette européenne tout en respectant les canons du musical, la comédie musicale américaine, et qui, de 1956 à 1990, connait autant de versions et de réécritures, huit au dernier comptage, que notre Mireille de Gounod ou Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, qu’elle pastiche parfois. Pris entre la tentation de l’opéra, le « grand » opéra américain comme Hemingway rêvait d’écrire le « grand » roman américain, et les impératifs de Broadway, et la conviction d’avoir composé une partition de valeur malgré son manque de succès initial, Candide a connu le même sort que son héros éponyme, balloté de hue et à dia, avant de se retirer dans son jardin peu de temps avant la mort de Lenny, son créateur.

Comme dans l’opéra-comique, le musical pratique l’alternance parlé-chanté, qui requiert une énergie sans fin, demande des comédiens-chanteurs capables de danser et de mener des ensembles. Pas de référence au jazz ici, ni à Gershwin, le grand aïeul, mais des rythmes de danse, gavotte, valse ou mambo, des pastiches de musique Grand Siècle ou espagnole, des échos de chorals luthériens ou de klezmer d’Europe de l’Est pour souligner la parodie et la satire. Pas de grandes voix conformes aux classifications habituelles, mais des voix typées, exprimant d’emblée un personnage et un caractère. Bernstein sait écrire pour elles des mélodies inoubliables qui font mouche, au service d’un texte poétique rimé, copieux, volubile et imaginatif (un régal pour les anglicistes) qui pratique volontiers l’inflation du verbe propre à l’humour, dans la tradition anglo-saxonne de Gilbert et Sullivan, et demande de l’abattage de la part des chanteurs, souvent soumis aux virtuosités de débit de l’opéra-bouffe.

Cette production a été filmée dans le théâtre du domaine de The Grange, vaste demeure en style dorique un peu froid dans un cadre verdoyant près de Winchester dans le Hampshire. On est loin de Glyndebourne et de son public compassé : ici le public est venu pour s’amuser avec les artistes dans une version de concert, sensiblement raccourcie. D’ailleurs il a droit à un bis, à sa plus grande joie. Le mot « mise en scène » est donc un peu usurpé car de décor il n’en y a point, mais l’illusion du théâtre et de ses personnages est construite par des solistes (et des choristes) très expressifs, totalement engagés dans leurs rôles et vocalement très en forme, qui font vite oublier le hiatus entre le parlé et le chanté.

Richard Suart, un vieux routier du genre, dans le triple rôle du Narrateur, du Dr Pangloss et de Martin, habite le texte de liaison entre les parties chantées, crée un vrai rapport de complicité avec la salle et interprète ses rôles avec panache. La Vieille dame de Rosemary Ashe est très convaincante dans son Tango (une habanera hispano-russe ! ) du premier acte mais ses aigus sont moins sûrs et un peu criés dans le quatuor final de l’acte I, plutôt brouillon. Charles Rice, Kitty Whately et Robert Murray sont très efficaces dans leurs portions congrues. Katie Hall se tire avec panache des vocalises brillantes et périlleuses de cette coquette de Cunégonde ici en version Barbie. Rob Houchen dans Candide sait jouer des ressources de son timbre de ténor léger, tour à tour touchant de naïveté, émouvant de sincérité, et convaincant dans cette maturité douloureusement acquise, le seul être humain dans cette galerie de fantoches, à qui Lenny réserve ses accents les plus personnels. L’orchestre se tire avec honneur de cette partition raffinée et si vous ne fredonnez par le Tango de la Vieille Dame après l’écoute, il faut consulter ou renouveler l’application jusqu’à ce que les symptômes disparaissent.

Les artistes

Narrator/Pangloss/Martin   Richard Suart
Candide   Rob Houchen
Cunegonde   Katie Hall
Maximilian   Charles Rice
Old Woman   Rosemary Ashe
Paquette   Kitty Whately
Cacambo/Governor/Vanderdendur/1st Agent   Robert Murray

The Grange Festival Chorus, Bournemouth Symphony Orchestra, dir. Alfonso Casado Trigo

Mise en espace   Christopher Luscombe

Le programme

Candide

Opérette en deux actes de Leonard Bernstein, livret de Lillian Hellman, Hugh Wheeler, Richard Wilbur, John La Touche, Dorothy Parker, Lillian Hellman, Stephen Sondheim et Leonard Bernstein  (d’après Voltaire), créé le 1er décembre 1956 à New-York. 

Production du Grange Festival, 2018

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BernsteinThe Grange FestivalCandide
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Cartouche

Premier baryton de la troupe Eratori, dédiée à la défense de l’œuvre lyrique de Claude Terrasse, Cartouche est agrégé d’anglais et l’auteur d’une thèse sur les opéras de Benjamin Britten, de nombreux articles sur son oeuvre et celle de Ralph Vaughan Williams et du rapport texte et musique, XIXe-XXe. Il a échappé de peu au supplice de la roue et coule une retraite active après avoir officié à l’université de Caen.

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