À la une
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Brèves d’octobre –
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre Vermeil portée...
WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première
A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando...
Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduVu pour vous

Streaming – Chailly et Michieletto signent une splendide Salome à la Scala de Milan

par Renato Verga 22 février 2021
par Renato Verga 22 février 2021
0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
3,2K

Crédits photos : © Scala de Milan

La Salomé de Richard Strauss est un opéra on ne peut plus  nécrophile : le nom Tod (mort) et l’adjectif tot (mort) reviennent pas moins de vingt fois dans le court livret qui suit fidèlement le texte d’Oscar Wilde. Avant même que Salomé n’embrasse la bouche du cadavre du Baptiste, on entend parler d’une lune qui « ressemble à une morte », de quelqu’un qui glisse sur le sang d’un cadavre, de morts ressuscités… et la dernière ligne du livret n’est autre que « Man töte dieses Weib ! » (« Tuez cette femme ! »). Sans oublier la référence aux anges de la mort, ponctuellement rendus visibles avec leurs ailes noires par Damiano Michieletto, sur la scène du Teatro alla Scala où l’on peut enfin voir ce spectacle, annulé il y a un an en raison de la pandémie (du moins en streaming puisque le théâtre est toujours fermé au public).

La lecture du metteur en scène vénitien est toujours aussi fidèle au texte, qui réinterprète dans une tonalité symbolique et psychanalytique (l’époque à laquelle Strauss composa son opéra sont contemporaines de Freud) l’histoire biblique des fils d’Hérode le Grand, à savoir Hérode Antipas (tétrarque de Galilée entre 4 avant J.-C. et 39 après J.-C.) et Hérode Philippe (tétrarque d’Iturea, Traconite et Golan entre 4 avant J.-C. et 34 après J.-C.). À la mort de ce dernier – l’histoire se situe donc entre 34 et 39 après J.-C. – Hérode Antipas avait épousé sa femme qui avait auparavant donné naissance à une fille, Salomé, laquelle est donc la belle-fille de son oncle, très exactement comme Hamlet. Comme dans Hamlet, on soupçonne que le premier mari a été supprimé par le second, c’est en tout cas ce que semble suggérer Michieletto. Le metteur en scène donne à voir l’arbre généalogique, afin d’accentuer la fait que sa lecture soit basée sur les liens familiaux : Salomé est traitée comme une enfant par son père qui lui donne une poupée avant de la mettre au lit, une figure enfantine qui d’ailleurs  reviendra plusieurs fois au cours de la pièce. Cette clé d’interprétation n’est certes pas nouvelle, mais elle est chère au metteur en scène qui l’a appliquée à d’autres productions telles que Guillaume Tell et Macbeth.

La mise en scène prend appui sur les couleurs mentionnées dans le texte : blanc, noir et rouge. La première couleur est celle du palais d’Hérode, un environnement d’une blancheur éblouissante dans la scénographie caire de Paolo Fantin, encadrée par des néons froids ; le noir est la couleur de la terre de la prison de Jochanaan et de la lune ; le rouge est évidemment la couleur du sang de Narraboth et de la tête du Baptiste, qui s’égoutte dans le bassin d’argent. Le fond de la scène s’ouvre sur des souvenirs d’enfance réveillés par la voix du prophète ou sur le banquet d’Hérode. Il y a aussi la citerne circulaire creusée dans le sol d’où émerge Jochanaan. Pendant la « danse des sept voiles », la protagoniste revit l’histoire qui la lie à son père, mais aussi sa relation incestueuse avec son beau-père, personnifiée par des figures masculines masquées qui, à la fin, l’habillent d’une robe blanche à laquelle pendent de longs fils rouges, une robe qui monte vers le ciel. Avec la mort de Jochanaan, le sacrifice sera accompli. L’agneau abattu, le sang versé, le calice, tout renvoie à la figure de Baptiste. Une autre référence picturale forte est celle de sa tête auréolée et rayonnante comme dans le tableau de Gustave Moreau L’apparition (1877). Une fois de plus, la magie de l’équipe bien rodée Michieletto, metteur en scène / Paolo Fantin, scénographe / Alessandro Carletti, lumières, Carla Teti / costumes – fait de ce spectacle un ensemble visuellement cohérent et intrigant.

Sur le plan musical, la grande performance de Riccardo Chailly est remarquable. Remplaçant Zubin Mehta, il ajoute Strauss à sa liste d’opéras de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (Verdi, Puccini, Giordano), avec cette œuvre qui comporte déjà en soi toute la modernité à venir, de la coupe du récit à l’instrumentation ou la densité du son, qui couvre un spectre extrême, de la turgescence à l’extrême raréfaction, de sons sensuellement morbides à d’autres secs et proches du bruit. Tout cela est magnifiquement rendu grâce à un orchestre splendide occupant le parterre (les problèmes de distance sont ainsi parfaitement résolus).

Il ne reste aucune trace des interprètes prévus l’année dernière : la soprano russe Elena Stikhina fait ses débuts à La Scala, sa voix n’est pas énorme mais plus que suffisante pour faire face à la redoutable tessiture du rôle-titre, qu’elle incarne avec expressivité et une grande  présence sur scène, même si sa prestation ne nous fait pas oublier celle d’Asmik Grigorian à Salzbourg. On ne trouve guère dans le Jochanaan de Wolfgang Koch, la minceur diaphane évoquée par le livret (« Comme il est élimé ! Il est comme une statue d’ivoire » – qui provoque l’amour de la jeune femme, mais il semble bien difficile de la trouver dans un chanteur possédant le volume sonore nécessaire au rôle, comme c’est le cas du baryton-basse allemand, qui reprend ce rôle après Munich. Le Hérode de Gerhard Siegel, entendu à Turin il y a deux ans, est moins pétulant qu’on ne l’entend d’ahbitude, et la Hérodiade de Linda Watson est moins mégère que d’habitude (les deux chanteurs étant parfaits en scène). Le rôle lyrique du malheureux Narraboth est efficacement tenu par Attilio Glaser, tandis que Lioba Braun prête son timbre chaud de mezzo-soprano au Page, ici la gouvernante de Salomé, témoin impuissant des malheurs de cette terrible famille.

Spectacle visible en streaming sur le site de la RAI.

Texte italien original disponible sur le site Opera in casa. 

Les artistes

Salome   Elena Stikhina
Herodias   Linda Watson
Jochanaan   Wolfgang Koch
Herodes   Gerhard Siegel
Narraboth   Attilio Glaser
Un page   Lioba Braun

Orchestre de la Scala, dir. Riccardo Chailly

Mise en scène   Damiano Michieletto

Le programme

Salome

Drame en un acte de Richard Strauss, livret du compositeur d’après Oscar Wilde, créé le 21 novembre 1901 à la Semperoper de Dresde.

Production de la Scala de Milan, février 2021, disponible en streaming.

image_printImprimer
Richard StraussRiccardo ChaillyDamiano MichielettoElena Stikhina
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
La saison 10 du critique Berlioz : « Charivarius » des années 1860
prochain post
Elle aurait 100 ans aujourd’hui : ILSE HOLLWEG

Vous allez aussi aimer...

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 2/3 – Aïda à Busseto...

3 octobre 2026

Festival Verdi 2026 1/3 – Parme réveille ALZIRA,...

2 octobre 2026

Comique hors les murs : L’éternelle Carmen dans l’arène...

30 septembre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    7 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Trois visions de l’Amérique au Théâtre...

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON :...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une...

5 octobre 2026