À la une
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre Vermeil portée...
WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première
A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando...
Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement...
Festival Verdi 2026 2/3 – Aïda à Busseto : le...
Festival Verdi 2026 1/3 – Parme réveille ALZIRA, belle endormie...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

ProductionCompte rendu

Au Palais Garnier, Yvonne de Bourgogne met le Prince en rogne – et triomphe sans vergogne (malgré sa drôle de trogne)

par Stéphane Lelièvre 7 mars 2020
par Stéphane Lelièvre 7 mars 2020

© Vincent Pontet / OnP

© Vincent Pontet / OnP

© Ruth Walz / OnP

© Vincent Pontet / OnP

© Vincent Pontet / OnP

© Vincent Pontet / OnP

0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
2,8K

Crédit photos : Vincent Pontet

Voilà un spectacle auquel même les plus réfractaires à l’opéra contemporain pourront trouver du plaisir – et qui, précisément, peut contribuer à faire tomber certains préjugés sur la musique des XXe et XXe siècles, parfois jugée agressive, austère, déplaisante, réservée aux seuls connaisseurs. La partition de Philippe Boesmans, savante, reste cependant toujours accessible. Certes, il n’y a que peu de scènes auxquelles l’auditeur puisse véritablement « s’accrocher », pas d’air, peu de monologues (si ce n’est la longue scène de la Reine au troisième acte) – juste quelques phrases musicales, quelques cellules mélodiques qui séduisent, surprennent, touchent parfois (la présentation d’Yvonne à la cour par le Prince). La musique comporte, ici ou là, certaines citations ou quelques références (à la musique baroque, à la musique romantique, à Wagner notamment) : autant de clins d’œil qui, tout en inscrivant l’œuvre dans une tradition opératique, s’en démarque de façon ironique. Mais elle surprend par son efficacité : elle accompagne, illustre, éclaire constamment le texte. C’est ce qui fait d’elle, véritablement, une partition d’opéra réussie, de même que le traitement qu’elle réserve aux voix : si l’écriture de tel ou tel rôle est parfois un peu tendue (le personnage de la reine par exemple), les voix ne sont jamais « brutalisées » et gardent la possibilité de se déployer naturellement, permettant ainsi aux chanteurs de préserver l’intelligibilité du texte qu’ils disent.

Et quel texte ! Le livret concocté par Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, d’après la pièce homonyme de Witold Gombrowicz (pour ce qui est déjà sa quatrième adaptation à l’opéra) est un chef-d’œuvre d’humour noir, de cynisme, de cruauté : le sort de la pauvre Yvonne est on ne peut plus tragique : le Prince l’épouse par amusement et/ou par provocation vis-à-vis de la Cour ; Yvonne est rejetée par l’ensemble des courtisans puis par le Prince lui-même (la présence de la jeune femme, curieusement, a mis au jour toutes les pulsions violentes et malsaines renfermées au sein de chacun des personnages), et elle meurt en mangeant un poisson qu’on lui a servi en espérant qu’elle s’étrangle et s’étouffe avec les arêtes – ce qui ne manque pas d’arriver ! Remarquablement interprété par Dörte Lyssewski à l’allure hagarde et dégingandée, rappelant un peu la Yolande Moreau de l’époque des Deschiens, apathique, taciturne, vulgaire, laid, le personnage étonne autant qu’il agace, suscite le rire autant qu’il émeut. Bref, le spectateur s’interroge constamment sur le sens de l’action qu’on lui donne à voir, mais aussi sur la pertinence, le bien-fondé de ses propres réactions : ce n’est pas le moindre mérite du spectacle.

En onze ans, la mise en scène de Luc Bondy n’a rien perdu de sa beauté, de sa lisibilité ni de son efficacité, et la direction d’acteurs, malgré la disparition du metteur en scène il y a maintenant 5 ans, reste extrêmement travaillée, tous les chanteurs se révélant être d’excellents comédiens. Laurent Naouri notamment est parfait en roi vulgaire (vêtu d’un short ou d’un survêtement !), et il parvient parfaitement à traduire vocalement l’autorité mais aussi la cruauté et le cynisme du personnage.  Béatrice Uria-Monzon (malgré une voix qui a de nouveau tendance à bouger un peu et une diction parfois prise en défaut) est irrésistible de drôlerie en reine tantôt coincée, tantôt délurée. On ne reprochera guère à Julien Behr qu’un très léger déficit de puissance par rapport à ses partenaires. À ce détail près, son incarnation du Prince Philippe est pleinement satisfaisante et le chanteur rend aussi bien justice aux quelques épanchements lyriques du personnage qu’à ses accès de brutalité. Impeccable chambellan de Jean Teitgen, voix puissante, timbre de bronze, articulation limpide. Les autres rôles sont tous fort bien tenus, avec une mention spéciale à Guilhem Worms, qui fait ici ses débuts à l’Opéra de Paris, et dont la présence vocale et scénique donne un très beau relief au rôle de l’Innocent ; à Loïc Félix et Christophe Gay (Cyrille et Cyprien pleins d’humour et constamment compréhensibles) ; et à Antoinette Dennefeld, Isabelle très impliquée et dont la voix, bien projetée, retient l’attention.

 Bravo à l’orchestre et aux chœurs de l’Opéra, dirigés par la cheffe Susanna Mälkki, qui conduisent cette partition exigeante à bon port, avec conviction et talent.

Les artistes

Yvonne  Dörte Lyssewski
Le roi Ignace Laurent Naouri
La reine Marguerite Béatrice Uria-Monzon
Le prince Philippe Julien Behr
Le Chambellan Jean Teitgen
Isabelle Antoinette Dennefeld
Cyrille Loïc Félix
Cyprien Christophe Gay
L’innocent Guilhem Worms

Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Paris, dir. Susanna Mälkki

Mise en scène Luc Bondy

Le programme

Yvonne, princesse de Bourgogne

Comédie tragique en quatre actes et en musique de Philippe Boesmans, livret de Luc Bondy et Marie‑Louise Bischofberger (d’après la pièce homonyme de Witold Gombrowicz), créé en janvier 2009 à l’Opéra de Paris (Palais Garnier).

Palais Garnier, représentation du 06 mars 2020

image_printImprimer
Jean TeitgenGuilhem WormsLaurent NaouriLuc BondyBéatrice Uria-MonzonLoïc FélixJulien BehrAntoinette Dennefeld
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Continuer à se divertir après les interdictions de rassemblement…
prochain post
Vérone-sur-Garonne, ou Roméo et Juliette à l’Opéra de Bordeaux

Vous allez aussi aimer...

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 2/3 – Aïda à Busseto...

3 octobre 2026

Festival Verdi 2026 1/3 – Parme réveille ALZIRA,...

2 octobre 2026

Comique hors les murs : L’éternelle Carmen dans l’arène...

30 septembre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : onze mois déjà

    5 septembre 2026

En bref

  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026
  • Les brèves de septembre

    26 septembre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Trois visions de l’Amérique au Théâtre...

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON :...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une...

5 octobre 2026