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25 ans après sa création : un Titus toujours jeune (et clément) au Palais Garnier

par François Desbouvries 2 juillet 2021
par François Desbouvries 2 juillet 2021
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Crédit photos  © Émilie Brouchon

Reprise au Palais Garnier de la belle production de La Clémence de Titus par Willy Decker, présentée pour la première fois en avril 1997, mais qui vieillit plutôt bien, ou plutôt qui ne vieillit guère, sans doute parce qu’elle préfère une stylisation sobre (et intelligente) à certains procédés qui ont actuellement le vent en poupe, qu’on peut légitiment apprécier, mais qui portent la marque de leur époque et risquent de vieillir prématurément – quand ce n’est pas déjà le cas… Le renvoi de Bérénice (qui en principe se situe en amont du livret), et surtout l’image allégorique de l’accession de Titus au statut d’empereur légendaire, entré dans la postérité par son acte de clémence envers les conjurés qui fomentaient sa perte (rappelons qu’au fil de la représentation un immense bloc de marbre prend progressivement la forme du visage du visage de l’empereur romain) sont des images toujours aussi pertinentes… comme est toujours aussi peu esthétique, en revanche, la couronne que porte Titus, symbole de l’aspect dérisoire du pouvoir.

Musicalement, c’est une bonne soirée : Mark Wigglesworth dirige l’œuvre avec sobriété, et le plateau réuni est globalement tout à fait satisfaisant. Au rôle (vocalement assez ingrat) de Titus, Stanislas de Barbeyrac apporte à la fois un timbre assez sombre et une certaine fragilité, mettant bien en valeur les hésitations et les tourments du personnage. Jeanne Ireland, qui a fait un passage remarqué à  l’Académie de l’Opéra, fait valoir son timbre velouté de mezzo en Annio. La voix de Anna El-Khashem est très agréable et joliment fruitée, bien que parfois un peu couverte par l’orchestre.

Mais les triomphatrices de la soirée sont sans doute Amanda Majeski  et Michèle Losier. La première, très à l’aise scéniquement, possède toute l’autorité du personnage et maîtrise parfaitement les redoutables écarts de son air « Non più di fiori ». Quant à la seconde, elle offre de Sesto un portrait fort touchant, qui convainc autant scéniquement que vocalement, avec notamment un superbe « Parto, parto, ma tu, ben mio » au premier acte.

Ce spectacle est le dernier opéra programmé en 20/21 par l’Opéra de Paris. Rendez-vous en septembre, pour une nouvelle saison qu’on espère un peu plus sereine !

Michèle Losier dans La Clémence de Titus au Palais Garnier
Les artistes

Tito Vespasiano   Stanislas de Barbeyrac
Publio   Christian Van Horn
Sesto   Michèle Losier
Annio   Jane Ireland
Vitellia   Amanda Majeski
Servilia   Anna El-Khashem

Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Paris, dir. Mark Wigglesworth
Mise en scène   Willy Decker

Le programme

La Clemenza di Tito

Opera seria de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Caterino Mazzolà d’après Metastase et la Vie des douze Césars de Suétone, créé le 6 septembre 1791 au Stavovské divadlo (Théâtre des Etats)  à Prague,.

Représentation du mercredi 30 juin 2021 (Palais Garnier, Paris)

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MozartStanislas de BarbeyracMichèle Losier
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François Desbouvries

Scientifique de formation et de profession (il est enseignant-chercheur en mathématiques appliquées), François Desbouvries n’en est pas moins passionné par l’art : la littérature, la peinture, et bien sûr... la musique en général, et l’opéra en particulier. Il fréquente assidûment les salles de concerts et d’opéras depuis une trentaine d’années, et n’a de cesse de faire partager sa passion, notamment via le site Première Loge dont il a rejoint l’équipe de rédaction en janvier 2020.

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