À la une
Opéra de Rome : un Falstaff milanais, mental et onirique
Tarare de Salieri (1787) : un cas rare à Versailles
Les brèves d’octobre –
Le Requiem de Verdi selon Jérémie Rhorer : entre terreur...
Gala de l’Opéra royal de Versailles aux Concerts d’automne –...
Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour...
« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de Parme
Résurrection d’un oublié de la musique française : Louis-Joseph-Ferdinand HEROLD (1791-1833)
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Vu pour vous

Heptaméron III

par Cartouche 3 avril 2020
par Cartouche 3 avril 2020
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,5K

Film : Mike Leigh, Topsy-Turvy

Une immersion dans les coulisses du monde étrange et merveilleux des opéras comiques de Gilbert & Sullivan

Le télétravail et les vidéos conférences, quel cauchemar ! Et avec ça, votre repassage n’avance pas ! Cols et poignets, quelle torture, surtout ces bouillonnés et ces manches gigot !

Pour vous aider à passer en douceur ce cap des tempêtes, j’ai trouvé dans ma malle aux trésors quelque chose susceptible de vous arracher aux telenovellas que vous affectionnez en pareil cas,  à cause de leur valeur éducative proche du zéro. Un film de Mike Leigh, Topsy-Turvy (1999), interdit aux moins de douze ans, ce qui, j’imagine flatte déjà votre lubricité. En effet, s’il contient une scène dans un bordel parisien avec la Môme Fromage, dont le sein, comme celui de Janet Jackson, entrevu par mégarde au Super Bowl de 2004, aura justifié ce classement digne de l’époque victorienne où se passe le film, sa valeur artistique est tout autre. Il vous convie dans les coulisses du monde étrange et merveilleux des opéras comiques de Gilbert & Sullivan.

               Gilbert & Sullivan

Le titre Sens dessus-dessous renvoie à la formule sur laquelle sont fondés les livrets que William Schwenck Gilbert (1836-1911) fournit au compositeur Arthur Seymour Sullivan (1842-1900) depuis le début de leur fructueuse collaboration. Au nom d’une gentille satire, la confusion et le chaos créés par quelque artifice au début de l’œuvre sont poussés jusqu’à l’extrême avant qu’ils ne disparaissent comme par enchantement avec un retour à l’ordre rassurant. 

La formule, la fameuse « pastille » qu’on découvre dans la scène de l’Incantation du Sorcerer, leur permet d’enchaîner des succès comme HMS Pinafore ou The Pirates of Penzance qui incitent leur agent Richard D’Oyly Carte à faire construire le théâtre du Savoy, le premier à bénéficier de l’éclairage électrique, pour accueillir en 1881 les œuvres du duo, d’où leur nom de Savoy operas.

Or, en 1884, suite à une canicule, le théâtre se vide, les spectateurs désertent Princess Ida et D’Oyly Carte exige du duo une œuvre nouvelle sur un livret que Sullivan rejette, las de la même formule et aspirant à écrire un grand opéra qui peigne des passions humaines véritables. C’est l’impasse, d’où l’escapade de Sullivan vers ce Gay Paree où il est moins connu que dans les bordels de Londres.

Le film exploite habilement le contraste entre une société victorienne corsetée dans ses idéaux et la vie privée des deux compères. Sullivan partage sa vie avec une maîtresse tolérante d’origine américaine. Séparée de son époux, elle organise des concerts dans son salon pour la bonne société, et tient la place d’une épouse chez Sullivan. Gilbert vit avec son vieux père sénile, séparé d’une épouse qui le poursuit de sa haine, d’où peut-être l’absence de descendance chez les Gilbert et la froideur de Schwenck vis-à-vis d’une épouse aimante et attentionnée. C’est elle qui entraîne Schwenck à l’exposition japonaise de Knightsbridge qui se tient entre 1885 et 1887 qui lui inspire son prochain livret The Mikado, un des énormes succès du duo, mettant fin, temporairement, à leur brouille.

Le propos de critique sociale du film est pleinement réalisé mais c’est l’entrée dans les coulisses du théâtre qui constitue son aspect le plus fascinant, avec les péripéties de la création du Mikado et les instantanés de la vie des chanteurs, leurs angoisses personnelles et professionnelles, leurs déceptions et leurs triomphes. Léonora, la jeune première, veuve d’un mari suicidé et mère d’un petit garçon, donc « marchandise endommagée », noie son chagrin dans le sherry devant l’impossibilité de refaire sa vie. Le jeune premier, Durward Lely, très écossais et presbytérien, refuse de chanter sans corset et de monter ses jambes. George Grossmith, le baryton comique de tous les G&S, combat son trac en s’injectant de la morphine et Temple, le Mikado, est dévasté quand Gilbert lui supprime son grand air de l’acte I. On assiste aux répétitions sous la férule de Gilbert, à la création du spectacle et les fans de G&S bien informés reconnaîtront les thèmes des succès du duo. Pas de triomphalisme cependant : le final est plein d’une grande nostalgie devant les contraintes que leur impose la société et leur choix de vie que seule la magie du théâtre a pu momentanément soulager. Qui dit mieux ?

Enjoy !

 

image_printImprimer
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Cartouche

Premier baryton de la troupe Eratori, dédiée à la défense de l’œuvre lyrique de Claude Terrasse, Cartouche est agrégé d’anglais et l’auteur d’une thèse sur les opéras de Benjamin Britten, de nombreux articles sur son oeuvre et celle de Ralph Vaughan Williams et du rapport texte et musique, XIXe-XXe. Il a échappé de peu au supplice de la roue et coule une retraite active après avoir officié à l’université de Caen.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Édito d’avril : « L’art ne serait pas important si la vie ne l’était pas… »
prochain post
Salvatore Caputo, le chef qui va droit au c(h)oeur

Vous allez aussi aimer...

Opéra de Rome : un Falstaff milanais, mental et...

13 octobre 2026

Tarare de Salieri (1787) : un cas rare...

13 octobre 2026

Le Requiem de Verdi selon Jérémie Rhorer :...

11 octobre 2026

Gala de l’Opéra royal de Versailles aux Concerts...

11 octobre 2026

Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Les brèves d’octobre –

    12 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Hugues Rameau dans Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour les voix et la musique
  • Jean-Jacques van Weinan dans PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE
  • Jean-Jacques van Weinan dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Marylise Ty dans Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille : pour les voix et la musique
  • Hugues Rameau dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Opéra de Rome : un Falstaff milanais,...

13 octobre 2026

Tarare de Salieri (1787) : un...

13 octobre 2026

Le Requiem de Verdi selon Jérémie...

11 octobre 2026