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ProductionCompte rendu

Liège : une Traviata pour dire adieu à Stefano Mazzonis di Pralafera

par Stéphane Lelièvre 9 avril 2021
par Stéphane Lelièvre 9 avril 2021
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Crédits photos : © Opéra Royal de Wallonie-Liège

Soirée émotion à l’Opéra de Wallonie-Liège, où deux représentations de La Traviata ont été organisées en vue d’une captation, en hommage à Stefano Mazzonis di Pralafera. Pour cette occasion, plusieurs  complices du directeur récemment disparu ont été réunis : le chorégraphe et metteur en scène Gianni Santucci, qui avait assisté Stefano Mazzonis di Pralafera lors de la mise en scène de ce même opéra qu’il avait proposée en 2015 ; la cheffe Speranza Scappucci, occupant les fonctions de directrice musicale de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège depuis la saison 2017-2018 ; ou encore la fidèle Patrizia Ciofi, à qui Stefano Mazzonis di Pralafera avait permis récemment de se confronter à de nouveaux rôles (une très belle Luisa Miller en 2014, Norma en 2017 ou encore Vitellia). On comprendra, dans ces conditions, que cette captation proposée par les équipes de l’Opéra Royal se trouve chargée d’une émotion toute particulière…

Afin de rendre le spectacle compatible avec les mesures sanitaires, les choristes sont placés côté spectateurs et chantent masqués. Les chanteurs évoluent devant l’orchestre, dans une mise en espace sobre et efficace axée principalement, comme on s’en doute, sur le jeu des acteurs, au demeurant tous bons comédiens. L’orchestre s’est montré en très bonne forme, avec notamment des cordes peut-être plus homogènes et chaleureuses que d’habitude. Les musiciens rendent au mieux les volontés de Speranza Scappucci, qui propose de l’œuvre de Verdi une lecture puissamment dramatique, rythmée par de forts contrastes et de puissants climax. La cheffe aborde la partition avec la volonté très nette d’y imprimer sa marque, opérant pour cela certains choix parfois un peu déroutants : mise en relief de tel ou tel détail de l’orchestration, points d’orgue étonnamment étirés sur certains accords (tel celui, très longuement tenu, concluant  le « Digli che vivere ancor vogl’io » du dernier acte), effets rythmiques surprenants (l’accelerando dans la reprise du « Sempre libera », le tempo du second tableau du deuxième acte, mené à un train d’enfer). On aime ou on n’aime pas, mais force est de constater qu’il s’agit là d’une lecture tout à fait personnelle de l’œuvre… et qu’il se passe toujours quelque chose à l’orchestre !

Vocalement, les comprimarii sont excellents, avec une Annina touchante (Julie Bailly) -, une Flora (Caroline de Mahieu) et un Gaston (Pierre Derhet) très en voix, et un docteur sobre (Alexei Gorbatchev).
Giovanni Meoni, qui aurait dû participer l’an dernier à la production de la rare Alzira de Verdi, incarne ici Germont père d’une voix étonnamment claire, favorisant une grande clarté de la diction. Il brosse un portrait nuancé du personnage, évitant d’en proposer une image uniformément  noire et rendant ainsi ses remords finals crédibles.
Dmitry Korchak est un Alfredo juvénile et touchant, tirant habilement profit de sa technique belcantiste au premier acte ainsi qu’au premier tableau du second. Sa maîtrise du souffle et des nuances lui permet un beau legato dans ses deux duos avec Violetta, et on ne retrouve guère ici le péché mignon du ténor (sauf peut-être à la toute fin de son air), qui a parfois tendance à forcer inutilement une voix d’essence plutôt délicate.
Patrizia Ciofi, enfin, retrouve Violetta, un des rôles où elle se montre bouleversante et grâce auquel elle a remporté quelques-uns de ses plus beaux succès. Dans cette captation, la soprano semble cependant en petite forme : le petit voile si caractéristique qui couvre sa voix – et qui contribue grandement à son charme – est ici trop ostensiblement audible, entraînant certaines raucités, voire un léger enrouement. Dans ces conditions, le brio attendu au premier acte n’est pas au rendez-vous, et le chant trahit souvent l’effort. Au regard de sa belle et récente Giovanna d’Arco à Metz, il s’agit sans doute d’une méforme passagère… En revanche, le chant sur le souffle, le jeu sur les couleurs vocales et une implication constante lui permettent de délivrer d’émouvants « Dite alla giovine » et « Alfredo, di questo core », et de donner au dernier acte tout la dimension tragique qu’il requiert.

Un spectacle qui, quoi qu’il en soit, démontre l’énergie de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège et sa volonté de surmonter les douloureuses épreuves traversées ces derniers temps.

Visible sur le site de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège

Les artistes

Violetta Valery   Patrizia Ciofi
Alfredo Germont   Dmitry Korchak
Giorgio Germont  Giovanni Meoni
Flora Bervoix   Caroline de Mahieu
Gastone de Letorières   Pierre Derhet
Barone Douphol   Roger Joakim
Marchese d’Obigny   Samuel Namotte
Annina   Julie Bailly
Dottore Grenvil   Alexei Gorbatchev
Giuseppe   Marcel Arpots
Il commissionario   Marc Tissons
Il Servo   Bernard Aty Monga Ngoy 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie – Liège, dir.  Speranza Scappucci
Mise en espace   Gianni Santucci

Le programme

La Traviata

Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d’après Dumas fils, créé le 6 mars 1853 à la Fenice de Venise.

Opéra Royal de Wallonie-Liège, captation des 19 et 20 mars 2021.

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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