La Komische Oper Berlin a annoncé avec émotion la disparition d’Anny Schlemm, décédée le 20 août 2026 à Graz, à l’âge de 97 ans. Figure majeure du théâtre lyrique de la seconde moitié du XXe siècle, elle laisse le souvenir d’une artiste d’exception, dont le talent a profondément marqué l’histoire de l’opéra allemand.
Née en 1929, Anny Schlemm entre à la Komische Oper Berlin en 1949, à seulement 20 ans, sous l’impulsion du metteur en scène Walter Felsenstein. Cette rencontre sera déterminante. « Il m’a appris à ne pas seulement chanter un rôle, ni seulement le jouer, mais à l’être », disait-elle. Fidèle aux principes du fondateur de la Komische Oper, elle imposera une conception du théâtre lyrique où le jeu scénique et le chant ne font qu’un.
Même si elle chanta sur de nombreuses autres scènes (Francfort, Munich, Bayreuth, Cologne, Hambourg, Vienne, Londres, Glyndebourne, Paris,…), elle resta toute sa vie très attachée à la Komische Oper : dans les années 1950 et 1960, elle devient l’une des interprètes emblématiques de la maison berlinoise. Elle y incarne notamment Cherubino dans Les Noces de Figaro, Marie dans La Fiancée vendue et Micaëla dans Carmen. Elle marque surtout les esprits par sa Desdémone dans Otello, loin des représentations traditionnelles de la victime passive, à laquelle elle donne une force et une autonomie remarquables.
En 1963, elle trouve l’un de ses rôles fétiches avec Boulotte dans Barbe-Bleue d’Offenbach, dans la légendaire mise en scène de Felsenstein. Elle interprétera le personnage plus de 250 fois, avec une énergie scénique débordante, sans jamais sacrifier la précision vocale ou linguistique.
Après la construction du mur de Berlin, l’Opéra de Francfort devient le principal foyer de sa carrière. Mais son lien avec la Komische Oper ne se rompt jamais. Dans les années 1990, Harry Kupfer la rappelle à Berlin. En 1997, elle y triomphe encore dans La Dame de pique, avant de faire ses adieux à la scène de la maison en 1999, cinquante ans après ses débuts, dans Orphée aux Enfers.
Avec Anny Schlemm disparaît une pionnière du théâtre musical réaliste et une personnalité hors norme. Son héritage demeure, entre exigence artistique, vérité scénique et liberté d’interprétation.

