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Les festivals de l’été –
Salzbourg : Schönberg – Webern – Mahler, One Morning Turns into an Eternity

par Renato Verga 16 août 2025
par Renato Verga 16 août 2025
© Ruth Walz
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Ni un concert, ni un opéra… mais une heure d’intense émotion.

Un sac noir contenant un cadavre est jeté à terre sur la scène infinie de la Felsenreitschule de Salzbourg, tandis que les harmonies errantes d’Erwartung d’Arnold Schönberg accompagnent l’entrée d’une femme arrivée « à la lisière d’une forêt » pour rencontrer son amant dans la nuit. La trentaine de mesures musicales de cette première scène souligne le sentiment de tension et d’ inquiétude de la femme. Un très court intermède mène à la deuxième scène « au clair de lune», dans laquelle la femme avance prudemment dans la « large avenue » et dans « l’obscurité profonde, entre de grands arbres touffus ». Dans la troisième scène, « sentiers et champs », « de hautes herbes, des fougères et de grands champignons jaunes » rendent le tableau hallucinant sous les reflets bleutés de la lune. Un interlude de quelques mesures basé sur des figures obstinées débouche sur la quatrième scène, « la forêt profonde et sombre », dans laquelle la femme apparaît avec la robe déchirée, les cheveux en bataille, des taches de sang sur le visage et les mains. Elle trébuche sur un cadavre qu’elle prend pour un tronc d’arbre. C’est celui de l’amant, près de la maison de sa rivale. Des explosions de jalousie se mêlent à des souvenirs et à des espoirs dans une atmosphère onirique désenchantée et inachevée. Ce n’est qu’à la toute fin que son anxiété s’apaise.

L’opus 17 de Schönberg a été composé pendant une période de crise profonde pour le compositeur : à l’été 1908, sa femme Mathilde Zemlinsky s’était enfuie avec son meilleur ami, le peintre Richard Gerstl, qui s’est ensuite suicidé lorsque Mathilde est revenue auprès de son mari en novembre. Erwartung ne sera présentée au public qu’en 1924. Elle constitue ici la première partie d’un spectacle mis en scène par Peter Sellars qui réunit trois représentants de l’école viennoise du début du XXe siècle : outre Schönberg, Anton Webern, dont on entend les Cinq pièces pour orchestre op. 10 en interlude, et enfin Gustav Mahler avec « Der Abschied » (« L’adieu »), le dernier morceau de Das Lied von der Erde, une œuvre également composée en 1908, une période tragique pour Mahler qui a dû faire face à la perte de sa fille Putzi, à la découverte de sa malformation cardiaque et à ses adieux à l’Opéra de Vienne.

Le metteur en scène américain assemble ces musiques dans une dramaturgie où l’homme apparaît comme la victime d’un système autoritaire. Dans la scénographie de George Tsypin, une clôture en fil de fer barbelé délimite à gauche un espace parsemé de rochers, tandis qu’à droite s’étend une « forêt » formée de neuf cylindres métalliques avec des silhouettes noires à leur surface qui tournent dans des moments des plus dramatiques. Deux femmes sont les protagonistes de ces deux œuvres vocales. La soprano Aušrinė Stundytė est l’interprète intense du monodrame de Schönberg. Avec son extraordinaire présence scénique et sa technique expressive raffinée, elle fait du texte fragmenté comme l’expression de l’état de conscience de Marie Pappenheim : un texte qui ne raconte rien mais qui dit tout sur l’angoisse d’une femme. Après le bref interlude constitué par la musique de Webern, nous entendons dans l’œuvre de Mahler la mezzo-soprano Fleur Barron qui remplace la contralto Wiebke Lehmkuhl, ayant dû abandonner la production pour des raisons familiales. Avec son timbre chaleureux et un vibrato parfois prononcé, elle entonne une longue réflexion sur la nature, l’ivresse, la nostalgie, la fragilité de la vie, la douleur de la séparation et de la mort. On ressent alors la souffrance de la planète et de ses êtres vivants : destin individuel que celui d’Erwartung, destin collectif celui de l’Abschied où tout est menacé et prêt à disparaître dans le néant, dans l’indifférence de l’éternité, avec ce « Ewig, ewig… » qui s’éteint dans le silence.

Si les images que nous voyons, éclairées par les jeux de lumière captivants de James F. Ingalls, ont un profond pouvoir évocateur, c’est la musique qui est l’élément le plus troublant de cette étrange opération, qui n’est ni un concert, ni un opéra. La direction d’Esa-Pekka Salonen à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne exalte les qualités des trois œuvres différentes : les sons saisissants du drame de Schönberg, la beauté des morceaux de Webern jamais entendus avec autant de transparence, la nostalgie quasi insupportable de l’ « Adieu » de Mahler. Une expérience bouleversante qui a envoûté le public, ayant visiblement du mal à se remettre de l’émotion suscitée par le spectacle. Ce n’est qu’après de longues secondes qu’il a éclaté en applaudissements enthousiastes. Une expérience qui restera longtemps gravée dans les cœurs.

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Les artistes

Ausrine Stundyte, soprano
Fleur Barron, mezzo-soprano

Orchestre Philharmonique de Vienne, dir. Esa Pekka Salonen

Mise en scène : Peter Sellars
Dramaturgie : Antonio Cuenca Ruiz
Décors : George Tsypin
Costumes : Camille Assaf
Lumières : James F. Ingalls

Le programme

One Morning Turns into an Eternity

Arnold Schoenberg (1874–1951)
Erwartung
Monodrame en un acte pour soprano et orchestre op. 17 (composé en 1909, créé en 1924). Texte de Marie Pappenheim

Anton Webern (1883–1945)
Fünf Stücke für Orchester op. 10 (composées en 1911-1913, créés en 1926)

Gustav Mahler (1860–1911)
« Der Abschied », pour contralto et orchestre, extrait de Das Lied von der Erde (composé en 1908, créé en 1911)
Texte d’après les adaptations par Hans Bethge de deux poèmes chinois, par Meng Haoran
et  Wang Wei.

Salzbourg, Felsenreitschule, 10 août 2025.

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Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

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