À la une
Fidelio à l’Opéra de Bordeaux, une production inclusive et émancipatrice
Ni opéra, ni concert : le Stabat Mater de Pergolèse...
CD – Ernelinde, princesse de Norvège de Philidor – Éloge...
BENJAMIN APPL en concert à Genève : un récital à l’émotion...
Teatro regio de Turin – HAMLET ténor… et quel ténor...
Festival de Saint-Denis : « Nos esprits libres » par Il Caravaggio...
Un Paradis de Schumann onirique à la Seine musicale
Opéra de SAINT-ETIENNE : saison 2025-2026
Opéra de NICE : saison 2025-2026
Se préparer à SEMIRAMIDE – Opéra de Rouen, 10-14 juin...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduRécitalVu pour vous

BENJAMIN APPL en concert à Genève : un récital à l’émotion grandissante

par Renato Verga 18 mai 2025
par Renato Verga 18 mai 2025
© David Ruano
0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
528

Grand Théâtre de Genève : récital Benjamin Appl

Au Grand Théâtre de Genève, Benjamin Appl a proposé un récital à l’émotion grandissante, s’étant achevé par un hommage poignant aux musiciens du camp de Terezín.

La saison lyrique du Grand Théâtre de Genève comprend également, outre les opéras, quatre récitals de chanteurs célèbres du moment : les sopranos Lisette Oropesa et Aušrinė Stundytė, le contre-ténor Jakub Józef Orliński et le baryton Benjamin Appl.

Après des débuts comme jeune choriste au sein des Regensburger Domspatzen et spécialiste de la musique de Bach, Benjamin Appl est dorénavant apprécié dans un large répertoire allant de Telemann à Luciano Berio, de Schubert à György Kurtág. Outre son activité de concertiste, le chanteur est fréquemment sollicité pour interpréter des oratorios – Bach, Brahms, Haydn, Britten… – et des personnages d’opéra, de Papageno dans Zauberflöte à Arlequin dans Ariadne auf Naxos. Appl revient à Genève pour la troisième fois après un Winterreise en 2019 et un remplacement inopiné de Sir Simon Keenlyside en 2023. Dans le concert de ce soir, il intègre, aux côtés de Gustav Mahler, d’autres compositeurs de son époque.

Quand l’Angleterre fait écho à l’Autriche

En première partie de soirée, des lieder tirés de divers recueils mahlériens alternent avec des chansons de George Butterworth (1885-1916), compositeur londonien, collectionneur de chansons folkloriques et danseur. Entre 1911 et 1912, Butterworth a mis en musique onze poèmes tirés de A Shropshire Lad (A. E. Housman’s), comme l’avait fait Ralph Vaughan Williams quelques années plus tôt. Chacune des six chansons choisies ici répond idéalement à un titre de Mahler : ainsi « Frühlingsmorgen », du recueil Lieder und Gesänge aus der Jugendzeit sur des textes de Richard Leander, est suivi par « Loveliest of Trees » dans son exaltation de la saison printanière et de la jeunesse. Ici, au tilleul dont les branches battent contre la fenêtre chez Mahler répond le cerisier en fleurs chez Butterworth. On retrouve le même tilleul dans « Ich atmet’ einen Linden Duft » des Rückert-Lieder, qui a son pendant dans « When I Was One-and-Twenty ». Et ainsi de suite, avec le jeu des regards dans « Blicke mir nicht » et « Look not in my eyes », ou encore le jeu amoureux de « Liebst du um Schöhnheit » et « Think no more, Lad ».
« Um Mitternacht », comparé à « The Lads in Their Hundreds », met cependant en évidence la différence de stature des deux compositeurs : les profondeurs insondables du lied nocturne de Mahler contrastent avec la ballade musicalement simple de Butterworth, dans laquelle les garçons arrivent à la fête foraine de Ludlow avant de partir à la guerre « où ils mourront dans la gloire et ne vieilliront jamais ». Il en va de même dans le plus tardif « Ich bin der Welt abhanden gekommen », également de Friedrich Rückert, où l’adieu déchirant à la vie, que vient à peine contrebalancer une forme de survie grâce à l’amour et la musique, trouve son pendant dans la plus prosaïque « Is my team ploughing ? », où la bien-aimée se console avec le meilleur ami de son défunt petit ami. La première partie de la soirée s’achève avec « Revelge », une musique moqueuse qu’aurait pu écrire Kurt Weill, qui n’était cependant pas encore né au moment de la composition du cycle du Des Knaben Wunderhorn… Benjamin Appl fait ici preuve d’un tempérament qui, jusqu’alors, n’a pas toujours semblé évident : le baryton allemand est en effet un grand interprète de lieder, mais ses interprétations, parfaitement justes et au phrasé impeccable, manquent parfois un peu d’émotion, en partie à cause d’un timbre clair qui manque d’harmoniques dans le grave, harmoniques dont était riche la voix de Dietrich Fischer Dieskau – dont Appl fut l’élève et à qui il dédia le second bis, « Du holde Kunst » de Schubert. Mais avec  « Revelge », le tempérament du chanteur transparaît enfin, avec une certaine liberté rythmique et une expressivité qui lui faisaient défaut jusqu’alors. (L’accompagnement au piano de James Baillieu, bien que très correct, était lui-même un peu froid et faisait regretter l’orchestration adoptée plus tard par Mahler).

Mahler, ses contemporains, et l’ombre du nazisme

La deuxième partie du concert est beaucoup plus réussie. Après l’entracte, les pièces choisies sont signées de contemporains de Mahler ou de compositeurs morts dans les camps de concentration ou ayant fui le nazisme, comme Erich Wolfgang Korngold, dont on entend trois œuvres délicieuses : « Aussicht », du cycle op.5, un hymne joyeux à la beauté de la vie ; « Der Knabe und das Veilchen », un duo entre un garçon et une violette, une pièce au ton ineffable d’opérette, et « Liebesbriefschen », de l’op.6. Alma Mahler apporte également sa contribution à cette séquence de miniatures introspectives tendres et rêveuses avec « Ich wandle unter Blumen «  (sur un texte de Heinrich Heine), « Laue Sommernacht » (Gustav Falke), dans lequel elle chante les nuits d’été, et « Bei dir ist es traut » (Rainer Maria Rilke). Le tout est encadré par deux lieder tirés du Knaben Wunderhorn de Gustav, « Aus ! Aus ! » et « Nicht wiedersen », qui font l’éloge de l’amour, voué, pourtant, à mourir : « Im Mai blühn gar viel Blümelein ! | Die Lieb ist noch nicht aus ! Aus ! Aus ! ». Avec des inflexions quelque peu mélancoliques, Appl fait ici preuve d’une grande élégance dans une interprétation pleine de délicates nuances expressives.

Hommage poignant aux musiciens de Terezín

Avec la troisième et dernière partie, nous sombrons dans l’obscurité et la douleur. Le changement de ton est d’abord imperceptible, avec l’anonyme « Terezin Song », où le rythme enjoué cache la tragédie s’étant déroulée dans la ville forteresse de Terezín, à 60 kilomètres au nord de Prague, où les plus grands artistes juifs ont été internés (Voyez ici notre dossier sur le Requeim de Verdi qui y fut donné sous la direction du chef Rafael Schächter) . Présentée par la propagande nazie comme une colonie exemplaire, un ghetto modèle, c’était en réalité un camp pour les intellectuels juifs, les peintres, les écrivains, les musiciens – et un grand nombre d’enfants – qui attendaient d’être triés dans les camps d’extermination de Treblinka et d’Auschwitz. Dans ce camp où sont passés  Adolf Strauss et Ilse Weber, on faisait de la musique, on donnait des représentations théâtrales et des conférences.
D’Ilse Weber, infirmière et poètesse morte à Auschwitz, nous entendons trois chansons qui se distinguent par leur simplicité et leur force. « Ade Kamerad » est un adieu à une camarade qu’elle ne reverra jamais : le lendemain, elle sera emmenée dans le « convoi polonais ». Dans « Ich wandre durch Theresienstadt », elle s’arrête sur les remparts de la forteresse et regarde avec consternation et nostalgie le monde extérieur. « Wiegala » est une berceuse déchirante d’une tendresse désarmante, chantée peu avant la mort : « « Es stört kein Laut die süße Ruh, | schlaf, mein Kindchen, schlaf auch du. | Wiegala, wiegala, wille, | wie ist die Welt so Stille! » (« Aucun bruit ne vient troubler le doux repos, | dors, mon petit enfant, dors toi aussi. | Que le monde est silencieux ! »).
Musicien actif dans le ghetto de Prague, Adolf Strauss a été déporté à Terezín avant de mourir également dans les chambres à gaz d’Auschwitz. Appl présente une de ses œuvres qu’il a enregistrée sur l’album Heimat en 2017 et qu’Anne Sofie von Otter avait également enregistrée dix ans plus tôt : « Ich weiss bestimmt, ich werd dich wiedersehen » (« Je suis sûr que nous nous reverrons ») apporte un peu d’espoir après tant de douleur… Dans la même veine, Appl propose, pour clore ce récital, « Urlicht », extraite du « Knaben Wunderhorn », dans lequel un ange vient consoler de sa lumière « l’homme prostré dans la plus grande misère, dans la plus grande douleur ».

Avec beaucoup de maîtrise et des moyens vocaux et expressifs impeccables, Benjamin Appl conduit le public à travers ces abîmes de l’âme. Il répond aux applaudissements nourris par deux rappels. Avant la dédicace susmentionnée à Fischer Dieskau, le baryton allemand rend hommage à sa nouvelle patrie d’adoption, la Grande-Bretagne, avec une chanson de 1936 très populaire pendant la Seconde Guerre mondiale et qui a également donné son titre à un film de 1943 : I’ll walk beside you, une interprétation qui permet de révéler l’amour du baryton pour ce répertoire.

———————————————————————-

Retrouvez Benjamin Appl en interview sur Première Loge Opéra !

Per leggere la versione originale in italiano di questo articolo, cliccare sulla bandiera!

Les artistes

Benjamin Appl, baryton
James Baillieu, pianoforte

Le programme

Lieder de Gustav Mahler, Alma Mahler, George Butterworth, Erich Wolfgang Korngold et autres

Gustav Mahler
Lieder und Gesänge aus der Jugendzeit, 1. Frühlingsmorgen

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, I. Loveliest of Trees

Gustav Mahler
Rückert-Lieder, II. Ich atmet’ einen Linden Duft

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, II. When I was one-and-twenty

Gustav Mahler
Rückert-Lieder; I. Blicke mir nicht in die Lieder!

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, III. Look not in my eyes

Gustav Mahler
Rückert-Lieder, V. Liebst du um Schönheit

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, IV. Think no more, Lad

Gustav Mahler
Rückert-Lieder, IV. Um Mitternacht

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, V. The Lads in their hundreds

Gustav Mahler
Rückert-Lieder, III. Ich bin der Welt abhanden gekommen

George Butterworth
Six Songs from a Shropshire Lad, VI. Is my team ploughing?

Gustav Mahler
Des Knaben Wunderhorn, Revelge

Gustav Mahler
Des Knaben Wunderhorn, Aus! Aus!

Erich Wolfgang Korngold
Zwölf Lieder ‘So Gott und Papa will’, VI. Aussicht;

Alma Mahler
Fünf Lieder, V. Ich wandle unter Blumen

Erich Wolfgang Korngold
Der Knabe und das Veilchen

Alma Mahler
Fünf Lieder, III. Laue Sommernacht

Erich Wolfgang Korngold
Sechs einfache Lieder, IV. Liebesbriefchen

Alma Mahler
Fünf Lieder, IV. Bei dir ist es traut

Gustav Mahler
Des Knaben Wunderhorn, Nicht wiedersehen

Anonimo
Terezin Song

Ilse Weber
Ade Kamerad

Adolf Strauss
Ich weiß bestimmt, ich werd’ dich wiedersehen

Ilse Weber
Ich wandre durch Theresienstadt

Ilse Weber
Wiegala

Gustav Mahler
Des Knaben Wunderhorn, Urlicht

Grand Théâtre de Genève, concert du jeudi 15 mai 2025.

image_printImprimer
Benjamin Appl
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Teatro regio de Turin – HAMLET ténor… et quel ténor !
prochain post
CD – Ernelinde, princesse de Norvège de Philidor –
Éloge de Matthieu Lécroart

Vous allez aussi aimer...

Fidelio à l’Opéra de Bordeaux, une production inclusive...

19 mai 2025

Ni opéra, ni concert : le Stabat Mater...

19 mai 2025

Teatro regio de Turin – HAMLET ténor… et...

17 mai 2025

Festival de Saint-Denis : « Nos esprits libres » par...

17 mai 2025

Un Paradis de Schumann onirique à la Seine...

16 mai 2025

Ni veuve, ni franchement joyeuse : Strasbourg redécouvre la...

15 mai 2025

Une pléiade de stars pour le Concert des...

12 mai 2025

Samson et Dalila à Saint-Étienne, la bande-son de Gaza

12 mai 2025

Nouvelle distribution d’exception pour le Rigoletto de l’Opéra Bastille

11 mai 2025

Lyon, Peter Grimes : Chronique de l’homophobie ordinaire

11 mai 2025

En bref

  • Brèves de mai –

    15 mai 2025
  • Les brèves de mars –

    14 mars 2025
  • Les brèves de février

    25 février 2025
  • Sauvons l’Avant-Scène Opéra !

    18 février 2025
  • L’Avant-Scène Opéra, c’est fini…

    7 février 2025

Humeurs

  • Les années 2020 : sombre époque pour les arts, la culture, l’humanisme…

    5 mars 2025

Édito

  • Les années 2020 : sombre époque pour les arts, la culture, l’humanisme…

    5 mars 2025

La vidéo du mois

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Kan Jean-Paul dans Samson et Dalila à Saint-Étienne, la bande-son de Gaza
  • Norbert RIVIERE dans GIOVANNI PACINI : un musicien dont l’œuvre reste encore à redécouvrir…
  • Hervé Casini dans Asmik Grigorian, Carlo Rizzi, Christof Loy : triple triomphe pour le TRITTICO de l’Opéra Bastille
  • Hervé Casini dans Berliner Philharmoniker: memorabile Madama Butterfly di Kirill Petrenko, Eleonora Buratto e Jonathan Tetelman
  • Stéphane Lelièvre dans Asmik Grigorian, Carlo Rizzi, Christof Loy : triple triomphe pour le TRITTICO de l’Opéra Bastille

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Fidelio à l’Opéra de Bordeaux, une...

19 mai 2025

Ni opéra, ni concert : le...

19 mai 2025

Teatro regio de Turin – HAMLET...

17 mai 2025