À la une
Felicity Lott donne des nouvelles de sa santé
I PURITANI à Turin : entre bel canto et psychanalyse
Sept ans de prison pour la basse Paata Burchuladze !
SOLARIS, une odyssée sonore entre mémoire musicale et vertige cosmique
La vidéo du mois : les KING’S SINGERS chantent le...
La saison lyrique messine s’achève par un monumental Requiem de...
Les brèves de mai –
DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le...
Genève 26-27 : en route pour de « Nouveaux mondes » avec...
Au Théâtre des Champs-Élysées, La Calisto de Cavalli se pare...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduRécitalVu pour vous

Jaroussky et l’Arpeggiata au Corum de Montpellier

par Sabine Teulon Lardic 29 mars 2023
par Sabine Teulon Lardic 29 mars 2023
© OONM
0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
3,K

Après la sortie de leur album Passacalle de la Follie, le récital du contre-ténor Philippe Jaroussky et de l’Arpeggiata a fait les délices du public au Corum de Montpellier. Le parcours du baroque européen au début du XVIIe siècle est savamment conçu et distillé par le chanteur et la cheffe Christina Pluhar dont la complicité est scellée … depuis 20 ans !

Du baroque italien et français aux variations jazzy : une même virtuosité

Un concert captivant d’une heure trente de musique sans entracte !  Airs de cour, madrigaux et danses instrumentales de ballet de cour forment le creuset du récital consacré à un XVIIe siècle plutôt méconnu, hormis des auditeurs ayant acquis le cd des mêmes artistes, paru en février dernier :

 La thématique amoureuse relie les goûts italien, français et anglais pour les pièces vocales programmées, tandis que l’écriture sur basso ostinato  rassemble les pièces instrumentales : passacaille, ciacona, passamezzo.

Cependant, à l’écoute, les différences paraissent plus le fait d’une sensibilité créatrice, ou bien d’une poésie, que celui d’un style délimitant la sphère italienne (prétendument mouvementée) ou bien celle française, de réputation raisonnée à l’époque de Descartes. Or, si Luigi Rossi, actif à Naples et à Rome, fut invité à la cour de France par le cardinal Mazarin, si l’occitan Estienne Moulinié fut aisément contaminé par l’influence italienne via les circulations méditerranéennes, le ballet de cour accueillait, de son côté, des airs dans la langue de Cervantès. Du premier (Rossi), la saynète italienne Dormite begl’occhi (Dormez, beaux yeux) devient l’occasion d’improvisations fantasques des instrumentistes : du baroque au jazz, avec citation de La panthère rose au facétieux cornet à bouquin !  Du second (Moulinié), le Concert des différents oiseaux déroule un émouvant cantabile. Les ornements du chant y déploient la nature de leurs « voix plus divines qu’humaines Qui tiennent les soucis charmés » : une véritable métaphore du langage musical. Concernant la langue espagnole, acclimatée par Henry de Bailly dans Yo Soy la Locura, son hispanisme est appuyé par la gestuelle satirique du chanteur avec éventail et par les percussions toujours inventives (David Mayoral, excellent musicien sur les peaux ou aux idiophones).

Du côté des poèmes, les émois, plaintes ou Folies de bergers et bergères forment un ensemble français fort diversifié grâce aux compositions de Michel Lambert et de Pierre Guédron. Les passions et ardeurs exprimées par les madrigaux et extraits d’opéra italien génèrent des pièces plus tourmentées (Si dolce è il tormento de Monteverdi), voire pathétiques (Lasciate averno  de L. Rossi) que l’instrumentarium de l’Arpeggiata magnifie. Tous les musiciens de cet octuor sont excellents sous la houlette de Christina Pluhar au théorbe. Signalons la virtuosité du cornet à bouquin (Doron Sherwin), du luthiste et guitariste (Miguel Rincon) et les facultés d’improvisation de l’organiste (Dani Espasa). Car, selon les usages du temps, les instrumentistes improvisent des contrechants, des ornementations ou diminutions au gré des prélude, interlude ou postlude des pièces vocales. Quant aux danses instrumentales, l’énergique Canarie de Lorenzo Allegri ou bien la délirante Ciaccona de Cazzati acclimatent avec succès l’exubérance des chorus d’une formation jazz.

Le talent scénique de Philippe Jaroussky

Avec l’Arpeggiata et la complicité de Christina Pluhar, le contre-ténor se délecte de chanter … et de jouer ! Au sein de la formation chambriste, sa qualité de timbre est quasi instrumentale tandis que son écoute des soli de violon ou de cornet (de même registre) est l’occasion de tisser des enchainements suaves. On demeure charmé par la finition des ornementations et la manière d’étirer ou de sculpter les mots chantés : voir le sublime Lasciate avern, issu de l’Orfeo de Rossi. Sa souplesse vocalique fait briller la seule pièce d’Henry Purcell (Music for a while ), qui célèbre opportunément la puissance réparatrice de la musique en final.

Son expérience de l’opéra baroque est l’occasion d’animer certaines pièces avec une présence toute naturelle. Toutefois, le public plébiscite les mimiques histrionesques du Dormite de Rossi, puis réclame des bis par des trépignements de plaisir. La petite cantate italienne (anonyme) du Paradis et de l’Enfer est alors chantée-mimée en duo vocal par le contre-ténor et le cornettiste, devenu chanteur aussi histrion que la vedette ! Au second bis, le public découvre une facette inattendue de Jaroussky dans la chanson Déshabillez-moi (Juliette Gréco, montpelliéraine), mimée avec un humour sensuel et superbement accompagnée par l’Arpeggiata.

L’Opéra Orchestre national de Montpellier a la chance d’accueillir l’artiste Jaroussky pour une seconde année de résidence. Rendez-vous pris pour la recréation de l’Orfeo d’Antonio Sartorio le 7 juin prochain, que l’artiste dirigera à la tête de son Ensemble Artaserse.

Les artistes

Philippe Jaroussky, contre ténor

L’Arpeggiata, direction Christina Pluhar (théorbe)

Le programme

Antoine Boësset, Nos esprits libres et contents ; Gabriel Bataille, El baxel està en la playa, La Dia Spagnola ; Henry de Bailly, Yo Soy la Locura. Passacalle (La Follie) ; Pierre Guédron, Aux plaisirs, aux délices, bergères ; Antoine Boësset, À la fin de cette bergère ; Lorenzo Allegri, Canario (instrumental) : Estienne Moulinié, Concert des différents oiseaux ; Orilla del claro tajo ; Michel Lambert, Ma bergère est tendre et fidèle ; Pandolfo Mealli, La Vinciolina (instrumental) ; Estienne Moulinié, Enfin la beauté ; Claudio Monteverdi, Si dolce è il tormento ; Maurizio Cazzati, Ciaccona (instrumental) ; Claudio Monteverdi, L’incoronazione di Poppea – Oblivion suave ; Ohime, ch’io cado ; Luigi Rossi, Dormite begl’occhi ; Lasciate averno ; Henry Purcell, The Curtain Tune (instrumental) ; Music for a while.

Concert du lundi 27 mars, Le Corum (Montpellier)

image_printImprimer
philippe jaroussky
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
MÉDÉE de Charpentier au Théâtre des Champs-Élysées :  « L’allégresse en ces lieux ne peut être plus grande ! »
prochain post
2023-2024 : PRUDENCE ET AUDACE À L’OPÉRA COMIQUE

Vous allez aussi aimer...

I PURITANI à Turin : entre bel canto...

11 mai 2026

SOLARIS, une odyssée sonore entre mémoire musicale et...

9 mai 2026

La vidéo du mois : les KING’S SINGERS...

9 mai 2026

La saison lyrique messine s’achève par un monumental...

9 mai 2026

Genève 26-27 : en route pour de « Nouveaux...

8 mai 2026

Au Théâtre des Champs-Élysées, La Calisto de Cavalli...

7 mai 2026

L’Or du Rhin brille de nouveau à Marseille

7 mai 2026

L’Académie de l’Opéra de Paris invite Rossini à...

7 mai 2026

Saison 2026-2027 de l’Opéra de Saint-Étienne : la...

5 mai 2026

Pelléas et Mélisande à la Scala, ou quand...

4 mai 2026

Humeurs

  • Découverte vocale : la contralto ukrainienne VANDA KOZUB

    17 avril 2026

En bref

  • Felicity Lott donne des nouvelles de sa santé

    12 mai 2026
  • Sept ans de prison pour la basse Paata Burchuladze !

    11 mai 2026

La vidéo du mois

*

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • LIN dans La saison lyrique messine s’achève par un monumental Requiem de Verdi
  • Silcho dans Elle aurait 100 ans aujourd’hui : HUGUETTE RIVIÈRE
  • Madar dans L’Or du Rhin brille de nouveau à Marseille
  • BAUDIERE dans Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille
  • BAUDIERE dans Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

I PURITANI à Turin : entre...

11 mai 2026

SOLARIS, une odyssée sonore entre mémoire...

9 mai 2026

La vidéo du mois : les...

9 mai 2026