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Audition Concert 2022 de Génération Opéra – Un triathlon lyrique

par Laurent Bury 29 novembre 2022
par Laurent Bury 29 novembre 2022
© Christophe Pelé / Opéra de Paris
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Pour la deuxième fois, Génération Opéra propose au Studio Bastille une audition publique permettant de découvrir les dix jeunes chanteurs retenus parmi une bonne centaine de candidats.

C’est le rendez-vous des agents et des directeurs de théâtre, qui sauront puiser dans ce vivier pour leurs distributions à venir. Comme l’an dernier, toutes les tessitures sont représentées, mais la moyenne d’âge semble un rien plus élevée : la plus jeune a 22 ans, mais sept de ces artistes ont entre 28 et 33 ans. Et par rapport au concert de novembre 2021, une exigence supplémentaire a été introduite, qui rend le programme d’autant plus copieux (près de deux heures et demie de musique, et une véritable performance pour Delphine Dussaux, la pianiste qui accompagne vaillamment tous ces artistes, couvrant un répertoire allant de Purcell à nos jours) : outre les deux airs d’opéra, dont un français, chacun doit interpréter une mélodie, et pas n’importe laquelle puisqu’il doit s’agir de l’œuvre d’une compositrice.

Le concert prend donc quasiment l’aspect d’un triathlon, où seuls les mieux entraînés parviennent à se montrer totalement convaincants dans les trois épreuves, sans oublier le question délicate du choix des pièces, ni trop courtes ni trop longues, et qui permettent à l’interprète de briller. La benjamine du groupe, la mezzo Juliette Gauthier, montre de quoi elle est capable dans l’air de Brummel déjà interprété l’an dernier par une de ses consœurs, mais voit peut-être trop grand lorsqu’elle s’attaque à « When I am laid in earth ». Le baryton-basse Igor Mostovoi dévoile un timbre somptueux et une véritable autorité dans un air largement inconnu en Europe occidentale, tiré de Bogdan Khemlnytsky (1951) du compositeur ukrainien Kostiantyn Dankevich, mais « Voici des roses » est un peu terne pour le mettre en valeur. Même remarque pour « Smanie implacabili », qu’Axelle Saint-Cirel interprète sans aucun second degré alors qu’elle avait manifesté un bel entrain dans l’air de Lazuli de L’Étoile. Pour elle se pose aussi la question de la projection, de la capacité à passer par-dessus un éventuel orchestre : ainsi, la voix du baryton Damien Gastl, plein d’aplomb en Guglielmo, semble moins assurée dans le répertoire français.

Kiup Lee © Studio J'adore ce que vous faites

Certains apparaissent déjà prêts pour l’opéra, mais peinent dans la mélodie : le ténor coréen Kiup Lee paraît marcher sur des œufs dans « Au pied de mon lit » de Lili Boulanger, alors qu’il darde des aigus éclatants dans l’air de Rinuccio de Gianni Schicchi et offre un « Viens, gentille dame » d’une belle vaillance.
L’air d’opéra français imposé à tous est un piège pour les contre-ténors, qui semblent condamnés à se rabattre sur l’Orphée de Gluck, mais puisque la version Berlioz était destinée à un contralto, pourquoi ne pas leur autoriser tous les rôles travestis destinés à une voix de femme ? Léopold Gilloots-Laforge, un peu à la peine dans « Laissez-vous toucher par mes pleurs », révèle en revanche un beau dynamisme dans l’air de Farnace de Mitridate, « Venga pur, minacci e frema ». 

Et il convient aussi de varier le ton d’un air à l’autre : le baryton Matthieu Walendzik a eu l’intelligence d’aller chercher dans son arbre généalogique une mélodie de Maria Szymanowska (1789-1831, aucun lien avec Karol Szymanowski, semble-t-il), mais c’est avec le même dramatisme un peu trop uniforme qu’il chante l’air du très blasé Onéguine et la chanson à boire d’Hamlet feignant la folie. 

Reste donc ce qui pourrait bien être notre tiercé gagnant. La soprano Clara Guillon possède une maîtrise de la virtuosité et surtout un tempérament plein de fougue, qui évite toute mièvrerie dans « Ombre légère », donné avec son récitatif ; la mezzo Floriane Hasler choisit une mélodie de Kaija Saariaho qui est un air d’opéra miniature, elle réussit à s’imposer dans une page aussi ressassée que « J’ai perdu mon Eurydice », et ne fait qu’une bouchée de l’air d’entrée d’Isabella de L’Italienne à Alger. 

Et le ténor Kaëlig Boché, après avoir pris la défense de sa compatriote la Bretonne Rita Strohl, campe un beau Lenski et surtout un Pâris aux « Evohé » glorieux et au jeu scénique totalement rodé. Talents à suivre, forcément.

Kaëlig Boché © Hélène Charier
Les artistes

Clara Guillon, soprano
Juliette Gauthier, Axelle Saint-Cirel, mezzo-sopranos
Léopold Gillotts-Laforge, contre-ténor
Kaëlig Boché, Kiup Lee, ténors
Damien Gastl, Matthieu Walendzik, barytons
Igor Mostovoi, baryton-basse

Delphine Dussaux, piano

Le programme

Airs d’opéras et mélodies

Concert du undi 28 novembre, 19h30, Studio Bastille

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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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