Zaïde de Mozart fait sa rentrée au Lycée Carnot pour l’Opéra-Comique

Zaïde, Opéra-Comique au Lycée Carnot, mercredi 9 septembre 2026

La fermeture de la Salle Favart pour travaux oblige l’Opéra-Comique à proposer une saison 26-27 hors les murs. Fidèle à sa notoriété, l’institution parisienne n’a pas choisi la facilité en programmant le rare Zaïde, opéra inachevé de Mozart. Portée par des artistes rayonnants, la production réussit à faire sensation dans la cour du Lycée Carnot. L’événement de la rentrée !

Il y a quelques mois, Louis Langrée, le sémillant chef d’orchestre et directeur du Théâtre national de l’Opéra-Comique, a reçu les journalistes pour une conférence de presse dans le bureau mythique du 5, rue Favart à Paris. L’annonce de la fermeture temporaire, en 2026-2027, de son établissement pour rénovation a été suivie d’une visite impressionnante des équipements scéniques avec la découverte du dessous du plateau soutenu par une structure conçue par un certain Gustave Eiffel. En dehors de sa tour emblématique, l’architecte a laissé à Paris plusieurs autres réalisations métalliques comme la charpente de la verrière du lycée Carnot. Avec cette célébrité sous son sol ou dans les airs, comme un heureux hasard, l’Opéra-Comique a élu domicile dans la cour de cet établissement public depuis le 9 septembre 2026, le temps de quelques représentations d’un opéra, entre ciel et terre. En partie réduite, la programmation 26-27 de l’Opéra-Comique est fidèle à ses obligations avec une création, de l’opéra français, une pièce de son répertoire historique et un opéra baroque. Même servie par des habitués de la maison tels Sabine Devieilhe ou Raphaël Pichon, choisir une production du rare Zaïde de Mozart comporte des enjeux.

À la baguette, au four et au moulin, Raphaël Pichon est l’homme de la situation

Composé en 1780, l’opéra est un singspiel inachevé qui n’a jamais été représenté du vivant de son compositeur. Pour redonner vie à cette œuvre singulière dont on connaît surtout deux très beaux airs de soprano, la difficulté est donc de combler les trous, comme l’ouverture que Mozart composait toujours en dernier, et surtout de proposer un dénouement final, au deuxième acte. Le défi a été relevé haut la main par Raphaël Pichon, sans surprise. En effet, pour avoir pour habitude de placer des emprunts dans ses concerts et pour avoir créé des spectacles entiers autour de reconstructions (par exemple Samson de Rameau, Un autre Voyage de Schubert, Miranda de Purcell vus à l’Opéra-Comique) l’artiste semblait tout désigné pour redonner vie à Zaïde de Mozart, compositeur qu’il défend à merveille. Avec un certain génie, Pichon, toujours prompt à défricher, exhumer et mélanger, est allé piocher dans ses airs de concert et surtout dans le Davide penitente. Œuvre elle aussi rarement à l’affiche, la musique de la cantate est néanmoins bien connue car elle a été en partie réutilisée dans la grande Messe en ut mineur, l’absolu chef-d’œuvre de Mozart. Les spectateurs qui se seraient documentés avant la première du 9 septembre ont sans doute été étonnés de ne pas retrouver une histoire proche de celle de L’Enlèvement au sérail sans pour autant être déçus. Autre idée brillante, le chef d’orchestre a invité Wajdi Mouawad pour l’ajout de dialogues et certainement pour recomposer un livret. La turquerie s’efface derrière cette nouvelle pièce, puissante, qui s’appuie sur les valeurs humanistes partagées par Mozart et les auteurs modernes.

Sabine Devieilhe exécutée est inoubliable, encore une fois !

A la recherche de ses racines, une jeune fille visite une ancienne prison où jadis sa mère a été torturée et tuée. Elle y croise Allazim, gardien du sérail chez Mozart reconverti en gardien de musée et homme à tout faire, qui retracera l’histoire de Zaïde et Gomatz, amants et esclaves du cruel sultan Soliman. Sur un plateau nu comme celui de la Felsenreitschule à Salzbourg où la production a été créée lors du Festival de 2025, les personnages reprennent vie jusqu’à leur exécution, déchirante. Le drame sera évoqué simplement dans un théâtre de l’émotion, les mots de Wajdi Mouawad subtilement teintés de religieux délivrant un message universel d’espoir. La grande cour du Lycée Carnot avec sa coursive et les salles alignées est un décor naturel pour figurer la prison et un certain enfermement dans une mise en scène épurée et efficace. Raphaël Pichon, aux multiples talents, est également à la manœuvre pour dessiner les déplacements fluides du chœur Pygmalion ou pour produire des images marquantes. Il s’est entouré d’artistes qui vivent la musique et le théâtre avec intensité.

Aux côtés du cruel Soliman (le solide ténor Matthew Swensen), Gomatz est joué par Hugo Brady. Avec un aigu qui gagnera en assurance, le tout jeune artiste, lauréat du Concours Kathleen Ferrier Junior 2022, possède un timbre séduisant et velouté et une belle ligne vocale qui fait merveille dans ses airs. C’est la révélation du spectacle. Annoncé souffrant, Johannes Martin Kränzle incarne un Allazim profondément humain dans les parties parlées et chantées sans que l’effort ne se fasse jamais entendre. L’acoustique n’est pas celle d’un théâtre d’opéra et pourtant, même si certains détails de l’orchestre peuvent se perdre, elle réserve la bonne surprise de porter les voix toujours parfaitement claires. Le baryton aguerri donne la réplique à Xenia Puskarz Thomas, autre jeune talent et comédienne instinctive qui incarne Persada à la recherche de son passé. La voix est puissante, avec un aigu parfois tiré ce soir de première. La mezzo pâtit sans doute de la comparaison avec une artiste aussi accomplie que Sabine Devieilhe.

La simplicité étant la sophistication suprême, jamais sa technique vocale ne se fait sentir alors que la soprano accomplit des miracles de musicalité. Le legato admirable ou la longueur du souffle remarquable ne sont utilisés que pour servir l’interprétation intense. Même si le sublime et très attendu air « Ruhe sanft » (sans doute trop entendu au disque) manque d’une once d’abandon, la véhémence jusqu’au cri déchirant de « Tiger! wetze nur die Klauen » provoque sidération et déchirement tant l’actrice est impliquée. Elle partage avec le chef l’intelligence et la compréhension aiguë du style mozartien. A la tête de Pygmalion, splendide, Raphaël Pichon construit une architecture de sons avec des pianissimi ou des forte maîtrisés qui soutiennent le dramatisme ou incarnent même une certaine idée de la spiritualité. La production de Zaïde est une réussite théâtrale et musicale qui marque cette rentrée 2026 et qui nous rappelle au passage qu’une saison ne saurait se vivre sans l’Opéra-Comique, décidément la maison des bonnes et belles surprises.

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Les artistes

Zaïde : Sabine Devieilhe
Gomatz : Hugo Brady
Allazim : Johannes Martin Kränzle
Persada : Xenia Puskarz Thomas
Soliman : Matthew Swensen

Chœur et Orchestre Pygmalion

Conception musicale et scénique, direction musicale : Raphaël Pichon
Dialogues : Wajdi Mouawad
Lumières : Bertrand Couderc
Dramaturgie : Eddy Garaudel
Collaboration Artistique : Amalia Lambel
Chorégraphie : Evelin Facchini
Costumes : Silvia Costa

Le programme

Zaïde

Singspiel en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret original de Johann Andreas Schachtner, créé le 27 janvier 1866 à Francfort-sur-le-Main.

Partitions :

Wolfgang Amadeus Mozart : Zaïde KV 344 (336b) (1779/80)
Pedro Beriso, compilation et édition des pièces complémentaires Published by Werner Oehlmann  (Neue Mozart Ausgabe)
Neue Mozart-Ausgabe © Bärenreiter-Verlag Kassel · Basel · London · New York · Praha

Wolfgang Amadeus Mozart : Davide penitente KV 469. Carus 51.469
Carus Verlag, Stuttgart Pedro Beriso, compilation et édition des pièces complémentaires

Théâtre national de l’Opéra-Comique au Lycée Carnot, représentation du mercredi 9 septembre 2026.