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Voix et mapping vidéo à Aix

par Nicolas Darbon 19 septembre 2025
par Nicolas Darbon 19 septembre 2025

© Laura Vesmare

© Mikhail Syntenkov

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L’Ensemble vocal Focus dirigé par Bénédicte Pereira se fond dans le spectacle audiovisuel de la Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence (juillet-août-septembre 2025).

Il est intéressant de s’interroger sur la place de la musique vocale dans le cadre de ces spectacles « son et lumière » recourant à la technologie du mapping vidéo, événements qui se multiplient depuis une vingtaine d’années. Qui n’a pas assisté à une projection colorée sur la façade d’un lieu sacré ou d’un monument historique ? À Nice, par exemple, une initiation à l’univers lyrique se déploie sous la forme de projections sur les murs et la coupole de l’Opéra.

Le spectacle d’Aix présente deux formules de diffusion sonore. En semaine, l’accompagnement musical se réalise en version purement électroacoustique contenant des voix enregistrées ; les week-ends, une version mixte fait entendre des choristes en chair et en os remplaçant les pistes vocales de la diffusion sur haut-parleurs. Le chœur en mode « concert » est lui-même amplifié et rediffusé, fondu dans la bande-son.

Le mapping vidéo propose donc une fresque architecturale de la cathédrale Saint-Sauveur. La projection n’est pas sur la façade, comme c’est le cas pour la Basilique de Beaune, au moment du festival international d’opéra baroque ; à Aix, elle englobe la grande nef. Cette projection en 360°, en « 3D » pourrait-on dire, transforme visuellement l’intégralité de l’édifice.

La technique du mapping consiste dans un premier temps à effectuer avec finesse la cartographie (mapping) du lieu. Des logiciels divers permettent ensuite aux modeleurs 3D et dessinateurs de concevoir un récit audiovisuel avec une voix off récitante, créer des images ou souligner des reliefs de l’église. Le jour J, les ordinateurs lancent la bande-son spatialisée.

Ce sont les Ateliers BK de Lyon qui sont à la conception, à la demande de Luminiscence, une jeune entreprise dirigée par Romain Sarfati, dont les déclarations se veulent très humanistes : « préserver, transmettre et promouvoir notre histoire » en faisant « découvrir la richesse de notre patrimoine »…

Cette technologie n’a finalement plus besoin d’un écran plat pour projeter un film en 360° dans les dimensions d’une cathédrale. Contribuant au mouvement de spectacularisation, on se demande si l’étape suivante ne serait pas de transformer l’église en une salle de cinéma maximaliste et en espace publicitaire comme le font déjà Nokia, Samsung ou BMW. Avec la bénédiction de l’évêque, il faut dire que cette « expérience immersive » au volume sonore « augmenté » rejette au millénaire précédent l’idée que la cathédrale serait une oasis inviolée de sérénité et de mystère.

L’audio vient pour renforcer le visuel ; c’est une dimension augmentée de l’image déformée du lieu, une spatial augmented reality. De même qu’en art contemporain, le sonore est devenu un outil pour “peindre” une réalité, le plasticien prenant le nom de compositeur, de même les musiques utilisées ici sont enrobées d’effets sonores collant aux effets colorés et géométriques, au rythme des thèmes de la narration : ciel étoilé, grande peste, etc.

Ce peintre-sonore s’appelle vidéo-jokey dans l’univers de la mapping vidéo, qui, à la façon du DJ, anime depuis les ordinateurs le concert des images-sons. Par parenthèse, les créations des VJ ont engendré une catégorie qui prend place dans l’Art numérique : il existe des festivals et des compétitions de vidéo mapping dans le monde entier.

À Aix, il n’est pas question d’un VJ mais d’un arrangeur, Alexis Duffaure ; du studio Blanktone pour les effets sonores, basé à Lyon aussi ; et des vidéastes et dévelopeurs de l’entreprise privée Lotchi, fondée il y a deux ans. Le concept de mapping vidéo des lieux de culte se vend bien, puisque près de 600 000 spectateurs se sont déplacés ; cet été, Luminiscence se déploie à Bordeaux, La Rochelle, Münster, Nice, San Sebastian, Strasbourg…

L’Église et les collectivités s’y retrouvent, un petit pourcentage des recettes étant reversé pour la restauration du patrimoine. À Aix, le prix des places est de 28 €, ce qui paraît un peu cher pour ce spectacle de 45 minutes, ne relevant pas des contraintes du spectacle vivant, et compte tenu du travail audiovisuel, de qualité certes convenable, que l’on retrouve pour partie dans d’autres lieux, parfois gratuitement.

Le synopsis repose sur l’histoire de la cathédrale d’Aix, de l’Antiquité à nos jours.

Les images tentent de rendre tant bien que mal l’ocre des carrières de Bibémus, ou la pierre de Galice. Les hauteurs de la nef se parent d’un rouge-orange un peu criant pour des peintures façon chapelle Sixtine.

Celui qui s’attendait à voir se révéler, par la magie du mapping, de manière pédagogique, les points architecturaux de la cathédrale qui passent d’ordinaire inaperçus, sera déçu. Peu de chose de la magie du temple d’Apollon régénérée avec simplicité dans les eaux pures du baptistère mérovingien du VIe siècle ; de la pureté de la nef romane ; des illusions d’optique de l’incroyable “troisième” nef baroque. Rien des détails savoureux du portail gothique ; du magnifique cloître du XIIe siècle aux piliers tressés de figures végétales, animales et fantastiques ; des énigmes ésotériques ; des cloches ; des tableaux de Nicolas Froment, tel le triptyque ou Retable du roi René, décrivant le Buisson ardent (1476). Saint-Sauveur sédimente cinq couches historico-architecturales de façon exceptionnellement claire, mais ce lignage s’embrouille dans les tourbillons tape-à-l’oeil de la nef centrale.  

Les musiques du spectacle d’Aix se retrouvent pour partie dans les autres villes (par exemple Peer Gynt de Grieg). Ce sont des arrangements de musiques existantes, des « tubes » tels que le Requiem de Fauré ou le Miserere d’Allegri, mais aussi quelques pièces vocales moins entendues. L’amateur de musique classique risque d’être un peu choqué par certaines enrobades « électro », les coupures abruptes, les accords déformés ; ou encore, les « o » des choristes adaptant des pièces non vocales. Avec des créations de type « musique de film » signées Les ateliers Blaktone. De son côté, l’Ensemble Focus dirigé par Bénédicte Pereira s’acquitte bravement de sa mission.

Le public ressort partagé : les touristes sont éblouis par une telle débauche d’effets géométriques, gonflés de musiques aux dimensions cathédralesques ; les experts en patrimoine local ou en art contemporain auraient espéré mieux.

Des applaudissements viennent saluer ce moment atypique. Sorti aux alentours de 21h, le public finit sa soirée sur les terrasses de quelques cafés aixois, dans l’air encore chaud de la Provence.

Les artistes

Ensemble Focus, dir. Bénédicte Pereira

Le programme

Luminiscence

Aix-en-Provence, Cathédrale Saint-Sauveur, représentation du mercredi 10 septembre 2025.

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Bénédicte Pereira
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Nicolas Darbon

Nicolas Darbon est professeur des universités en musicologie. Avant sa carrière universitaire à l'Université d'Aix-Marseille, il est professeur de musique en collèges-lycées en Normandie et en Guyane. Spécialiste de la musique des XXe-XXIe siècles, il organise de nombreux colloques. Membre du laboratoire LESA, il coordonne le Groupe de recherche sur la musique (GRiiiM) et des projets avec l'Afrique. Parmi ses livres : Pour une approche systémique de l'opéra contemporain ou Penser les métissages sonores. Il contribue notamment à L'Avant-scène opéra et à l'Histoire de l'opéra français publié chez Fayard. Outre sa participation. à Première Loge, il a écrit des analyses des opéras de Clapisson, Ferneyhough, Jolas, Messiaen, Pesson, Rihm...

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