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Genève – María de Buenos Aires, l’original, enfin !

par Jean-François Lattarico 8 mars 2025
par Jean-François Lattarico 8 mars 2025

© Giulia Charbit - La Cité Bleue

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Genève, María de Buenos Aires, 6 mars 2025

Si María de Buenos Aires reste l’œuvre la plus célèbre de Piazzola, jouée partout dans le monde, les Genevois chanceux ont pu assister, ce jeudi 6 mars 2025 à la recréation mondiale de la version originale. Une réussite totale !

Nous avions vu l’œuvre aux Nuits de Fourvière l’été 2021, production dans laquelle officiait déjà le maître d’œuvre de cette soirée genevoise, William Sabatier, reprise l’année suivante à l’opéra de Lyon, nous laissant un sentiment mitigé, comme si l’on pressentait une vision peu conforme à la réalité de la pièce, créée en mai 1968 dans un ancien cinéma aujourd’hui disparu ; ce célèbre opéra-tango était en effet dénaturé par une orchestration bavarde et des ajouts d’acrobaties circassiennes hors-sujet. En octobre 2023, une production grandiloquente fut donnée au Grand Théâtre de Genève, avec des interprètes féminines dans le rôle du Duende, une véritable hérésie ! Il a fallu la ténacité de William Sabatier qui depuis des années (il pratique l’œuvre depuis plus de trente ans) avait dans ces cartons le projet de redonner vie à la version originale, toujours amputée de deux morceaux essentiels (la « Fábula de la rosa en el asfalto » et l’ « Esquerzo » instrumental, rendant la première partie plus équilibrée), et qui déploie un effectif orchestral plus intimiste. Ayant réussi à se procurer un rare enregistrement de la création et ayant pu consulter les archives du librettiste, le poète uruguayen Horacio Ferrer, Sabatier avait tous les éléments pour enfin réaliser son rêve. Le théâtre flambant neuf de la Cité Bleue est l’écrin idoine pour cette résurrection tant attendue, dotée qui plus est d’une acoustique idéale, ce qui rend d’autant plus incompréhensible l’usage des voix sonorisées qui escamote quelque peu le lien naturel si important avec le public.

Cette seule ombre au tableau ne doit pas faire oublier l’extraordinaire réussite de cette véritable recréation. L’absence de surtitres a pu en dérouter plus d’un, mais la volonté de Ferrer lui-même, qui emploie une langue flamboyante, truffée d’argots (le lunfardo) et de néo-argots argentins, difficilement compréhensible pour les argentins eux-mêmes, était de faire en sorte que le public se laisse emporter par la rythmique si particulière de la langue, version poétique des rythmes tout aussi obsédants de la musique. María c’est d’abord l’âme du tango et l’âme de la ville, née « un jour où Dieu était saoul et de mauvais poil » ; il y a du Céline dans la verve argotique du poète, qui égrène les discours du duende et de María d’images non moins poétiques (« Je suis en deuil de mon propre souvenir », dit-elle aussitôt après sa « première mort »). Les artistes associés à cette production mémorable méritent tous les éloges. Dans le rôle-titre, à la fois effacée et terriblement présente, Sol García enchante par sa silhouette longiligne et sa voix qu’on dirait sortie à la fois d’un cabaret porteño et d’une église baroque (Janus féminin, elle symbolise en effet une sorte de Vierge Marie égarée et une chanteuse des milieux interlopes de la capitale argentine), tandis que l’impressionnant duende (le maître des lieux) de Sebastian Rossi, à l’élocution admirable et au jeu aux mille nuances, rend justice à la force incandescente du texte de Ferrer. Dans le rôle du gorrión (sorte de chanteur errant), Diego Valentín Flores, frère de Mariana, n’est pas en reste, avec un timbre lumineux qui constamment fait mouche en digne thuriféraire du tango argentin qu’il pratique, notamment avec William Sabatier, et enseigne depuis des années.

La mise en espace efficace de Amélie Parias rend parfaitement l’atmosphère à la fois étrange et familière (une table, quelques chaises, une bouteille, et des fumigènes qui enveloppent les lents passages en procession de l’héroïne) de cet « operita » en deux parties et dix-huit tableaux, qui fait alterner les passages instrumentaux souvent endiablés, les interventions solistes et les chœurs, personnages à part entière commentant l’action, comme dans l’antique tragédie grecque. Tous les musiciens doivent être salués par leur engagement sans faille, leur énergie roborative qui ont donné à entendre une version fascinante proprement inouïe depuis ce jour de mai 68 (et nous ont gratifié de deux bis comme pour prolonger la soirée tanguera). Une vraie révolution ! 

Les artistes

María : Sol García
Gorrión : Diego Valentín Flores
Duende : Sebastián Rossi

Mise en espace : Amélie Parias
Costumes : Benjamin Broillet
Bandonéon et direction artistique : William Sabatier
Piano : Roger Hélou
Guitare : Adrian Fioramonti
Flûte : Mariana Jordan
Contrebasse : Romain Lecuyer
Batterie et percussion : Richard Héry
Percussion-clavier : Attilio Terlizzi
Quatuor Terpsycordes :
Violon : Girolamo Bottiglieri
Violon : Raya Raytcheva
Alto : Lyda Chen Argerich
Violoncelle : Florestan Darbellay
Membres du chœur :
Natalia Almada, Joaquin Martínez, Osvaldo Calo, Mariana Bustelo, Sol Bustelo, Seba Sirro

Le programme

María de Buenos Aires

Opéra tango de Astor Piazzola en deux parties, livret de Horacio Ferrero, créé le 8 mai 1968 à la Sala Planeta de Buenos Aires.
Genève, La Cité Bleue, représentation du jeudi 6 mars 2025.

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William SabatierSol GarcíaDiego Valentín FloresSebastián RossiAmélie Parias
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Jean-François Lattarico

Professeur des Universités en études italiennes à l'université Lyon 3 Jean Moulin, spécialiste de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié l'édition critique des livrets de Busenello, ainsi qu'un ouvrage sur les animaux à l'opéra (Le chant des bêtes), tous deux parus chez Classiques Garnier.

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