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Ô mon bel inconnu à l’Athénée-Louis Jouvet : le charme discret de la frivolité

par Ivar kjellberg 21 janvier 2025
par Ivar kjellberg 21 janvier 2025

© Marie Pétry

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Cette reprise d’une production du Palazzetto Bru Zane, mise en scène par Emeline Bayart, qui tient aussi le rôle de Félicie, a pris le parti d’assumer le vaudeville et de faire ressortir les doubles jeux et les aspects outranciers des personnages. Tout comme le plateau, les costumes, et les protagonistes, tout est double. Mais l’humour reste le maître mot.

Ceux qui avaient eu la chance d’assister au spectacle Croisette, Opérettes des années folles au Châtelet en octobre 2022, ou d’écouter le CD correspondant (Warner 2022), avaient pu entendre une page délicate et raffinée : « Ô mon bel inconnu », portée par un trio de femmes chantant dans un quasi canon sur une mélodie charmante et un peu désuète, qui donna son nom à la comédie musicale de Reynaldo Hahn. Ce dernier, déjà célèbre pour ses chansons, ses « mélodies » de la fin du XIXe siècle, ses musiques de ballet, puis ses opérettes de l’entre-deux-guerres comme la fameuse Ciboulette, se voit approché par Sacha Guitry pour mettre en musique une pièce destinée à Arletty, comme Hahn l’avait déjà fait auparavant pour la comédienne Yvonne Printemps, grande star de cette même période et épouse de Guitry.

La partition est alors créée en 1933 par le compositeur d’origine vénézuélienne, avec Arletty dans le rôle non pas principal, mais certes le plus truculent, celui de la soubrette un rien dégingandée et aux mœurs très libres pour l’époque. À noter que le rôle de Marie-Anne, lui, est créé par Simone Simon, futur « féline » du film de Jacques Tourneur. Si les dialogues font la part belle aux brillants traits d’esprit de Guitry, avec ce qu’on appelle aujourd’hui des « catch phrases » (répliques courtes répétées suffisamment pour illustrer soit une personne soit un moment en particulier : telle la réplique de Prosper découvrant le double jeu de Félicie : « La comtesse… c’était Félicie ! », ou encore « Les coquettes, ça vous fait cocu ! »), cette agréable comédie musicale contient de nombreux airs plaisants même si peu sont marquants. Le sens de la tournure de Guitry se combine avec le talent de l’illustration musicale de Hahn, qui parvient plus à rendre l’atmosphère de l’époque qu’à créer des airs se démarquant vraiment, à l’exception  très beau trio mentionné plus haut ayant donné son nom à l’opéra.

On apprécie l’éclairage subtil qui vient changer le plateau en villa dans la seconde partie, et les jolis  les costumes qui deviennent plus libres et légers dans cette même deuxième partie. Reste alors aux comédiens à donner vie à ces chansons et ces personnages vaudevillesques. Ainsi Prosper se veut à la fois époux déçu, mari blessé et vengeur mais non dépourvu grâce : Marc Labonnette l’incarne avec des inflexions vocales impeccables un côté truculent, presque méphistophélique, avec son beau timbre de baryton mettant à l’honneur à la fois le comédien et le chanteur. Clémence Tilquin, au timbre chaud et expressif, illustre parfaitement le personnage d’Antoinette, épouse lassée du caractère de son mari, déclenchant involontairement les passions autour d’elle. Sheva Tehoval en Marie-Anne est parfaite en ingénue. Victor Sicard incarne quant à lui un séducteur suave et malicieux.

Mais le trio qui donne vraiment tout son charme à cette comédie musicale mettant à l’honneur le désir d’émancipation, d’amour et de liberté, c’est en premier lieu Emeline Bayart, tour à tour caustique, digne et profitant du contraste avec les autres chanteurs « classiques » pour apporter sa gouaille à Félicie. Jean-François Novelli, en amoureux transi puis en propriétaire désabusé crapuleux, fait parfois penser à Buster Keaton… Et Fabien Hyon, jouant Hilarion Lallumette, tour à tour muet puis chanteur séducteur, compense tout d’abord son absence d’airs à chanter par une présence scénique et comique incontestable, avant de déployer une voix ample aux belles couleurs.

Un spectacle enlevé et mené tambour battant par Samuel Jean dirigeant un Orchestre des Frivolités parisiennes électrisant !

Les artistes

Prosper : Marc Labonnette
Antoinette : Clémence Tilquin
Marie-Anne : Sheva Tehoval
Félicie : Émeline Bayart
Claude : Victor Sicard
Jean-Paul, M. Victor : Jean-François Novelli
Hilarion Lallumette : Fabien Hyon 

Orchestre Les Frivolités Parisiennes, dir. Samuel Jean
Mise en scène : Émeline Bayart
Scènographie, costumes : Anne-Sophie Grac
Lumières : Joël Fabing
Assistant mise en scène : Quentin Amiot

Le programme

Ô mon bel inconnu

Comédie musicale en trois actes de Reynaldo Hahn, livret de Sacha Guitry, créé au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 1933.
Paris, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, représentation du vendredi 17 janvier 2025.

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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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