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La Sérénade à l’Opéra de Rennes : une redécouverte pétillante et engagée

par Romaric HUBERT 4 octobre 2024
par Romaric HUBERT 4 octobre 2024

© Laurent Guizard

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Le spectacle La Sérénade, proposé à l’Opéra de Rennes, est une invitation à plonger dans l’univers rarement exploré de la compositrice Sophie Gail et de sa librettiste Sophie Gay. Composée en 1818, La Sérénade, parangon d’opéra-comique, révèle un mélange d’audace et de charme, tout en rendant hommage aux traditions de l’opéra français et aux influences ludiques de l’époque, inspirées entre autres par le génie de Rossini. La mise en scène de Jean Lacornerie transforme cette pièce en un spectacle éducatif à la fois contemporain et fidèle à son esprit humoristique et transgressif au risque parfois de faire oublier l’œuvre originale.

Sophie Gail, longtemps considérée comme une compositrice marginale et spécialisée dans les romances de salon, fait ici éclore des ambitions musicales d’une tout autre envergure. L’œuvre est également marquée par une collaboration supposée avec le baryténor et compositeur Manuel Garcia, père de la célèbre Maria Malibran. Garcia y aurait apporté sa touche notamment dans le fameux « Boléro » et la « Barcarolle », rehaussant ainsi l’éclat de La Sérénade et tissant des liens avec les traditions musicales espagnole et italienne. L’Allemagne n’est pas loin non plus, Bach pointant également le bout de ses notes. La présence de ces allusions stylistiques et de ces citations musicales sera d’ailleurs l’occasion d’un « quizz » des plus amusants avec le public, les spectateurs rennais se montrant particulièrement alertes… Et bien chantant comme ils le montreront au finale de l’opéra.

L’intrigue de La Sérénade, fidèle aux archétypes du théâtre de Molière, présente des figures emblématiques telles que Scapin, Monsieur Griffon, le vieux barbon, et Valère, le jeune amoureux. Mais le livret de Sophie Gay insuffle une dimension féministe avant l’heure, à travers le personnage de Marine, la suivante. Celle-ci revendique, avec panache, que « l’amour seul doit décider du choix » dans les mariages, offrant ainsi une critique pertinente de la société patriarcale de la Restauration.

La mise en scène de Jean Lacornerie, fidèle à son goût pour la métathéâtralité, propose une approche pédagogique des plus intéressantes. Elle met en scène une troupe en répétition, dirigée par le personnage de Champagne, brillamment interprété par Gilles Vajou. Cette technique de « théâtre dans le théâtre » permet d’initier le jeune public (mais aussi les plus âgés) aux rouages de l’opéra. Cet aspect didactique, bien qu’ingénieux, ralentit pourtant souvent le rythme de l’action de notre Sérénade originelle. À vouloir en montrer toutes les qualités, on en effacerait presque l’œuvre elle-même.

Sur le plan visuel, Jean Lacornerie opte pour un décor épuré et évocateur, utilisant des accessoires minimalistes tels que des nuages, des éclairs, une banderole, des échafaudages ou un tableau noir afin de souligner l’humour de la situation tout en maintenant l’attention sur les acteurs. Cette sobriété scénique met en lumière les interactions entre les personnages et l’énergie vive de leurs échanges. Le metteur en scène choisit ici un cadre qui alterne entre le respect des conventions classiques de l’opéra comique et une relecture contemporaine des personnages, notamment à travers les costumes de Marion Bénages. Ceux-ci marient des éléments d’époques variées : costumes inspirés du XVIIe siècle pour les personnages plus conservateurs, tenues XVIIIe pour les figures de la commedia dell’arte, et touches modernes pour les comédiens d’aujourd’hui. Ce jeu subtil sur les époques permet à l’œuvre de naviguer entre tradition et modernité, tout en respectant l’esprit du texte et de la musique. Les lumières de Kevin Briard apportent à l’ensemble une touche de poésie à l’inventivité remarquable, les chorégraphies au millimètre de Raphaël Cottin rehaussant le tout d’une espièglerie fort à propos.

Cette  métamorphose de La Sérénade en un spectacle ludique et didactique s’inscrit dans un projet plus vaste de redécouverte du répertoire féminin, soutenu par des institutions comme le Palazzetto Bru Zane. En plus de son attrait divertissant, la mise en scène de Jean Lacornerie ouvre une réflexion sur l’effacement des femmes compositrices dans l’histoire de la musique, une problématique qui reste d’une actualité brûlante.

Cet acte de mémoire culturelle est  superbement servi par une distribution des plus talentueuses, aussi à l’aise dans le chant que dans le théâtre. Thomas Dolié est un magnifique Scapin, grand de voix, de rythme et d’abatage scénique, qui trouve en Élodie Kimmel, son double féminin et féministe, une partenaire à sa hauteur, virtuose et pétillante. Julie Mossay est une Léonore de belle allure, prompte à souligner les moindres propos misogynes du livret. Son amoureux est incarné par Pierre Derhet, Valère aussi bien subtil que forte tête à la voix sûre, colorée et nuancée.

Vincent Billier porte beau les habits du vieux Grifon réussissant à rendre touchant son barbon par l’intensité de son jeu théâtral. L’usurier Monsieur Mathieu et Madame Argante, la mère de Léonore, sont incarnés respectivement par Jean-François Baron  et Carine Séchaye. Ils tirent habillement leurs épingles du jeu dans des rôles bien loin d’être secondaires.  Gilles Vajou est un Champagne plus que pétillant. Le comédien joue, danse et chante avec une énergie stupéfiante et un souffle qui emporte majestueusement cette Sérénade à bon port. À la tête d’un dynamique Orchestre National de Bretagne, Rémi Durupt est précis, subtil et attentif aux moindres nuances du plateau.  

Cette version de La Sérénade allie légèreté, didactisme et critique sociale. On ne sait si la lecture de Jean Lacornerie réussira à réhabiliter la compositrice Sophie Gail. Ce spectacle pétillant et engagé mérite pourtant de trouver un large public. Courez-y et n’oubliez pas : « l’amour seul doit décider du choix ».

Les artistes

Marine : Elodie Kimmel 
Léonore : Julie Mossay 
Madame Argante : Carine Séchaye 
Scapin : Thomas Dolié 
Monsieur Grifon : Vincent Billier 
Valère : Pierre Derhet 
Monsieur Mathieu : Jean-François Baron 
Champagne : Gilles Vajou 

Orchestre National de Bretagne,  direction Nicolas Ellis
Direction musicale : Rémi Durupt
Mise en scène : Jean Lacornerie 
Scénographie : Bruno de Lavenère 
Costumes : Marion Benagès 
Lumières : Kevin Briard 
Chorégraphie : Raphaël Cottin 

Le programme

La Sérénade

Opéra-comique de Sophie Gail, livret de Sophie Gay d’après Regnard, créé à l’Opéra-comique le 2 avril 1818.
Opéra de Rennes, représentation du  mercredi 2 octobre 2024.

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Gilles VajouJean LacornerieJulie MossayThomas DoliéPierre DerhetRémi DuruptÉlodie KimmelCarine SéchayeVincent BillierJean-François Baron
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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