À la une
Se préparer à LUCIE DE LAMMERMOOR, Opéra Comique, 30 avril-10...
Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique...
CD – Adriana González : Rondos for Adriana, une suggestive...
DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le...
Étienne Dupuis – La force tranquille
PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante « revue » de Stephen Sondheim...
Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra de Nice
Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et...
À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle endormie
Ça s’est passé il y a 100 ans : création de...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

The time of our singing, une famille au cœur de l’histoire américaine à Bruxelles

par Gilles Charlassier 28 septembre 2021
par Gilles Charlassier 28 septembre 2021
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
1,4K

Crédit photos : © Hugo Segers

Le Théâtre de la Monnaie ouvre sa saison avec une création mondiale. Quatrième opéra de Kris Defoort, et commande de l’institution bruxelloise – laquelle avait déjà porté sur sa scène les trois précédents opus lyriques du compositeur belge, les deux premiers y ayant même été créés – The time of our singing adapte le roman homonyme de Richard Powers, qui retrace l’histoire, sur plusieurs générations, d’une famille issue d’un couple « mixte » – une femme noire et un juif qui a fui l’Allemagne nazie –  sur fond de la ségrégation raciale américaine.

Par-delà les intentions, qui peuvent faire écho à des préoccupations contemporaines, c’est la qualité narrative de l’ouvrage qui retient l’attention. Si l’opéra privilégie une certaine linéarité du récit, il ne renonce pas à la pluralité des formes et des registres, assumée par le roman, et que Kris Defoort a habilement transformée dans un langage musical composite qui constitue l’une des marques de fabrique de son écriture. L’élève de Boesmans ne se contente pas de tisser sa partition d’évocations, pastiches ou citations du répertoire de la musique savante, mais incorpore également des emprunts au jazz, voire à la pop, au gré des situations et des personnages, afin de les caractériser : l’identité dramatique est également musicale. Si la balance acoustique dans l’amplification du rock peut souffrir quelques menus déséquilibres, le canevas sonore transforme l’apparente hétérogénéité des styles en une cohérence dramaturgique remarquable d’émouvante et expressive efficacité. La direction investie de Kwamé Ryan, face aux pupitres de l’Orchestre de chambre de la Monnaie et ceux de l’ensemble de jazz, anime avec intelligence et sensibilité ce camaïeu au plus près de la dynamique narrative.

Le plateau cède sans doute à quelque tentation réaliste, dans la coïncidence entre l’ethnographie des interprètes et celle des rôles, alors que la portée universelle de l’intrigue dépasse les clivages identitaires et que la mise en scène de Ted Huffman, reprenant un dispositif abstrait modulable déjà mis en œuvre dans la création française de Denis et Katya de Venables à Montpellier, s’appuie sur des ressources vidéographiques et cinématographiques, réglées par Pierre Martin, pour une crédibilité théâtrale non naturaliste. Les chaises de Venables deviennent ici, aménagées en ouverture d’espace scénique par Johannes Schütz, des tables qui, dans les émeutes de 1992 de Los Angeles refermant le récit, seront amoncelées en barricades, alors que, pour Jonah, se précipiteront les certitudes à l’heure du trépas. Si le vestiaire dessiné par Astrid Klein expriment les époques, l’essentiel réside dans un rituel narratif et mémoriel d’abord évocation et réflexion avant que d’être reproduction imitative d’un réel aux confins du saisissable, sous les lumières calibrées de Bernd Purkrabek.

Dans cette distribution où les qualités de chant sont complétées par celles de comédiens, nous rendant attachante cette cellule familiale ballottée par l’Histoire, Claron McFadden incarne une Delia Daley d’une dignité où pointe le frémissement d’une fragilité en même temps que celui d’un désir d’émancipation, avec une belle authenticité expressive dans les moyens. Simon Bailey résume la carrure conciliatrice de David Strom, tandis que Mark S. Doss affirme l’autorité paternelle de William Daley, sans négliger la complexité de son évolution psychologique et intellectuelle. Levy Sekgapane se distingue par un engagement sans faille en Jonah, dont l’éclat et la générosité vocale met dans une ombre relative, avec une acuité dramatique évidente, le cadet, Joey, dévolu au non moins remarquable Peter Brathwaite. La benjamine, Ruth, revient quant à elle à une Abigail Abraham aux raucités afro-américaines en synchronie avec sa mobilisation politique et pop. Lilly Jørstad condense la futilité tourmentée de la diva Lisette Soer. Chloé Bryan, Issaïah Fiszman et Miami Holness font la démonstration des trois étudiants de l’école singulière initiée par Ruth et Joey – les contraintes de la pandémie ont réduit le nombre d’enfants sur le plateau – et complètent l’affiche d’une création d’une belle mixité esthétique et dramaturgique, aux allures de biopic, et dont la réussite dépasse les intentions.

Les artistes

Delia Daley : Claron McFadden
William Daley : Mark S. Doss
David Strom : Simon Bailey
Jonah : Levy Sekgapane
Joey : Peter Brathwaite
Ruth : Abigail Abraham
Lisette Soer : Lilly Jørstad
Étudiants : Chloé Bryan, Issaïah Fiszman, Miami Holness
Pianiste : David Zobel

Orchestre de chambre de la Monnaie, dir. Kwamé Ryan
Ensemble de jazz (Mark Turner, Lander Gyselinck, Nicolas Thys, Hendrik Lasure)
Chœurs d’enfants et de jeunes de la Monnaie, dir. Benoît Giaux
Mise en scène : Ted Huffman

Le programme

The time of our singing, opéra en trois actes de Kris Defoort, livret de Peter van Kraaij, basé sur le roman de Richard Powers, créé à Bruxelles le 14 septembre 2021.

Représentation du 26 septembre 2021, Théâtre de la Monnaie, Bruxelles

image_printImprimer
Levy SekgapanePeter BrathwaiteAbigail AbrahamLilly JørstadTed HuffmanKwamé RyanClaron McFaddenMark S. DossSimon Bailey
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Gilles Charlassier

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Festival de la Bayerische Staatsoper, Munich 2022
prochain post
Retour aux sources généalogiques d’Œdipe à l’Opéra Bastille

Vous allez aussi aimer...

PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante « revue » de...

28 avril 2026

Entrée triomphale des Villi au répertoire de l’Opéra...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de la belle...

25 avril 2026

« Il était une fois… » SIEGFRIED par Yannick Nézet-Séguin

24 avril 2026

Samuel Hasselhorn chante Schubert et l’Espoir salle Cortot

22 avril 2026

Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer...

22 avril 2026

Heaven ! I mean heaven… avec Top Hat au...

21 avril 2026

The Death of Klinghoffer  : une œuvre contemporaine...

20 avril 2026

Dijon : Un Don Giovanni « all’antica »

20 avril 2026

La Route fleurie, une nouvelle production pétillante à...

19 avril 2026

Humeurs

  • Découverte vocale : la contralto ukrainienne VANDA KOZUB

    17 avril 2026

En bref

  • DEFIANT REQUIEM : Un Requiem de Verdi très particulier dans le Grand Amphi de la Sorbonne…

    30 avril 2026
  • Les brèves d’avril – Rupture consommée entre la Fenice et Venezi

    26 avril 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Stéphane Lelièvre dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)
  • Rémy OLIVE DE L'AUTE dans MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
    V. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVINE (1961-1969)
  • Dajean Genevieve dans PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante « revue » de Stephen Sondheim fait un tabac à Toulon pour sa création française !
  • François Desbouvries dans Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer l’enfant de Bergame
  • A. Gautier dans Roberto Devereux à Bologne : Et j’ai vu pleurer l’enfant de Bergame

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

PUTTING IT TOGETHER ! – La brillante...

28 avril 2026

Entrée triomphale des Villi au répertoire...

27 avril 2026

À Saint-Étienne, le réveil magistral de...

25 avril 2026