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Disparition tragique d’un papillon dans la lagune vénitienne

par Stéphane Lelièvre 21 septembre 2019
par Stéphane Lelièvre 21 septembre 2019
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Quelques extraits de la mise en scène d’Àlex Rigola

A priori, cette Butterfly, créée il y a six ans et reprise en l’absence du metteur en scène Àlex Rigola (le spectacle est réglé par Cecilia Ligorio) ne devait guère créer la surprise. C’est pourtant à un excellent spectacle qu’a pu assister le public de la Fenice ce samedi 21 septembre. Le mérite en revient à l’efficacité d’une mise en scène simple mais efficace et à une équipe de chanteurs extrêmement impliqués.

Manuela Custer et Vittoria Yeo

Les décors et costumes de Mariko Mori sont sobres et dépouillés, et ne versent pas (complètement) dans le hiératisme stylisé d’un Bob Wilson, dont l’artiste japonaise s’inspire pourtant en partie, notamment pour le mur nu et blanc du fond de scène, que les éclairages teintent de couleurs choisies en fonction de la tension dramatique des événements, ou pour certains costumes : les longues tuniques, la robe de Kate Pinkerton. De grands galets blancs sont posés sur le sol, et une immense sculpture abstraite est suspendue dans les airs ; descendue sur le plateau au second acte, on découvre alors qu’elle représente le 8 allongé symbolisant l’infini. Dans cet espace dépouillé, Àlex Rigola/ Cecilia Ligorio imposent une direction d’acteurs très resserrée, d’autant plus marquante que l’œil n’est guère distrait par des accessoires futiles et plus ou moins exotiques. Certains choix se dérobent cependant quelque peu à l’interprétation : ainsi, pendant la page orchestrale séparant les deux parties de l’acte II, un film projette des vues de l’espace, la Terre s’éloignant peu à peu pour dévoiler une kyrielle d’étoiles, puis deux boules de feu s’approchant l’une de l’autre en tournoyant sur elles-mêmes avant de de se confondre : symbole de l’amour fusionnel dont rêve Butterfly, debout à l’avant-scène pendant toute la longue nuit de l’attente ? Toujours est-il que les paroles de Suzuki, après l’arrivée de Kate, (« Alla piccina s’è spento il sol ! » / « pour la petite, le soleil s’est éteint ! ») prennent alors une dimension encore plus tragique.

Les chanteurs réunis pour cette reprise s’avèrent être d’excellents comédiens, en particulier Suzuki, dont l’expressivité du visage est extrêmement touchante, le petit Pinkerton Jr. – qui fait bien plus que de la simple figuration – et Butterfly, dont le jeu, notamment dans les scènes finales, bouleverse le public.

Vocalement, l’interprétation est mieux que correcte. Les comprimari n’appellent guère de reproches ; le Yamadori de William Corrò, en particulier, par son chant et son jeu sobres, est particulièrement digne. Le Sharpless de Luca Grassi, silhouette et voix jeunes, est parfaitement convaincant, tant dans sa relation avec Pinkerton que dans la compassion qu’il manifeste vis-à-vis de Butterfly. Suzuki est interprété par Manuela Custer. Les registres vocaux manquent un peu d’homogénéité et leur liaison est parfois un peu abrupte ; mais le personnage existe et émeut, grâce à l’implication sans faille de l’interprète. Stefano la Colla est un habitué du répertoire puccinien : outre Pinkerton, il chante également régulièrement Des Grieux, Calaf et Mario. Très à l’aise vocalement, il remporte un joli succès au rideau final. Tout au plus pourrait-on souhaiter que le soleil de sa voix se couvre de quelques ombres lorsque le personnage est pris de remords (« Addio, fiorito asil… ») Enfin, Vittoria Yeo triomphe. Le premier acte laisse légèrement dubitatif : la voix semble un peu lourde, presque trop puissante pour la petite geisha de 15 ans. Mais dès que Cio-Cio-San devient femme, l’incarnation, vocale et physique, convainc pleinement. Capable de grands élans lyriques dans « Un bel di » ou « Ei torna e m’ama ! », la voix peut également s’amenuir pour délivrer de beaux piani aigus. Elle peut également blanchir subitement, lorsque le personnage est submergé par l’émotion : le « Due cose potrei far » que chante Butterfly quand elle prend brutalement conscience que Pinkerton ne reviendra pas, est, à cet égard saisissant…

Vittoria Yeo, « Un bel di vedremo… »

Signalons pour finir l’excellente prestation de l’orchestre et des chœurs de la Fenice, sous la direction à la fois lyrique et précise de Daniele Callegari. Et formons des voeux pour que des mesures soient prises afin que la spectatrice/le spectateur dont le portable a fait entendre une joyeuse samba pendant le bouleversant chœur à bouche fermée soit à jamais exclu.e des salles de spectacles.

Le choeur à bouche fermée du deuxième acte

Les artistes

Cio-cio-san : Vittoria Yeo
Suzuki : Manuela Custer
Pinkerton : Stefano La Colla
Sharpless : Luca Grassi
Goro : Cristiano Olivieri
Kate : Julie Mellor
Principe Yamadori : William Corrò
Zio Bonzo : Cristian Saitta

Orchestre et chaours du Théâtre de La Fenice, dir. Daniele Callegari
Mise en scène : Àlex Rigola, réalisée par Cecilia Ligorio

Le programme

Venise, La Fenice, représentation du samedi 21 septembre 2019

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Manuela CusterStefano La CollaLuca GrassiDaniele CallegariÀlex RigolaVittoria Yeo
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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