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L’APOCALYPSE de Jean Françaix à l’église de la Trinité – Saint John on the Beach ?

par Laurent Bury 1 juin 2024
par Laurent Bury 1 juin 2024
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« Six, six, six, jamais sept… Six, six, six, jamais sept… » Lorsqu’on entend le ténor et la basse répéter de manière obsédante cette formule, sur les mêmes notes, dans un quasi parlando, un doute nous prend : et s’il s’agissait en fait de quelque version française d’Einstein on the Beach ? Ou bien Philip Glass aurait-il été devancé, de ce côté-ci de l’Atlantique, dans l’art de faire inlassablement chanter « one, two, three, four, five, six… » ? C’est la deuxième hypothèse qui est la bonne, et ce détail – qui évoque 666, le « chiffre de la Bête » – n’est que l’un de ceux qui font de L’Apocalypse selon saint Jean de Jean Françaix un objet musical relativement non identifié. Ecrit en 1939 (le compositeur alors âgé de 27 ans y voyait son œuvre majeure), créé en 1942, cet « oratorio fantastique » n’est pas très souvent interprété, mais il a déjà bénéficié de deux enregistrements commercialisés, le plus récent étant sorti en 1999 chez Erol, sous la direction de Jean-Pierre Lo Ré.

On ne sera donc pas surpris que le chef en question remette l’ouvrage sur le métier un quart de siècle plus tard (avec à la clé une nouvelle captation, également à paraître chez Erol). Les amateurs de musique française chorale lui doivent des raretés de Massenet (La Terre promise), de Franck (Rébecca), ou Paladilhe (Les Saintes Marie de la Mer), etc. Jean Françaix (1912-1997) a trouvé en lui un défenseur courageux, alors que ce compositeur reste inclassable, comme il l’a sans doute voulu. Membre du groupe Triton, auprès d’autres figures injustement négligées, comme Henri Tomasi, Françaix emprunta à ses contemporains (on n’est pas très loin du Groupe des Six, on sent qu’il a écouté le Stravinsky, et on pense même parfois à Prokofiev) pour concevoir une musique bien personnelle. Et en 1939, dans son Apocalypse, il a l’audace d’introduire, à côté du grand orchestre qui interprète l’essentiel de la partition, un « orchestre infernal » qui inclut mandoline, guitare électrique et accordéon, pour des effets inquiétants, un peu discordants (l’œuvre se conclut sur un éclat de rire du diable…).

Cette Apocalypse durant environ une heure, elle est précédée pour ce concert de deux œuvres totalement différentes. 2024 est l’année du centenaire de la mort de Fauré, et deux des partitions les plus célèbres du père de Pénélope ont donc été choisie en ouverture de programme : l’Elégie, avec en soliste la violoncelliste Caroline Glory. L’auditeur a donc un peu de temps pour se familiariser avec l’acoustique de l’église de la Trinité : le tempo assez lent adopté par le chef, à la tête de son Orchestre français d’oratorio, tient sans doute compte de la réverbération propre à ce lieu où les cordes sont très présentes mais où les bois semblent très lointains. Vient ensuite la non moins illustre Pavane, qui marque l’apparition du chœur. En l’occurrence, trois formations ont été réunies – Chœur français d’oratorio, Chœurs Elisabeth Brasseur et Chœurs de Cernay-la-Ville et des Indépendants – pour obtenir la masse vocale nécessaire à l’oratorio qui suivra. Compte tenu de l’acoustique susmentionnée et du fait que ce regroupement se compose en très large majorité d’amateurs sexagénaires et plus, on ne comprendra pas un mot du poème de Verlaine.

Le problème est un peu moins sensible pour L’Apocalypse, qui fait heureusement intervenir quatre chanteurs solistes, les voix masculines étant les plus gâtés. Dans son unique passage en solo, la mezzo Daïa Durimel est hélas couverte par l’orchestre, la soprano Tatiana Probst ayant plus de chance avec son air. Mais, on l’a dit, ce sont le ténor et la basse qui s’expriment le plus souvent, tantôt par-dessus le chœur, tantôt presque a cappella dans des passages déclamés. Patrick Garayt participe depuis longtemps aux concerts de Jean-Pierre Lo Ré : il était déjà le protagoniste de cette Apocalypse en 1999, et il n’a rien perdu de la vigueur de son chant clairement articulé. On avoue néanmoins avoir été particulièrement frappé par la prestation de Jean-Gabriel Saint-Martin, bien connu des amateurs d’opéra : le baryton se montre souverain à chacune de ses interventions, avec un vibrato parfaitement dosé et une conviction dans le discours qui emporte forcément l’adhésion.

Un deuxième concert est prévu ce samedi 1er juin, à 21h.

Les artistes

Tatiana Probst, soprano
Daïa Durimel, alto
Patrick Garayt, ténor
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton
Caroline Glory, violoncelle solo
Sotiris Kyriazopoulos, violon solo

Orchestre français d’oratorio, dir. Jean-Pierre Lo-Ré
Chœur français d’oratorio, chef associé : Carlo Loré, chef de chant : Bruno Gousset
Chœurs Élisabeth Brasseur, dir. Antoine Sébillote
Chœurs de Cernay-la-ville & des Indépendants, dir. Jean-Pierre Lo-Ré

Le programme

L’Apocalypse selon saint Jean

Oratorio fantastique en 3 parties pour 4 solistes, chœurs mixtes et deux orchestres de Jean Françaix, créé à Paris en 1942.

Concert du vendredi 31 mai 2024, Eglise de la Trinité, Paris.

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Daïa DurimelPatrick GaraytJean-Pierre Lo-RéJean-Gabriel Saint-MartinTatiana Probst
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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