À la une
Saison 26-27 de l’OPERA DE RENNES : rencontrons-nous !
Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra de Lyon
Jules César en Égypte de Haendel : un début triomphal...
Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto trionfale al...
La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
Les brèves de juin –
Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production...
Découvrez la future saison lyrique de la FENICE de Venise
FESTIVAL D’AMBRONAY 2026
Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduProduction

STRAUS, Les Perles de Cléopâtre (Berlin) – Une savoureuse redécouverte germano-égyptienne !

par Stéphane Lelièvre 13 août 2020
par Stéphane Lelièvre 13 août 2020
© Iko Freese / drama-berlin.de
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
2,K

Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer la belle résurrection de l’Opéra-Comique berlinois, due aux efforts, à la ténacité et à l’imagination de Barrie Kosky, grâce à qui cette salle, dont on redoutait il n’y a guère la fermeture, est devenue l’une des scènes lyriques importantes de Berlin et d’Allemagne. (Voir nos comptes rendus de Frühlingsstürme et d’Eugène Onéguine). Les Perles de Cléopâtre d’Oscar Straus sont devenues le symbole de cette nouvelle ère : le spectacle, créé en 2016, connut un formidable succès et est depuis régulièrement repris (il le sera lors de la prochaine saison, pour des représentations qui courront de février à juin).

Cette opérette, créée à Vienne en 1923, est  aujourd’hui bien oubliée, en tout cas en France où Oscar Straus n’est plus guère joué – lorsqu’il l’était, essentiellement en province jusqu’à la fin du XXe siècle, c’était surtout pour les adaptations françaises de Ein Walzertraum (Rêve de valse) et de ses Drei Walzer (Les Trois Valses), immortalisées à l’écran par Yvonne Printemps et Pierre Fresnay (1)  – et dont certaines grandes sopranos, telles Régine Crespin dans son album Prima donna in Paris, n’hésitèrent pas à graver quelques extraits.

Qu’a-t-il manqué aux Perles de Cléopâtre pour s’imposer durablement ? Peut-être un livret plus solide (l’ « intrigue » est essentiellement constituée d’une succession de scènes comiques, mais n’avance guère) ; sans doute aussi un véritable « tube »… L’œuvre, pourtant, tient la route. Elle regorge de moments très drôles. Les librettistes, de toute évidence, connaissent bien leur Offenbach, notamment La Belle Hélène (Cléopâtre accepte de succomber à l’amour pour ne pas contrarier les dieux, comme Hélène accepte de se soumettre à la « fatalité » ; et le premier ministre Pampylus rappelle irrésistiblement Calchas), mais aussi Orphée aux enfers (on y célèbre Bacchus dans un ensemble endiablé où résonne le cri Évohé !) et La Grande-Duchesse, dont Cléopâtre semble la lointaine ancêtre : ne promeut-elle pas les jeunes hommes qui répondent à ses avances ? Ne fait-elle pas comme elle l’objet d’une conspiration ? N’a-t-elle pas comme elle jeté son dévolu sur un homme qui lui préfère finalement une jeune femme très simple ? Ne refuse-t-elle pas comme elle de recevoir un jeune diplomate, sous le charme duquel elle finira par tomber ? Sans parler du « cabinet vert » qui évoque bien sûr le « pavillon de l’aile droite »… La musique est quant à elle assez étonnante, et plus d’une fois intéressante – ce qui n’est guère surprenant pour un compositeur qui s’était d’abord fait connaître par des opéras-comiques (entre autres Der Weise von Cordova, créé à Bratislava  en 1894, ou Der schwarz Mann, créé à Kolberg en 1903). Elle mêle l’opérette viennoise dans ses formes les plus classiques à  la comédie musicale, voire la revue de music-hall. Messager, à la même époque, ne procédait pas autrement avec L’Amour masqué (1923), Passionnément (1926) ou Coup de roulis (1928).

L’efficacité dramatique et musicale de l’œuvre tient aussi au soin extrême avec lequel elle est ici montée. L’Orphée aux enfers salzbourgeois de Barrie Kosky ne m’avait guère convaincu… Mais ici, l’humour est de tous les instants, le moindre gag  fait mouche et les rires fusent du public à chaque minute ! Barrie Kosky et son équipe proposent un spectacle absolument délirant, où le burlesque le dispute à l’absurde, la parodie à l’extravagance, le farfelu à la pure folie. Surtout, le spectacle est extrêmement rafraichissant pour un spectateur français : chez nous, les œuvres comiques se cantonnent un peu trop au seul Offenbach, et les metteurs en scène qui s’y collent (ils se comptent sur les doigts d’une main…) utilisent quasi toujours les mêmes ficelles – qui ont fait leurs preuves, mais qui finissent vraiment par lasser –, à savoir une transposition dans le monde contemporain et une sexualité exacerbée des personnages. De notre côté du Rhin, Cléopâtre aurait évidemment été PDG d’une entreprise pétrolière, et sa mise (tailleur strict, lunettes sévères et coiffure au carré) aurait mal caché une hyper-libido qui se serait exprimée avec les employés de sa boîte à qui elle aurait accordé des promotions moyennant quelques faveurs sexuelles complaisamment exposées au public. Et les Romains Silvius et Marc Antoine auraient bien sûr été des Américains cupides tentant de racheter l’entreprise.

Rien de tel à la Komische Oper : nous sommes bien plongés en pleine Égypte antique, avec sarcophages, hiéroglyphes et légionnaires romains, ce qui n’empêche nullement les spectateurs de rire et d’établir (tout seuls, comme des grands et sans qu’on ait besoin de les leur souligner) certains parallèles avec l’actualité. Aucune vulgarité dans le spectacle, à l’exception incompréhensible d’une réplique (dite en français) d’une grossièreté hallucinante (« Elle me casse les couilles, cette bite de chameau ». Sic…) Les connotations sexuelles sont nombreuses dans le livret, mais elles sont d’autant plus drôles et savoureuses qu’elles restent dites sur le mode de l’allusion. On n’ose imaginer ce qu’aurait fait tel metteur en scène français de l’air d’entrée de Beladonis (!), dans lequel le jeune homme explique que les femmes ont beaucoup de mal à résister à la mélodie de sa flûte… Et surtout, Barie Kosky écoute, comprend et respecte la musique : le très beau duo d’amour entre Silvius et Charmian ne fait l’objet d’aucun gag venant entacher le romantisme revendiqué de la page. (On se souvient du pénible duo du rêve de La Belle Hélène – par ailleurs très réussie – de Laurent Pelly, gâché par l’apparition de moutons suscitant fort malencontreusement les éclats de rire du public…)

Le spectacle est porté par un orchestre (dirigé avec tout le punch nécessaire par Adam Benzwi) ayant parfaitement su s’adapter à une écriture qui n’est pourtant pas son pain quotidien, et une troupe de chanteurs-acteurs absolument excellents : Talya Lieberman est une Charmian irrésistible d’allant et de fraîcheur vocale et scénique. Johannes Dunz campe un Beladonis extrêmement drôle, ce qui ne l’empêche pas de soigner sa ligne de chant, notamment dans la scène où il dialogue avec la flûte – et qui semble un clin d’œil à la Lucia de Donizetti. Dominik Köninger réussit l’exploit, en Silvius, d’être à la fois ridicule… et sexy ! Cet artiste qui, sur cette même scène, est aussi un Comte des Noces, un Papageno de La Flûte ou un Orphée de Monteverdi particulièrement apprécié se montre, comme à son habitude, aussi bon chanteur que comédien. Le Français Dominique Horwitz est un Pampylus sournois à souhait, et la comédienne Dagmar Manzel compose, en Cléopâtre, un numéro absolument impayable. Insupportable, touchante, drôle (sa scène avec le Marc Antoine de Peter Renz au dernier acte est à pleurer de rire !), elle remporte au rideau final un véritable triomphe.

Mais la réussite ne serait pas aussi complète sans les merveilleux danseurs, interprétant avec humour et enthousiasme la chorégraphie incroyable et complètement déjantée d’un Otto Pichler particulièrement inspiré. Un sommet absolu dans le burlesque !

———————————

(1) Rappelons également la reprise des Sacrés Nibelungen au festival de Montpellier en 1997.

Les artistes

Cléopâtre, reine d’Égypte   Dagmar Manzel
Beladonis, prince de Syrie   Johannes Dunz
Silvius, officier romain   Dominik Köninger
Pampylus, premier ministre égyptien   Dominique Horwitz
Charmian, une dame de cour   Talya Lieberman
Marc Antoine   Peter Renz

Chœurs et orchestre de la Komische Oper, Lindenquintett, Berlin, dir. Adam Benzwi

Mise en scène   Barrie Kosky

Chorégraphie   Otto Pichler

Le programme

Les Perles de Cléopâtre

Opérette en trois actes, musique d’Oscar Straus, livret de Julius Brammer, Alfred Grünwald), créée le à Vienne.

Komische Oper de Berlin, représentation du 03 décembre 2016 

image_printImprimer
Barrie KoskyOpéra Comique de BerlinStraus
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
VERDI, I Masnadieri (Milan) – Mais qu’est-il donc arrivé à David McVicar ?
prochain post
WEINBERGER, Frühlingsstürme – Levez-vous, orages désirés !

Vous allez aussi aimer...

Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra...

17 juin 2026

Jules César en Égypte de Haendel : un...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto...

16 juin 2026

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 

16 juin 2026

Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve...

14 juin 2026

Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles :...

14 juin 2026

Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la...

14 juin 2026

La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à...

14 juin 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du...

14 juin 2026

Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga...

13 juin 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    15 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Camillo FAVERZANI dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Amandine FK dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Teulon Lardic sabine dans Les brèves de juin –
  • Marc Dumont dans Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un War Requiem d’exception
  • Didier Beauvois dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Un Couronnement de Poppée très contemporain...

17 juin 2026

Jules César en Égypte de Haendel...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel:...

16 juin 2026