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Poignante Passion selon Saint Jean à Notre-Dame de Paris

par Pascal Lelièvre 10 avril 2025
par Pascal Lelièvre 10 avril 2025
© Première Loge - Pascal Lelièvre
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1,7K

Le concert de ce mardi 8 avril initiait une tournée européenne qui conduira l’ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon dans diverses salles de concert, avec le même programme et (pratiquement) les mêmes solistes. Un concert un peu particulier parce qu’organisé par « Musique sacrée à Notre-Dame », qui dépend en partie du diocèse. Le chœur Pygmalion est don cette fois-ci associé à la Maîtrise Notre-Dame de Paris, et la soirée s’ouvre par un bref discours de présentation dans lequel il est rappelé que le concert précède d’une semaine la semaine pascale, et revêt donc un caractère spécial en raison des vénérations de la couronne d’épine qui s’y tiennent régulièrement.

Raphaël Pichon
©Jean-Baptiste Millot

Comme pour « son » Requiem de Mozart, Raphaël Pichon propose ici une version de la Passion selon Saint Jean « augmentée » d’autres pièces de Bach (« Christe, du Lamm Gottes », Appendix/II de la Passion selon Saint Jean) ou pas (l’anonyme « O Traurigkeit, O Herzeleid ! », le « Ecce quomodo moritur » de Jacobus Gallus) : des choix intelligents et cohérents, notamment pour l’introduction du concert (« O Traurigkeit… ») impressionnante, portée par la seule voix de Lucile Richardot qui remonte la nef en marchant vers le chœur, et le poignant « Ecce quomodo moritur » placé juste après la dernière parole de l’évangéliste (« und neiget das Haupt und verschied« ), chanté par le chœur en formation réduite placé sous l’orgue – dans un effet de spatialisation cher à Raphaël Pichon.

L’interprétation de l’œuvre par le chef et l’ensemble Pygmalion se révèle théâtrale et fluide, vivante et équilibrée. Bien sûr, l’acoustique particulière propre aux églises, avec une réverbération longue et une résonance des basses fréquences, estompe les articulations, les nuances dans les timbres des instruments qu’on apprécie normalement chez ces musiciens. Mais le chœur Pygmalion auquel vient s’adjoindre le chœur d’adultes de la Maîtrise Notre Dame sont remarquables de rigueur et d’expressivité, tant dans les chorals que dans les interventions de la turba.

Pour l’exceptionnelle qualité de l’équipe de solistes délivre une prestation de très haute qualité. Il faut en premier lieu louer l’Évangéliste de Julian Prégardien, qui a lui seul justifierait l’existence de ce concert ! Avec une maîtrise technique remarquable, une grande intelligence, un sens aigu des nuances,  il met constamment en valeur le texte avec engagement, sensibilité… et modernité.
Laurence Kilsby et Christian Immler sont sans doute ceux qui pâtissent le plus de l’acoustique du lieu, les « zones mortes » de certaines fréquences affectant davantage leurs interprétations. La basse suisse-allemande propose cependant une belle et convaincante incarnation de Pilate. Huw Montague Rendall campe un Jésus moins théâtral qu’introspectif, toujours raffiné, chaleureux, élégant, avecune diction claire en dépit d’une intelligibilité réduite en raison de l’acoustique. Fang Ying (déjà remarquée à l’Opéra de Paris en Susanna et Zerline) se révèle parfaite dans ce répertoire, avec deux interventions particulièrement cristallines! Quant au timbre unique de Lucile Richardot (formée à la Maîtrise Notre Dame !), il nous a semblé encore magnifié par la cathédrale !

Un concert remarquable donné dans un lieu unique, accueilli avec enthousiasme par le public. Attendons cependant de le réentendre en d’autres lieux, afin de mieux apprécier certaines propositions musicales qu’on n’a pu parfois qu’extrapoler en raison de l’acoustique…

(« foule, cohue, troupe » en latin). Terme propre à la musique sacrée, se référant à la Passion du Christ, et désignant tout groupe de personnes (Juifs, soldats romains, disciples de Jésus) impliqué dans l’action et incarné par le chœur.

Les artistes

Évangéliste : Julian Prégardien
Jésus : Huw Montague Rendall
Ying Fang, soprano
Lucile Richardot, alto
Laurence Kilsby, ténor
Christian Immler, basse, Pilate

Maîtrise Notre-Dame de Paris, Pygmalion (chef de chœur Henri Chalet), dir. Raphaël Pichon

Cathédrale Notre-Dame de Paris, 8 avril 2025

Le programme

Passion selon Saint Jean BWV 245 de Johann Sebastian Bach

Notre-Dame de Paris, concert du mardi 8 avril 2025

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Pascal Lelièvre

Fils d'un explorateur danois et d'une soprano vénézuélienne, Pascal Lelièvre est styliste et comédien. Il fréquente assidûment les théâtres lyriques de France et du monde depuis avril 1976, et a rejoint l'équipe de Première Loge en janvier 2021.

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