À la une
Le navire de Robinson Crusoé fait escale à Nantes avec...
Scala de Milan 2026-2027 : une saison qui marque pleinement...
Saison 26-27 de l’Opéra de Nice
La saison lyrique 2027 du Teatro Regio di Parma
La Femme silencieuse à Berlin : Morosus grogne encore ; Strauss,...
Les brèves de mai –
ENFANCE : un concert du Chœur du COSU Obtenez des invitations...
Découvrez la saison 26-27 de l’Opéra national grec
Opéra de Toulon : une saison 26-27 ambitieuse malgré les...
Se préparer au War Requiem, Philharmonie de Paris, 12 juin...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Vu pour vous

Carnet de bord FROM Montpellier (4) – De lumineuses ténèbres avec Vincent Dumestre et le Poème Harmonique

par Sabine Teulon Lardic 28 juillet 2021
par Sabine Teulon Lardic 28 juillet 2021
0 commentaires 7FacebookTwitterPinterestEmail
2,1K

Crédit photos : © Luc Jennepin

FROM comme Festival Radio-France Occitanie Montpellier. Notre carnet de bord vous communique les coups de cœur de l’édition 2021 sur la place montpelliéraine . Dès qu’une voix, un chœur ou un opéra se profilent, nous sommes en salle ou en coulisse pour expérimenter l’adage du festival : « chaque concert est une fête » !

23 Juillet : De lumineuses ténèbres

Programme :

Guillaume Bouzignac, Ha plange ; Unus ex vobis ; Ecce Homo ; In Pace.
Giacomo Carissimi, O Vulnera Doloris ; Lamentatio Damnatorum ; Christus factus est.
Gregorio Allegri, Miserere mei Deus

Artistes :

Agathe Peyrat, Deborah Cachet (soprani), Floriane Hasler (alto), P.-A. Bénos-Dijian (contre-ténor), Nicholas Scott, Zachary Wilder (ténors), Virgile Ancely, Renaud Delaigue (basses)

Ensemble Le Poème harmonique, direction Vincent Dumestre

La place du sacré, chacun en décide pour lui-même dans sa vie. Mais écouter les Leçons de ténèbres de Bouzignac dans la nef de la cathédrale Saint-Pierre (Montpellier) illuminée aux bougies, avec l’ensemble le Poème Harmonique, c’est une expérience humaine hors du commun. Quasi métaphysique …

Grâce au parcours occitan des Leçons de ténèbres du FROM (voir quelques clés ci-dessous), certains pèlerins de la musique ont pu découvrir ou redécouvrir celles de M.-A. Charpentier, F. Couperin, J.-B. Gouffet, S. de Brossard, M.-R. De Lalande, M. Lambert, depuis la première étape perpignanaise (le 17 juillet) jusqu’à la 7e et ultime station, ce 23 juillet à Montpellier. Nous y découvrons celles de Guillaume Bouzignac (ca 1587-1643), un contemporain de Monteverdi. Le compositeur issu du Narbonnais a peu laissé de traces au gré de ses postes, « choriste à Angoulême, prêtre à Bourges, maître de chapelle à Clermont, passé peut-être par Tours et Montauban » (notice du programme de Vincent Dumestre). Mais sa musique, en partie sauvegardée dans le manuscrit de Deslaurier, voisine avec d’autres motets latins de Giacomo Carissimi. D’où l’idée pertinente de Vincent Dumestre, chef et fondateur du Poème Harmonique, de présenter ces pièces latines du français et du romain en alternance, avant de conclure avec le célèbre psaume de pénitence de Gregorio Allegri.

L’expressivité de Bouzignac, sa capacité à moduler l’espace sonore, du solo (celui du nouveau recitar cantando) jusqu’à la polyphonie vocale, sont bluffantes dans l’acoustique d’un édifice gothique. La pièce Ha ! plange  manie instruments (continuo à l’orgue) et voix (9 interprètes émérites) à la manière du gran concertato vénitien des Vêpres de la vierge (Monteverdi). La direction de Vincent Dumestre valorise la musicalité instrumentale (2 violonistes, 1 cornet à bouquin, violistes gambistes, organiste, théorbiste) à l’égal de celle vocale. L’osmose est tout aussi aboutie pour les leçons suivantes : l’étirement du tactus dans Unus ex vobis, les ruptures poignantes (Ecce Homo) font pénétrer l’auditeur dans les profondeurs de l’humain (jamais « trop humain »). In Pace dévoile la théâtralité du dialogue vocal, grâce aux trois excellents solistes (basse, ténor, haute-contre) de l’ensemble.

La mise en perspective avec les pièces latines de Carissimi, puis avec le psaume d’Allegri place légitimement Bouzignac dans la haute sphère franco-italienne du premier baroque. L’auditoire est submergé d’émotion lors du Christus factus est de Carissimi, dont le déploiement est une véritable cosmogonie à lui seul, dilatant et rétractant l’espace de manière organique. Mais les émotions ne sont pas épuisées …  En clôture, les versets successifs du Miserere d’Allegri, polyphonie cette fois a cappella, réservée à la chapelle Sixtine sous l’Ancien régime, sonnent magistralement depuis les chapelles latérales de la cathédrale Saint-Pierre. Au fil des versets en apesanteur sur les cimes du registre vocal, les instrumentistes, demeurés silencieux sous les immenses orgues, éteignent  les 7 bougies, une à une : un usage symbolique des Leçons de ténèbres. Merci aux artistes du Poème harmonique pour ces émotions qui outrepassent le cadre du concert !

Clés sur les Leçon des ténèbres

De 1650 jusqu’à la Révolution, ce rite pascal de la confession catholique met en musique les versets latins des Lamentations de Jérémie (Ancien Testament) lors des trois offices correspondant aux jeudi, vendredi et samedi saints qui précèdent Pâques. Prévue à l’origine pour l’office monastique des matines (en nocturne), ces récitations (Leçons) de la Passion sont transférées à l’église (la ville, la cour). Il s’agit de favoriser le recueillement – et le prosélytisme catholique romain – lorsque la période du Carême oblige les théâtres à fermer. Autour de 1700, le goût de l’ornementation vocale (porté par l’Air de cour) et l’influence italienne (madrigal, oratorio) imprègnent ce genre vocal et instrumental.

image_printImprimer
0 commentaires 7 FacebookTwitterPinterestEmail
Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Les festivals de l’été – Beaune : MARI ERIKSMOEN chante Händel et Mozart
prochain post
GIUSEPPE GIACOMINI (1940-2021)

Vous allez aussi aimer...

Le navire de Robinson Crusoé fait escale à...

30 mai 2026

Scala de Milan 2026-2027 : une saison qui...

29 mai 2026

La Femme silencieuse à Berlin : Morosus grogne encore...

29 mai 2026

Don Giovanni à Montpellier – Une nuit mozartienne...

25 mai 2026

La Grande Duchesse de Gérolstein de nouveau à...

25 mai 2026

Grand Amphithéâtre de la Sorbonne – Defiant Requiem,...

25 mai 2026

Ermonela Jaho à Gaveau, humble servante… des Arts...

25 mai 2026

À l’auditorium de Lyon, Francis Poulenc trouve son...

24 mai 2026

Seconde distribution d’Un ballo in maschera à Florence

23 mai 2026

Opéra national de Bordeaux – À l’assaut de...

21 mai 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de mai –

    29 mai 2026
  • Quand WHOOPI GOLDBERG affiche sa passion pour l’art lyrique !

    15 mai 2026

La vidéo du mois

*

Édito

  • Édito de mai – L’artiste peut-il ne pas être politique ?

    1 mai 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Marc Dumont dans Grand Amphithéâtre de la Sorbonne – Defiant Requiem, Verdi à Terezín : la bouleversante conclusion de l’hommage aux musiciens de Terezín
  • Sabine Teulon Lardic dans Grand Amphithéâtre de la Sorbonne – Defiant Requiem, Verdi à Terezín : la bouleversante conclusion de l’hommage aux musiciens de Terezín
  • Hayden dans Ermonela Jaho à Gaveau, humble servante… des Arts et des Lettres
  • AnoNîmes dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Julien Transon dans Turandot à Avignon : la victoire silencieuse de Liù

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Le navire de Robinson Crusoé fait...

30 mai 2026

Scala de Milan 2026-2027 : une...

29 mai 2026

La Femme silencieuse à Berlin : Morosus...

29 mai 2026