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Une Flûte pleine d’astuces à Toulouse

par Gilles Charlassier 23 décembre 2021
par Gilles Charlassier 23 décembre 2021

V. Thill (Tamino), M-A Bouchard (3ème Dame), I. Sherazadishvili (2ème Dame), A. Soare (1ère Dame) - crédit Mirco Magliocca

Valentin Thill (Tamino), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) - crédit Mirco Magliocca

Valentin Thill (Tamino), Marlène Assayag (La Reine de la Nuit) - crédit Mirco Magliocca

Marie Perbost (Pamina), Marlène Assayag (La Reine de la Nuit) - crédit Mirco Magliocca

Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno) - crédit Mirco Magliocca

Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Papageno), Céline Laborie (Papagena) - crédit Mirco Magliocca

Christian Zaremba (Sarastro), Marie Perbost (Pamina) - crédit Mirco Magliocca

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La fin d’année rime généralement avec divertissements festifs et autres réjouissances associées à Noël, avec, parfois, certains embarras de circulation, à l’exemple de la Place du Capitole, où la mairie, depuis la promotion du Théâtre du Capitole au rang d’Opéra national, a dû sans doute préférer le sécuritarisme consumériste de son marché de Noël et se désintéresser de la lisibilité de l’accès à l’une des premières scènes lyriques de France, qui programme, en ce mois de décembre, une Flûte enchantée pleine d’astuces réglée par Pierre Rigal.

Le chorégraphe français propose une lecture foisonnante d’images, de cartons pop art et de clins d’oeil, sans craindre les anachronismes, dans un esprit qui n’est pas sans rappeler le film de Jean Yanne, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ. Ainsi les esclaves de Sarastro ressemblent-ils à des livreurs ubérisés, avec glacière orange sur le dos à l’effigie de l’œil du monde, plus proche néanmoins de Loft Story que du Grand Architecte de l’Univers. L’Egypte du rite mozartien prend des allures contemporaines, avec rumeurs urbaines à l’appui et autres sonorités additionnelles concoctées par Joan Cambon, tandis que la lutte entre la Nuit et la Lumière s’appuie sur les codes de la science-fiction, à l’instar des costumes dessinés par Roy Genty et Adélaïde Le Gras. Plutôt que de reprendre les dialogues en allemand de Schikaneder, Dorian Astor a réécrit une narration répartie entre deux avatars de Mozart et de son librettiste, en livrée blanche censée évoquer l’époque du compositeur. Avec un micro en main, May Hilaire et Ferdinand Régent-Chappey font surtout penser à des animateurs en charge du commentaire de l’action réduite à une variante de cinéma muet – surtitres diffusés par canal sonore plutôt que textuel, selon un tropisme désormais courant aujourd’hui. Les lumières chamarrées de Christophe Bergon et les mouvements chorégraphiques proposés par Mélanie Chartreux contribuent à un divertissement qui n’oublie pas la portée initiatique de l’œuvre, dans une didactique qui privilégie néanmoins le rire à la poésie.

Ce spectacle feel good est servi par deux distributions en alternance. La seconde, que nous avons entendue, affirme une qualité et une homogénéité appréciables, qui témoignent de la part du Capitole d’un authentique attachement aux voix. Le Tamino de Valentin Thill équilibre jeunesse et plénitude de l’intonation, avec une affinité sensible avec l’écriture mozartienne que l’on retrouve dans la Pamina de Marie Perbost, d’une sincérité parfois un rien placide, mais qui sait faire palpiter le frémissement de la crainte de l’abandon et de l’émotion des retrouvailles. Kamil Ben Hsaïn Lachiri offre un Papageno débonnaire, d’une fraîcheur que décuple la Papagena de Céline Laborie, au babil vif et fruité. Marlène Assayag assume la virtuosité d’une Reine de la Nuit qui ne se limite pas à ses acrobaties stratosphériques, et dévoile une pertinente nervosité de l’émission dans laquelle affleure la vindicte. Christian Zaremba impose un Sarastro robuste, au timbre mat, sans céder au monolithisme. Paco Garcia se distingue en Monostatos plus léger et moins caricatural que la mordante méchanceté où on réduit généralement le rôle. Le trio de dames illustre la finesse de l’oreille du Christophe Ghristi, avec une caractérisation admirablement contrastée et individualisée, plus particulièrement entre l’élan lyrique d’Andreea Soare, première dame, et la deuxième, dévolue aux couleurs nettement plus sombres et charnues d’Irina Sherazadishvili, relativement parentes de la troisième, par Marie-Andrée Bouchard-Lesieur. Les interventions de Stehan Loges, l’Orateur, ainsi que celles de Pierre-Emmanuel Roubet et Nicolas Brooymas, prêtres et hommes d’armes, ne déméritent aucunement, tandis que les trois garçons reviennent à trois solistes de la Maîtrise du Capitole, Marie Chartier, Lana Goulpe, Leslie Matynia, préparés avec autant de soin que les choeurs, placés sous la houlette de Patrick Marie Aubert.  Dans la fosse, Frank Beermann met en lumière le génie de la partition, et son contrepoint aéré, avec une pondération qui n’empêche nullement l’élan. L’essentiel de Mozart est là.

Les artistes

Tamino : Valentin Thill
Pamina : Marie Perbost
Papageno : Kamil Ben Hsaïn Lachiri
La Reine de la Nuit : Marlène Assayag
Sarastro : Christian Zaremba
Monostatos : Paco Garcia
Papagena : Céline Laborie
L’Orateur : Stehan Loges
Première dame : Andreea Soare
Deuxième dame : Irina Sherazadishvili
Troisième dame : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Premier prêtre, Premier homme d’armes : Pierre-Emmanuel Roubet
Deuxième prêtre, Deuxième homme d’armes : Nicolas Brooymas
Trois garçons : Marie Chartier, Lana Goulpe, Leslie Matynia (solistes de la Maîtrise du Capitole)

Orchestre national du Capitole, dir. Frank Beermann
Chœur du Capitole, dir. Patrick Marie Aubert
Mise en scène : Pierre Rigal

Le programme

Die Zauberflöte
Singspiel en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret d’Emanuel Schikaneder, créé à Vienne en 1791.
Théâtre du Capitole, Toulouse, représentation du 21 décembre 2021

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Marie PerbostKamil Ben Hsaïn LachiriFrank BeermannValentin ThillCéline LaborieMarlène AssayagChristian Zaremba
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