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Concours de chant international SUMI JO – 1/4
Sumi Jo offre un bouquet d’airs et de mélodies au Château de la Ferté-Imbault

par Stéphane Lelièvre 12 juillet 2024
par Stéphane Lelièvre 12 juillet 2024
© Ferté-Imbault
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© D.R.

Quelle magnifique carrière que celle de Sumi Jo ! On se souvient très précisément de la première fois où nous l’avons entendue : c’était dans un reportage consacré à Herbert von Karajan (documentaire signé Deborah Dickson, Susan Froemke et Peter Gelb et datant de 1987) : le chef autrichien y auditionnait deux chanteuses prometteuses, Cecila Bartoli et une toute jeune Sumi Jo à qui Karajan demanda, sans aucune préparation, de chanter le « Du wirst sie zu befreien gehen » de Zauberflöte ! 

La chanteuse s’exécute impeccablement (même si elle perd un peu les paroles en cours du route !) et stupéfie le maestro par la pureté de son timbre, l’agilité étonnante des vocalises, la précision de l’aigu et du suraigu.

Deux ans plus tard, Sumi Jo donnait dans le cloître Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence un délicieux récital accompagné au piano par Jeff Cohen, dans lequel elle enchaîna airs et mélodies virtuoses (la Villanelle d’Eva Dell’Acqua , le « Caro nome » de Rigoletto, « O luce di questa anima » de Linda di Chamounix, le « Ah vous dirais-je maman » d’Adam), avant de  subjuguer les festivaliers dans la Messe en ut de Mozart avec un « Et incarnatus est » d’une pureté inouïe.

Sumi Jo reviendra à Aix pour Le Comte Ory en 1995, et restera d’une manière générale extrêmement fidèle à la France : si sa carrière la conduisit sur toutes les grandes scènes lyriques du monde, elle honora fréquemment notre pays en général et Paris en particulier de sa présence (Olympia, Lucia, Gilda à l’Opéra, Fra Diavolo à l’Opéra Comique, des récitals au Châtelet ou au Théâtre des Champs-Élysées, Tancredi à Pontoise…), et s’intéressa toujours au répertoire français, y compris lorsqu’il s’est agi de faire revivre certaines partitions oubliées ou négligées, à la scène (Fra Diavolo) ou au disque (Le Domino noir d’Adam, Le Toréador d’Auber).

 Elle grava également deux célèbres albums d’extraits d’opéras français : Les Bijoux ( dir. Giulano Carella , Erato, 1998), et surtout Carnaval ! où, sous la direction de Richard Bonynge (Decca, 1994), elle délivre une époustouflante démonstration de virtuosité dans « Le Carnaval de Venise » de La Reine Topaze (Massé) :

Soucieuse de transmettre et de partager son art avec la jeune génération, Sumi Jo organise aujourd’hui son premier Concours de chant International. Il a lieu en pleine Sologne, dans le charmant château de La Ferté-Imbault (à quelques kilomètres de Salbris), et réunit quelque 24 candidats pour plus de 20 heures de musique offertes au public. 

Château de la Ferté-Imbault - © Première Loge Opéra

Auditions publiques, masterclass, récitals et concerts, remise des prix et soirée de gala : les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands pour organiser ce qui est sans doute appelé à devenir l’un des grands concours de chant lyrique des années à venir – et qui l’est déjà par la qualité des candidats retenus (le public français en connaît certains, tels Alexandre Baldo, lauréat de la Fondation Royaumont, ou Kiup Lee, ancien membre de l’Académie de l’Opéra national de Paris) et des membres du jury, qui compte en ses rangs, outre Sumi Jo elle-même, Olivier Ojzerowicz-Medinger (l’un des deux propriétaires du château, tous deux enthousiastes et visiblement passionnés par ce projet !), Jonathan Friend (Conseiller artistique au Metropolitan Opera de New York), Alessandro galoppini (manager du casting à la Scala de Milan), Alain Lanceron (Président de Warner Classics et Erato), le chef Jérémie Rhorer et le ténor Ramón Vargas.

Ce soir, mercredi 10 juillet, Sumi Jo propose au public un récital chant/piano, accompagnée par l’excellent Andrey Vinichenko – qui aura l’occasion de briller seul à l’occasion d’une petite pause chopinesque (très applaudie !) au cours de laquelle la chanteuse s’absentera quelques minutes pour se reposer et boire un verre d’eau… car Sumi Jo, ce soir-là, est malade ! Sa méforme s’entend ne serait-ce que dans sa voix parlée, légèrement enrouée… Mais, professionnelle jusqu’au bout des ongles, la soprano a tenu à honorer la promesse qu’elle avait faite de chanter. Elle annonce simplement que le programme sera plus court que prévu et qu’elle évitera toutes les pages qui extrapolent un peu trop dans l’aigu.

De fait, le programme s’improvise plus ou moins avec la complicité du pianiste, qui propose certains titres que la chanteuse accepte après avoir vérifié rapidement que la voix répondra présente à certaines notes sollicitées par la partition ! Courageusement, elle offre ainsi un tour de chant varié, mêlant airs d’opéras (Bajazet de Vivaldi, The Bohemian Girl de Michael William Balfe) chansons, mélodies et lieder d’écoles diverses – les répertoires français, allemand, italien, allemand étant sollicités. Le concert s’ouvre sur le célèbre « Sposa, son disprezzata », un air qui suit Sumi Jo depuis ses tout débuts. L’interprétation en est  superbe, avec une pureté du timbre à peine entamée par la méforme de la chanteuse, un contrôle du souffle remarquable, un chant legato et un choix de nuances toujours aussi soigné. Le même legato soyeux se fera entendre dans « I dreamt I dwelt in marble halls », et surtout le « Wo die Zitronen blühen » de Johann Strauss – avec ces passages subits et spectaculaires, dans l’aigu, du forte ou mezzo-forte à la nuance piano, une prouesse technique parfaitement maîtrisée dont Sumi Jo s’est fait une spécialité ! La chanteuse prend soin également de varier les ambiances, passant efficacement de l’enjouement (La pastorella delle Alpi de Rossini, pour laquelle elle s’assure la participation complice du pianiste qui interviendra ponctuellement en « écho » au chant de la soprano !) à la douceur nocturne de la Sérénade de Gounod ou au recueillement de l’Ave Maria de Caccini.

Le public fait fête à Sumi Jo, qui reviendra le lendemain pour donner une master class et donner ainsi au public un autre aperçu de ses nombreux talents !

Pour découvrir le programme complet des événements liés au concours de chant Sumi Jo, c’est ici !

Les artistes

Sumi Jo, soprano

Andrey Vinichenko, piano

Le programme

Vivaldi : Bajazet, “Sposa, son disprezzata”
Rossini, La pastorella delle Alpi
Gounod, Sérénade
Benedict, The Gypsy and the bird
Balfe, The Bohemian Girl « I dreamt I dwelt in marble halls »
J. Strauss, « Wo die Zitronen blühen »
Caccini, Ave Maria

Château de la Ferté-Imbault, récital du mercredi 10 juillet 2024

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Sumi JoConcours de chant international Sumi Jo
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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