Le jardin ascétique de Francisco Guerrero

Anna Reinhold, soprano
Quito Gato, vihuela, guitare et Oud
Fransisco Guerrero (1528-1599) : El jardin del cielo
Francisco Guerrero : Los reyes siguen la estrella
Francisco Guerrero : A un nino llorando al hielo
Miguel de Fuenllana : Suscepit Israel
Francisco Guerrero : Claros y hermosos ojos
Francisco Guerrero : O Virgen, cuando os miro
Miguel de Fuenllana : Pleni sunt coeli
Francisco Guerrero : Alma, si sabes de amor
Francisco Guerrero : Antes que comais a Dios
Francisco Guerrero : Pan divino
Anonyme Al-Andalus : B’tayhi – M’saddar
Traditionnel Maronite – Liban : Ya oum Allah
Traditionnel Sufi – Turquie : Mevlana
Francisco Guerrero : Ojos claros, serenos
Francisco Guerrero : Esclarecida madre
Miguel de Fuenllana : Fecit potentiam
Francisco Guerrero : Dexo del mundo
Francisco Guerrero : Si del jardin des cielo
Chant Grégorien : Urbs Jerusalem
Miguel de Fuenllana : Benedictus
1 CD Psalmus, juin 2026
En 1588, âgé de 60 ans, Francisco Guerrero fit un long pèlerinage vers Jérusalem. A son retour, il fut capturé par des pirates puis libéré moyennant rançon. La rançon musicale se retrouve dans ce programme de partitions religieuses, ces villancicos spirituels peu connus et édités dès 1589.
C’est donc une belle idée de consacrer un enregistrement entier à ces œuvres d’un compositeur qui fut une figure centrale de la vie musicale de Séville, particulièrement célèbre pour ses messes, motets ou Passions.
Que trouve-t-on dans ce Jardin du ciel ? Des mélodies en castillan, simples et profondes évoquant la Nativité, la Vierge, la Cène ou Madeleine et bien sûr Jérusalem. Originellement de 3 à 5 voix, ces partitions ont été adaptées pour voix seule, comme cela se pratiquait couramment alors. C’est par l’expressivité des mots que Guerrero capte son auditoire et Anna Reinhold pose sa voix limpide et douce sur des textes où Noël joue un grand rôle. En toute logique d’ailleurs puisque Guerrero édita en 1590 son livre El viaje de Jerusalem où il expliquait son obligation annuelle, en tant que maître de chapelle, de composer pour la Nativité.
Muri dans le silence d’un monastère espagnol, joliment enregistré en la Collégiale de Champeaux, ce disque porte la marque d’une profonde réflexion intérieure, celle de Guerrero comme celle des deux musiciens. Une certaine monotonie dans la première partie du programme est heureusement rompue par l’irruption d’un chant d’Al Andalous issu du contexte local, celui d’un proche Orient turc ou libanais, reflets d’un périple de six mois que fit le compositeur.
Alors, l’oud de Quito Gato s’impose, avant de venir colorer la voix d’Anna Reinhold qui prend des mélismes orientaux lascifs dans un chant traditionnel maronite, évoquant en arabe la mère de Dieu. Après cette halte essentielle, la troisième partie de cet enregistrement reprend le fil de la première où la symbiose entre Anna Reinhold et le joueur de vihuela et de guitare renaissance rappelle combien il sait être à l’écoute de ses partenaires, que ce soit au sein de l’orchestre Capella Mediterranea ou accompagnant une autre complice de longue date, Marianna Flores.
Pour clore le parcours, la soprano entonne a-capella un chant grégorien, logiquement à la gloire de Jérusalem, seule marque latine ici clamée. Ainsi, Guerrero nous revient dans l’espoir d’un autre monde, celui du Jardin du ciel : une ascèse spirituelle – au risque de mener le profane aux confins de l’ennui.
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