Les Lunaisiens : Jadis et Naguère
Indispensable passé revisité

Les artistes

Jenny Daviet, soprano
Cyrille Dubois, ténor

Chœur Audomaria dirigé par Adélaïde Stroesser

Les LunaisiensArnaud Marzorati, chant et direction artistique

Le programme

Jadis et Naguère

1 CD Seule Étoile, 2026

Cet enregistrement est plus qu’une réussite, c’est une plongée indispensable dans un monde oublié : celui de notre Histoire enchantée.

Ils ne cessent de raconter des histoires pour notre plus grand bonheur : Une fois encore, Les Lunaisiens, sous la houlette du baryton Arnaud Marzorati, nous enchantent par leurs interprétations si originales dans leur instrumentation comme dans le choix de leur répertoire. Et ce tout nouvel enregistrement ne déroge pas à leurs exigences artistiques.

Tout commence mezza-voce, en chanté-parlé, par une complainte sur le thème du « C’était mieux avant » datant de… 1726 ! Et l’ensemble des quatorze chansons choisies nous replongent dans un monde oublié, allant du XVIe au XIXe siècle, nous faisant découvrir la Naissance de Louis XIV puis La mort du Roi (interprété sur un timbre repris plus tard par des chansons révolutionnaires) ou Louis XI vu par Pierre-Jean Béranger en 1839 – tant de moments oubliés. En fait, c’est mieux maintenant, grâce à ce genre de publication nous remettant en prise directe avec un patrimoine si riche et divers.

Musicalement, les recréations sont toujours aussi subtilement agencées. L’instrumentarium mêle viole, violon, saqueboute et harpe, vielle et cornemuse. Les airs reprennent des timbres anciens, totalement oubliés, si ce n’est Héloïse et Abélard chanté sur l’air de Malbrough. Sans oublier l’emploi de musiques savantes, comme cela se faisait régulièrement aux XVIIe-XVIIIe siècles : dans Jadis et aujourd’hui, le timbre choisi est celui de Jean-Joseph Mouret ; dans Frédégonde, la marche funèbre de la 7e Symphonie de Beethoven s’insinue en contrepoint et la Chanson de Roland est donnée sur une musique de Méhul.

Quant à l’interprétation, elle est au diapason de cette totale réussite. Écoutez le ténor Cyrille Dubois dans la Chanson de Roland, accompagné à la harpe et dialoguant avec le chœur Audomaria : il y a la fougue héroïque, non sans un sourire du second degré. Car l’humour est bien la marque en filigrane de cet hommage aux chansonniers de naguère. A preuves l’inénarrable Mort de La Palice dans la voix d’Arnaud Marzorati, ce grand ordonnateur d’un programme ne reculant pas devant les effets comme avec ce Vieux château des Ardennes, grande réussite dans un fantastique gore, où Jenny Daviet lui donne une piquante réplique. Les trois complices dessinent des saynètes hautes en couleurs comme avec la ronde endiablée d’Héloïse et Abélard ou cette interprétation gourmande de Monsieur et Madame Denis sur des paroles du grand Désaugiers (1772-1827) qui se termine dans un rythme swing…

Ne cherchez pas une chronologie dans l’agencement du programme. Qu’importe ! L’intérêt est ailleurs : dans la recréation d’un pan multi-séculaire de notre patrimoine musical trop délaissé. Cet enregistrement est plus qu’une réussite, c’est une plongée indispensable dans un monde oublié : celui de notre Histoire enchantée.

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