Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille

Manon des sources, Théâtre de l’Odéon de Marseille, jeudi 24 septembre 2026
Quelle belle idée de créer une comédie musicale sur l’histoire du diptyque de Marcel Pagnol Jean de Florette et Manon des Sources à Marseille dans ce beau théâtre de l’Odéon situé sur la célèbre Canebière ! Nous sommes au cœur de l’univers pagnolesque avec son accent chantant et ses galéjades pour cette première. Les deux compères Jean-Jacques Thibaud (paroles) et Julien Vallespi (musique) s’attèlent à la tâche d’adapter les deux romans à la scène. Soucieux de respecter le texte original, ils suivent le découpage des films de Claude Berry, sortis en 1986.
Les textes des 22 chansons originales, très travaillés, illustrent parfaitement l’esprit de l’œuvre de Pagnol.
Les mélodies sont inspirées et soulignent le caractère des personnages. On peut toutefois regretter le manque d’harmonie dans les chœurs qui ne chantent qu’à l’unisson. Il faut souvent attendre le dernier accord pour entendre enfin une tierce ou une quinte. L’accompagnement est réalisé par une violoncelliste, Alice Poussin, et un pianiste Quentin Benayoun, tous deux sur scène (jolie trouvaille d’habiller le piano droit en bar pour l’intégrer au décor), ainsi qu’une bande-son.
Le décor représente les collines de l’arrière-pays aubagnais, avec, au premier plan, un olivier à jardin, et le piano qui symbolise le bar à cour. De trop nombreux accessoires sont apportés et retirés entre chaque scène (une balançoire, un portique avec rideau de théâtre rouge et inscription « Opéra municipal » imitant le fronton de l’opéra de Marseille pour illustrer la carrière d’Aimée, chanteuse lyrique… Ce qui est tout à fait inutile, la voix seule de Justine Vultaggio suffit à faire comprendre au public ce qu’il en est. En dehors de l’accompagnement des chants, les deux musiciens doivent souvent « meubler » pendant les changements d’éléments de décor entre chaque scène, ce qui, à la longue, est un peu ennuyeux. Nul besoin d’ajouter systématiquement des tables et des chaises pour que le public comprenne que l’action se déroule sur la place du village. Les changements de scènes rapides au cinéma ne sont pas forcément adaptés au théâtre !
La distribution fait la part belle aux comédiens-chanteurs issus du milieu de la variété. Seule Justine Vultaggio possède une belle voix de mezzo-soprano lyrique travaillée. Elle interprète Aimée, la mère de Manon dont la profession est chanteuse lyrique. Le décalage avec les autres voix est donc pleinement justifié. On l’entendra d’ailleurs fredonner le thème de La Forza del Destino.
Le personnage de Manon est interprété par Charlie Loiselier, jeune comédienne et chanteuse remarquée lors de la première saison de The Voice Kids. Elle intervient à partir du deuxième acte, même si elle apparaît en petite fille au premier, discret témoin du drame qui se joue entre les adultes. Son premier air « La Sauvage » lui permet de montrer toutes ses qualités de chanteuse et danseuse.
Nicolas Turconi incarne un Ugolin déchiré entre l’appât du gain et son désir d’être aimé, de vivre son amitié avec Jean sans arrière-pensée, puis son amour désespéré pour Manon. Son grand talent de comédien ne masque pas des qualités de chanteur et son interprétation de sa première chanson « C’est pas facile d’être un salaud » montre un grand ambitus et une utilisation subtile de la voix de fausset. Son air « Manon, Manon, Manon, je t’aime » de l’acte deux est particulièrement émouvant. De même que celui du ruban où l’on voit poindre la folie dans une danse effrénée, folie qui le conduira à la mort.
César dit Le Papet est joué par Thomas Bronzini, chanteur et comédien, qui use de sa voix de ténor pour manipuler Ugolin, tirant dans l’ombre les ficelles d’un drame qui le dépasse et le rattrapera lors de la scène finale. Son dernier air, où il apprend qu’il a tué son fils « Si j’avais su que c’était lui » résume à lui seul toute l’histoire tragique d’un destin implacable et impitoyable qui se joue des hommes.
Clément Althaus est un musicien, comédien et chanteur. Il campe un Jean de Florette passionné, naïf et courageux, déchiré entre son optimisme chronique et son désir de revanche sur la nature qui l’a affublé d’une bosse disgracieuse qui ne l’a pas empêché d’épouser une très belle femme. Son combat inégal contre les éléments et la méchanceté des hommes le mènera à la mort. Son air « Ceux qui rêvent » en début d’acte 1 illustre parfaitement le décalage entre lui et Ugolin.
L’instituteur qui séduit Manon est interprété par Tommy Chiche. Au début de l’acte deux il chante un air charmant avec Manon en contrechant. Il interprète également un duo avec Manon qui devient trio lorsqu’Aimée vient poser sa voix en arrière-plan (toujours avec son portique…)
Les villageois, complices par leur silence des manigances du Papet et d’Ugolin, sont interprétés par Laurent Boeuf, Sébastien Martin, Emmanuel Obre, Patrice Benigni et Christophe Ceytte. Ils ponctuent l’action à la manière d’un chœur antique, commentant autour d’un pastis la situation du « pauvre bossu » et de la petite sauvageonne. Le trio des chasseurs « Les fous, les fadas, les fêlés » est un moment très drôle au milieu du drame où l’on se retrouve plongé dans l’univers marseillais à la Fernandel. Ils apportent un peu de légèreté et d’humour.
Ce spectacle de près de trois heures tournera l’an prochain en France et à l’étranger. Les longueurs dues aux changements de plateau pourront être facilement réduites en simplifiant la scénographie et donnant ainsi plus de dynamisme. Souhaitons longue vie à cette pièce qui fait chanter la Provence !
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Manon : Charlie Loiselier
Aimée : Justine Vultaggio
Amélie : Alice Poussin
Ugolin : Nicolas Turconi
César dit Le Papet : Thomas Bronzini
Jean de Florette : Clément Althaus
Martial : Laurent Bœuf
Éliacin : Sébastien Martin
Pamphile : Emmanuel Obre
Anglade : Patrice Benighi
Bernard l’instituteur : Tommy Chiche
Philoxène : Christophe Ceytte
Pianiste : Quentin Benayoun
Violoncelliste : Alice Poussin
Mise en scène : Tristan Petitgirard
Chorégraphie : Cécile Chatudeau
Scénographie : Juliette Azzopardi
Costumes : Virginie Houdinière
Manon des sources,
Comédie musicale de Julien Vallespi, paroles de Jean-Jacques Thibaud, créé au Théâtre de l’Odéon de Marseille le 24 septembre 2026.
Marseille, Théâtre de l’Odéon, représentation du jeudi 24 septembre 2026.