Hommage à Callas : l’Opéra national grec redonne vie à la Médée historique d’Épidaure

Medea, Théâtre antique d’Épidaure, samedi 20 juin 2026
Un moment marquant dans l’histoire récente de l’Opéra national grec a sans aucun doute été le spectacle du 20 juin 2026 donné à Épidaure, avec la production de Medea de Cherubini, dans la mise en scène historique de 1961, avec Anna Pirozzi dans le rôle-titre, en hommage à la légendaire Maria Callas.
En effet, cette production très attendue avait depuis longtemps monopolisé l’intérêt des mélomanes locaux et étrangers qui ont envahi le théâtre antique d’Épidaure, lequel — de par ses dimensions pharaoniques — a accueilli plus de 10 000 spectateurs pour cette soirée unique. Une distribution de premier plan au niveau international, avec Anna Pirozzi en tête d’affiche, a mis en valeur la mise en scène magistralement reconstituée d’Alexis Minotis, avec des décors et des costumes du grand peintre Yannis Tsarouchis et une chorégraphie de Maria Hors. La direction musicale a été assurée par le chef d’orchestre canadien Jacques Lacombe, tandis qu’était (malheureusement) utilisé le livret italien révisé, le plus populaire, en lieu et place de la version originale française.
Peu d’éléments (dessins, maquettes, notes) avaient été conservés de la mise en scène de Minotis, qui fut présentée pour la première fois à l’Opéra de Dallas, puis à Épidaure en 1961 — toujours avec Callas ; c’est pourquoi sa reconstitution, par Panagis Pagoulatos, s’est principalement appuyée sur le matériel photographique disponible. Visuellement, elle fut particulièrement élégante, sobre, aux lignes épurées, évoquant, grâce à des décors d’inspiration antique et aux temples flanquant la scène, le lieu où se déroule l’action, tandis que le paysage épidaurien, d’une beauté incomparable, constituait une toile de fond naturelle parfaite.
Sur le plan musical, l’introduction a été interprétée avec un élan rythmique exceptionnel et toutes les nuances dramatiques appropriées par les cordes, qui ont développé un dialogue intense et compétitif entre elles, sous la direction du chef Lacombe. Malgré l’acoustique diffuse et loin d’être idéale du théâtre en plein air, le son parvenait avec un naturel et une clarté remarquables, même dans les gradins supérieurs. Le choix de solistes dotés d’une projection vocale exceptionnelle y a également contribué ; les voix ont ainsi été mise en valeur et se sont parfaitement harmonisées avec un accompagnement orchestral à la fois dynamique et sensible, dans lequel le solo de basson s’est particulièrement distingué.
La soprano dramatique italienne Anna Pirozzi a non seulement réussi à interpréter avec assurance les notes aiguës exigeantes, mais aussi à impressionner par son beau registre grave et ses magnifiques pianissimi, qui parvenaient intacts à l’auditeur ! Elle a incarné le rôle de Médée avec une grande théâtralité, soulignant le désespoir de la vengeance par des éclats dramatiquement convaincants, tant sur le plan vocal que scénique. À ses côtés, le ténor français Jean-François Borras, dans le rôle de Jason, a su harmoniser sa voix avec celle de Pirozzi, faisant preuve d’une projection vocale suffisante. Grâce à sa prononciation irréprochable, à son articulation cristalline et à sa belle diction, la fougueuse mezzo-soprano russe Alisa Kolosova a conquis le public (et suscité ses acclamations), tout en faisant preuve d’une présence scénique également très intense. Parmi les deux solistes grecs mobilisés, c’est la présence du baryton Tassis Christoyannis qui s’est démarquée, dans le rôle de Créon. Bien qu’il ne disposât pas de la puissance qui est habituellement celle d’un baryton-basse, il a su incarner le rôle de manière impeccable sur le plan théâtral et, grâce à son expérience, en faire ressortir le côté paternel et humain. La soprano colorature Danaï Kontora s’est montrée très raffinée ; elle ne répondait peut-être pas exactement aux caractéristiques du soprano lyrique requis par le rôle de Glauce, mais elle a néanmoins su incarner le rôle avec brio grâce au timbre de sa voix, d’une douceur et d’une noblesse rares, mais aussi grâce à sa présence scénique soignée. Les rôles secondaires (Tsimidaki, Athanasiou, Stamatakis) ont été interprétés de manière satisfaisante, tandis que la prestation du chœur de l’Opéra national, sous la direction d’Agathangelos Georgakatos, s’est révélée, comme à son habitude, exceptionnelle.
Le public, parmi lequel se trouvaient de nombreuses personnalités, a accueilli avec beaucoup de chaleur et des applaudissements nourris la reprise de cette grande production et a acclamé – à juste titre – la vedette Anna Pirozzi.
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Production historique de 1961 :
Mise en scène : Alexis Minotis
Décors et costumes : Yannis Tsarouchis
Chorégraphie : Maria Hors
Nouvelle adaptation de la production historique de 1961 :
Medea : Anna Pirozzi
Glauce : Danae Kontora
Neris : Alisa Kolosova
Giasone : Jean-François Borras
Creon : Tassis Christoyannis
Orchestre de l’Opéra national de Grèce, dir. Jacques Lacombe
Chœur de l’Opéra national de Grèce, dir. Agathangelos Georgakatos
Direction artistique : Giorgos Koumendakis
Mise en scène : Panaghis Pagoulatos
Décors : Lili Pezanou
Costumes : Tota Pritsa
Lumières : Christos Tziogkas
Medea
Version italienne (créée à la Scala de Milan en 1909) de Médée, opéra-comique en trois actes de Luigi Cherubini, livret de François-Benoît Hoffman, créé le 13 mars 1797 au théâtre Feydeau à Paris.
Théâtre antique d’Épidaure, représentation du samedi 20 juin 2026.