Les festivals de l’été –
À Pesaro, l’Occasion fait le bonheur du spectateur

L’occasione fa il ladro, Pesaro, Teatro Rossini, mercredi 12 août 2026

Quarante ans après sa création, la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle pour L’occasione fa il ladro n’a rien perdu de sa fraîcheur. Portée par une jeune troupe aussi vive que prometteuse et par la direction alerte d’Alessandro Bonato, cette reprise s’impose comme l’une des heureuses surprises de l’édition 2026 du Rossini Opera Festival.

Au lendemain de la production phare de cette édition 2026 du Rossini Opera Festival (Le Siège de Corinthe, présenté à l’Auditorium Scavolini), le Teatro Rossini proposait la reprise de L’occasione fa il ladro. D’un format évidemment beaucoup plus modeste, cette délicieuse burletta en un acte dure un peu moins d’une heure et demie et s’inscrit dans un dispositif scénique beaucoup plus léger.
L’entreprise n’en est pas moins chargée d’histoire : il s’agit de la reprise de la célèbre production créée au ROF en 1987 par Jean-Pierre Ponnelle, seule mais mémorable contribution du grand metteur en scène au festival. Pour cette nouvelle série de représentations, la direction musicale et les parties vocales sont confiées à de jeunes artistes : une manière, en somme, de confronter un spectacle devenu historique à une génération de chanteurs encore au début de leur parcours, talentueux et prometteurs.

On s’attendait à passer un moment sympathique ; ce fut bien mieux que cela : un spectacle d’une grande qualité, tant sur le plan scénique que musical. Après la mise en scène de David Livermore, fort peu convaincante dans Le Siège de Corinthe, observée la veille à l’Auditorium Scavolini, ce fut un véritable plaisir de redécouvrir ce spectacle de Jean-Pierre Ponnelle, qui, en quelque quarante ans, n’a pas pris une ride. C’est un modèle d’élégance, d’humour, de précision et de théâtralité. Tout y est léger et drôle, sans jamais tomber dans la grossièreté. Rien n’est appuyé, tout est efficace, avec ici ou là de jolis effets poétiques. Le plus réussi est sans doute le rôle accordé à la fameuse valise, celle qui sera l’élément déclencheur des péripéties rocambolesques du livret de Luigi Prividali, inspiré du vaudeville de Scribe : Le prétendu par hasard, ou L’occasion fait le larron. De cette valise, posée au milieu de la scène dès l’ouverture, surgissent peu à peu tous les éléments du spectacle : certains objets, mais aussi les éléments du décor (murs et portes étant représentés par des toiles), et même… les différents personnages ! L’idée est à la fois drôle, poétique et parfaitement maîtrisée.

La direction des acteurs, d’une belle vivacité, est réglée par Sonja Frisell, responsable de nombreuses reprises des productions de Ponnelle. Près de quarante ans après sa création, cette mise en scène conserve une allégresse et une efficacité remarquables, témoignant d’une conception du théâtre rossinien qui, malgré les années, conserve une remarquable fraîcheur.

Si le spectacle est à ce point réussi, c’est aussi parce que nous avons affaire à une formidable équipe de chanteurs-comédiens. Le critique pointilleux pourra peut-être  relever une projection encore un peu limitée chez certains, ainsi que des timbres parfois légèrement verts. Nous préférons pour notre part mettre en avant les qualités déjà bien présentes chez la plupart de ces jeunes artistes. On retient ainsi l’humour et l’efficacité de Manuel Amati en Don Eusebio, l’abattage de Matteo Mancini et sa remarquable maîtrise du sillabato en Don Parmenione, l’espièglerie et la précision du chant de Martiniana Antoni en Ernestina et de Damiana Mizzi en Berenice, qui réussit tout particulièrement le cantabile de sa cavatine « Vicino è il momento ». On retient également la prestation de Giuseppe Toia, particulièrement à l’aise en Martino, personnage très présent dans la mise en scène et qui devient ici une véritable figure de premier plan. Sorte de Figaro ou de Dandini avant la lettre, il apporte au spectacle sa vivacité, son sens du comique et une présence scénique particulièrement efficace.

Le plus expérimenté de ces jeunes artistes est sans doute Dave Monaco, qui confirme ici tout le bien que l’on pense de ce jeune ténor, dont Première Loge a eu l’occasion de vanter les mérites, notamment dans La Cenerentola à Nancy ou dans le rôle de Fenton à Parme. Particulièrement à l’aise dans le canto di grazia, il offre un « Se non m’inganna il core », par lequel s’ouvre le duo Alberto/Berenice, d’une grande poésie ; mais il se montre également parfaitement à son affaire dans les passages les plus virtuoses de son rôle, telle la cabalette « Amor da voi non chiede », prise à un tempo extrêmement rapide qui ne nuit en rien à la précision ni à la qualité de ses vocalises.

Le jeune Alessandro Bonato excelle quant à lui à la tête de l’Orchestra Sinfonica G. Rossini. Sa direction est légère, précise, et n’oublie jamais que l’œuvre reste encore largement tributaire de l’esthétique du XVIIIe siècle, plusieurs pages rappelant notamment Mozart. Constamment attentif aux chanteurs, il maintient en permanence l’équilibre entre la fosse et le plateau et fait avancer l’action sans temps mort, tout en ménageant de belles suspensions, comme dans « Che strana sorpresa », et en faisant preuve d’une impeccable précision dans les ensembles les plus animés (« Di tanto equivoco, di tal disordine »).

Le public, ravi, réserve un véritable triomphe à l’ensemble des artistes. Une reprise qui aurait pu n’être qu’une agréable parenthèse s’impose ainsi comme l’un des très beaux moments de cette édition 2026 du Rossini Opera Festival.

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Les artistes

Don Eusebio : Manuel Amati
Berenice : Damiana Mizzi
Conte Alberto : Dave Monaco
Don Parmenione : Matteo Mancini
Ernestina : Martiniana Antonie
Martino : Giuseppe Toia

Orchestra sinfonica G. Rossini, dir. Alessandro Bonato
Mise en scène, décors et costumes : Jean-Pierre Ponnelle
Reprise de la mise en scène : Sonja Frisell
Lumières : Fabio Rossi

Le programme

L’occasione fa il ladro

Burletta per musica en un acte de Gioachino Rossini, livret de Luigi Prividali à partir du  vaudeville d’Eugène Scribe Le prétendu par hasard, ou L’occasion fait le larron, créé au Teatro San Moisè de Venise le 24 novembre 1812.
Pesaro, Teatro Rossini, représentation du mercredi 12 août 2026.