Jules César en Égypte de Haendel : un début triomphal au Festival du Maggio Musicale Fiorentino

Giulio Cesare, Maggio Musicale Fiorentino, dimanche 14 juin 2026

Le dernier opéra au programme du 88e Festival du Maggio Musicale Fiorentino (qui se poursuit jusqu’au 1er juillet) est Giulio Cesare in Egitto de Georg Friedrich Haendel, un opéra qui, incroyablement, n’avait jamais été jouée lors des éditions précédentes du festival.

Ce magnifique spectacle (mis en scène pour l’Opéra de Monte-Carlo par Davide Livermore), qui métamorphose le pont antique mentionné dans le premier intertitre en pont d’un bateau à vapeur naviguant sur le Nil dans les années 1920, avec des références explicites à deux romans policiers d’Agatha Christie (Mort sur le Nil et Le Crime de l’Orient-Express, avec même un figurant déguisé en Poirot), a déjà fait l’objet d’une critique dans Première Loge par Renato Verga, qui avait chroniqué la reprise zurichoise en mars dernier

 La reprise florentine voit sur le podium le même chef d’orchestre, le très spécialisé Gianluca Capuano, qui dirige cette fois l’Orchestre et le Chœur du Maggio Musicale Fiorentino, renforcés par Marta Graziolino à la harpe baroque, Giovanni Bellini au théorbe et Cristiano Contadin à la viole de gambe ; mais le violoncelle continu est Simão Pedro Alcoforado Barreira, premier violoncelle de l’Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino ; Salvatore Quaranta, premier violon de l’orchestre, apparaît sur scène pour accompagner l’aria de Cesare « Se in fiorito ameno prato », et c’est le cor d’Alessio Dainese, également membre de l’Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino, qu’on entend dans l’aria de Cesare « Va tacito e nascosto ». Cet orchestre, bien que polyvalent, soutient à merveille la direction rigoureuse, vivante et dynamique de Capuano, tout comme le Chœur du Maggio Musicale Fiorentino.

Il n’y a, à Florence, ni Cecilia Bartoli ni Carlo Vistoli ; cependant, la distribution, où chacun se distingue non seulement par ses talents de chanteur mais aussi par son jeu d’acteur très soigné et efficace, se révèle être très bien assortie et d’un niveau exceptionnel.

Raffaele Pe, dans le rôle de Jules César, se déplace sur scène avec une aisance parfaite ; si sa voix trahit parfois une certaine fatigue, elle demeure impeccable dans les agilités ; son interprétation, grâce a sa verve et à son énergie communicative, est magistrale. La soprano Mariangela Sicilia, qu’elle chante Puccini, Mozart ou Haendel, est toujours très agréable : une voix au timbre charmant, expressive, ample à souhait et d’une clarté cristalline, homogène même dans les passages les plus audacieux, avec une maîtrise parfaite de l’émission : une Cléopâtre enchanteresse. Tous deux les protagonistes possèdent une présence scénique remarquable.

La Cornelia de Fleur Barron est d’abord quelque peu handicapée par la mise en scène, qui la contraint à des gestes exagérés, à la manière d’une diva du cinéma muet. Les mouvements de l’extraordinaire contre-ténor et soprano Nicolò Balducci, qui interprète son fils Sesto Pompeo, sont également un peu excessifs dans les premières scènes. Heureusement, ils retrouvent toute leur dimension intimement tragique dans le poignant duo final du premier acte (« Son nata a lagrimar / Son nato a sospirar », l’un des passages les plus célèbres de l’opéra). Fleur Barron possède un timbre doux et un bon phrasé qui la font apprécier, mais la véritable surprise de la soirée, même si le public amateur de musique ancienne le connaissait déjà et s’attendait à son succès, est le jeune Nicolò Balducci (né en 1999), à la voix riche, ample et lumineuse, supportée par une technique remarquable. Avec l’aria « L’angue offeso mai riposa » il a déclenché un déluge d’applaudissements bien mérité, ce qui n’a manqué, par ailleurs, à aucun des principaux interprètes du spectacle.

Le contre-ténor Filippo Mineccia, dans le rôle du perfide et capricieux Tolomeo, est parfaitement à l’aise pour incarner un villain presque inquiétant ; la mezzo-soprano Janetka Hoşco excelle également dans le rôle de Nireno, tout comme la basse Valerio Morelli (Achilla) et le jeune baryton-basse Davide Sodini (Curio).

Ainsi, grâce à une musique magnifique, un jeu d’acteur impeccable, de superbes costumes (notamment ceux de Cléopâtre), des décors enchanteurs et des videos évocatrices, presque cinématographiques, les trois heures passent en un clin d’œil, même pour le public moins familier avec les splendeurs de l’opéra baroque (on a beaucoup coupé, il faut le dire). On sort avec le désir de revoir et d’écouter à nouveau ce très beau spectacle. À ne manquer sous aucun prétexte ! Seulement trois représentations : vendredi 19 juin à 19h ; dimanche 21 juin à 15h30 ; et jeudi 25 juin à 19h.

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Retrouvez Nicolò Balducci en interview en cliquant ici 

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Les artistes

Giulio Cesare: Raffaele Pe
Cleopatra: Mariangela Sicilia
Cornelia: Fleur Barron
Sesto Pompeo: Nicolò Balducci
Tolomeo: Filippo Mineccia
Achilla: Valerio Morelli
Curio: Davide Sodini
Nireno: Janetka Hoşco

Danseurs: Ilaria Brandaglia, Marko Bukaqeja, Robert Ediogu Abotsie, Stefano Mascalchi, Francesco Pacelli, Carlo Pucci, Maya Quattrini, Simone Ticci

Orchestre et Chœur du Maggio Musicale Fiorentino, dir. Gianluca Capuano

Mise en scène : Davide Livermore
Décors : Giò Forma
Costumes : Mariana Fracasso
Lumières : Antonio Castro
Video : D-Wok

Le programme

Giulio Cesare in Egitto

Dramma musicale en trois actes de Georg Friedrich Händel, livret de Nicola Francesco Haym, créé au King’s Theatre de Londres, le 20 février 1724.

Florence, Teatro del Maggio Musicale Fiorentino ; répresentation du 14 juin 2026 (88e Festival du Maggio Musicale Fiorentino).