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Les festivals de l’été – L’ascension de BORIS GODOUNOV par Mattheson aux Festwochen d’Innsbruck

par Gilles Charlassier 4 septembre 2021
par Gilles Charlassier 4 septembre 2021
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Crédit photos : copies d’écran extraites du film de présentation du spectacle.

Depuis plus de quatre décennies, les Festwochen der alten Musik d’Innsbruck redonnent vie à des ouvrages oubliés dans les bibliothèques. Avec le Concours Cesti, spécialisé dans le Baroque, la manifestation tyrolienne dispose d’un vivier de jeunes chanteurs pour l’une des productions lyriques de sa programmation. Ainsi, l’édition 2020 de la compétition imposait-elle aux finalistes un air du Boris Godounov de Mattheson, ouvrage porté, lors du festival l’année suivante, sur la scène du Kammerspiele de la Haus der Musik.

Contemporain de Haendel, né la même année que Telemann, Johann Mattheson est un représentant de l’opéra dit hambourgeois, croisement cosmopolite des différents styles musicaux de l’époque – essentiellement italien, allemand et français – jusque dans un livret polyglotte. Celui de Boris Godounov, que le compositeur a écrit à partir des Acerra exoticorum d’Erasmus Francisci, chroniqueur et historien du dix-septième siècle, mêle des airs italiens à la langue germanique. Contrairement à la pièce de Pouchkine et à l’opéra de Moussorgski qui décrivent la chute du tsar, l’opus de Mattheson met en scène son ascension, dans un nœud d’intrigues où, selon le goût de l’époque, les raisons du cœur et de l’Etat se mêlent, voire s’emmêlent.

Le foisonnement des péripéties est tel que la metteur en scène, Jean Renshaw, a un peu élagué pour préserver une relative lisibilité dramaturgique, dans une approche qui privilégie une certaine distance ironique, propre sans doute à traduire la versatilité tragico-comique de l’œuvre, à défaut d’éviter certaines banalités. Dessinée par Lisa Moro, la scénographie sobre, sous les lumières fort économes de Leo Göbl, s’articule essentiellement autour d’une vaste table de banquet, où noces et possible sédimentation mnésique de La Cène condensent les deux veines de l’intrigue. Elle sert d’abord d’écrin à la caractérisation par les costumes, dessinés par Anna Ignatieva, et qui évoquent la Russie d’aujourd’hui, d’après la chute de l’Union soviétique. Le résultat assume une théâtralité indifférente aux stérilités réalistes, et n’hésite pas à forcer le trait. Revêtus des blouses et gants de pandémie, les médecins manient seringues et clystères comme au siècle des Lumières, tandis que, une fois trépassé, le tsar retrouve sa cour habillé en squelette, donnant à l’ensemble une allure de drôle de danse macabre qui s’achève sur un happy end.

Dans le rôle-titre, Olivier Gourdy, finaliste du Cesti l’an dernier, semble avoir gagné en maturité et en grain vocal, même si la palette demeure modeste. Bien que pour l’autorité d’un souverain la carrure reste juvénile, sinon juste, elle peut suffire à la crédibilité d’un tyran encore en gestation. Autre basse finaliste de l’édition 2020, Yevhen Rakhmanin contraste avec un matériau plus dense et une émission très concentrée, qui sait résumer l’aura fragilisée du tsar Theodorus Ivanovitch. Récompensée par un Emerging Talent Prize, Julie Goussot fait chatoyer la sensibilité fruitée d’Axinia, la fille de Boris, quand Sreten Manojlović, quatrième soliste de la distribution issu du précédent concours Cesti, où il fut couronné par un troisième prix, impose un boyard Fedro qui n’oublie jamais la couleur expressive. Claire mais robuste, la basse serbe se distingue significativement au fil de la soirée.

Dans le reste du plateau, également composé de jeunes chanteurs, Irina, sœur de Boris et veuve de Theodorus, revient à une Flore van Meerssche à la ligne tenue, quand Alice Lackner confère à la princesse Olga la rondeur d’un mezzo dénué de toute lourdeur. La vaillance des princes étrangers Josennah et Gavust est dévolue, respectivement, à Eric Price et Joan Folqué. Sebastian Songin assume les répliques de Bogda avec une déclamation puissante.

À la tête du Concerto Theresia, formation réunissant de jeunes musiciens, Andrea Marchiol accompagne la fluidité parfois galante d’une partition condensée à une efficacité dramaturgique plus conforme aux normes contemporaines – certains des airs au programme de la finale du Cesti 2020, pourtant de qualités musicales certaines, ne sont pas repris. Si, comme Les Boréades, Boris Godounov appartient à ces opus créés de manière posthume – le Mattheson a connu sa première mondiale en 2005 à Hambourg – il n’est pas certain que ce dernier rejoigne aussi durablement le répertoire que le Rameau. C’est aussi le mérite d’un festival comme Innsbruck d’exhumer des curiosités, sans spéculer nécessairement sur quelque retour sur investissement quant à la postérité.

Les artistes

Boris Godounov : Olivier Gourdy 
Axinia : Julie Goussot 
Fedro : Sreten Manojlović 
Theodorus Ivanovitch : Yevhen Rakhmanin
Irina : Flore van Meerssche 
Olga : Alice Lackner 
Josennah : Eric Price
Gavust : Joan Folqué
Bogda (rôle parlé)  : Sebastian Songin 

Concerto Theresia, direction musicale : Andrea Marchiol
Mise en scène : Jean Renshaw 

Le programme

Boris Goudenow

Opéra en trois actes de Johann Mattheson, livret du compositeur d’après les Acerra exoticorum d’Erasmus Francisci, composé en 1710, crééen version de concert à Hambourg  le 30 janvier 2005.

Innsbrucker Festwochen der alten Musik, Haus der Musik, Kammerspiele, Innsbruck, représentation du 24 août 2021.

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Innsbrucker Festwochen
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Gilles Charlassier

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