Le Chevalier de Saint-George enfin de retour en son royaume, à Versailles

Concert Le Chevalier de Saint-George, Opéra Royal de Versailles, jeudi 15 octobre 2026
Quel meilleur écrin que l’Opéra Royal de Versailles pour accueillir la musique du Chevalier de Saint-George ? Depuis la redécouverte du compositeur, on peut s’étonner que ses œuvres ne soient pas plus souvent à l’affiche. Espérons que le concert proposé par Théotime Langlois de Swarte soit pionnier car qu’ils soient vocaux ou symphoniques, les morceaux entendus recèlent de merveilleuses pépites.
Le Chevalier de Saint-George héros et musicien
Cavalier et escrimeur de génie, révolutionnaire à la tête d’une Légion de cavalerie et familier de Marie-Antoinette, le Chevalier de Saint-George a, sans surprise, inspiré un film hollywoodien. Incroyable personnage de roman, l’Histoire se souvient qu’il fut l’un des plus grands violonistes de son temps, un chef d’orchestre et un chef d’opéra et un compositeur de génie. Pourtant, depuis les années 1980 et les premiers enregistrements des concertos pour violon par l’Orchestre de Chambre de Versailles et malgré la vivacité de l’association Le Concert de Monsieur de Saint-George, sa musique fait encore trop peu l’objet de concerts comme celui proposé par Théotime Langlois de Swarte, au violon et à la direction de l’Orchestre de l’Opéra Royal. Le jeune artiste qui vient de publier un double CD entièrement consacré au compositeur, a conçu un programme d’un peu moins de deux heures alternant les parties chantées, des extraits de concerto, de nombreuses pièces symphoniques et même de quelques pièces de musique de chambre. Même si le merveilleux Opéra de Versailles n’a pas affiché complet, les nombreux spectateurs ont réservé un accueil des plus chaleureux à cette musique virtuose, profonde et enthousiasmante.
Un bouquet de musique et la rose de Patrick Kabongo
Le programme de salle ayant laissé passer quelques coquilles, il faut reconnaître qu’avec un effet patchwork, l’enchaînement disparate des œuvres a pu déstabiliser les habitués dans un premier temps. Les prises de parole parfois décousues de Théotime Langlois de Swarte ont néanmoins ajouté au charme de la soirée. L’artiste fougueux, visiblement partagé entre l’envie de donner des détails sur la vie du Chevalier et de faire parler son instrument et son orchestre, a surtout ânonné ponctuant ses explications par « Voilà… c’est tout ! », ce qui a déclenché sympathie et rires complices et bienveillants. Notons qu’il faut un talent certain pour réussir à faire chanter en chœur toute une salle sur un air bien connu (en bis, « Plaisir d’amour » de Martini a été joliment entonné par le public). La musique a également joué son rôle car comment ne pas se laisser emporter par la virtuosité des suites de ballet ou par cette mélodie inédite « Rose d’amour », aussi simple que bouleversante ? Le ténor Patrick Kabongo maîtrise le style galant de la haute-contre à la française et conduit sa ligne vocale avec une finesse qui fait naître une émotion vive. Hasard de la distribution ou choix artistique, les trois chanteurs qui se produisent sur scène partagent la même couleur de peau que le Chevalier de Saint-George, métis et superstar à son époque. On ne peut que regretter que les interventions d’Anas Séguin aient été si courtes. Le baryton possède l’autorité naturelle et une belle projection, notamment dans l’aigu, brillant et atteint sans aucun effort apparent.
Gloire au Chevalier de Saint-George et à tous ces défenseurs
La soprano se taillant la part du lion dans les extraits de L’Amant anonyme, Franciana Nogues a été la plus exposée avec plusieurs airs réclamant des moyens adéquats. Membre de la promotion 2023-2025 de l’Académie de l’Opéra Royal, la jeune artiste possède de nombreux atouts. Si la voix manque encore de puissance et si la diction mérite d’être travaillée, sa prestation n’en est pas moins à saluer. L’écriture de Saint-George, en apparence badine, évoque plutôt les grandes héroïnes de Gluck que les soubrettes. Peut-être plus à l’aise dans la véhémence que dans les pianissimos, où la voix s’amenuise, la soprano a vu son impressionnant récitatif « Enfin une foule importune » séparé de l’air charmant « Du tendre amour » par une salve d’applaudissements mérités.
Avec des attaques mordantes et une énergie communicative, l’accompagnement attentif de Théotime Langlois de Swarte a toujours porté ses interprètes. Une partie de musique de chambre intitulée « Concert chez Marie-Antoinette » nous a permis de savourer quelques pages de Joseph Hinner (le maître de harpe de la Reine), de Gluck, de Martini et de Marie-Antoinette elle-même et d’apprécier le talent de la harpiste de l’Orchestre de l’Opéra Royal malgré des sonorités parfois un peu dures au violon. Dans les pages purement symphoniques, toutes consacrées au Chevalier, la direction de Langlois de Swarte s’est employée à rendre vivante cette musique géniale et à rendre également gloire au Chevalier de Saint-George qui le mérite plus qu’amplement.
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Franciana Nogues, soprano
Patrick Kabongo, ténor
Anas Séguin, baryton
Orchestre de l’Opéra Royal, Violon et direction : Théotime Langlois de Swarte
Chevalier de Saint-George (1745-1799)
Concerto pour violon et orchestre en do Majeur, Op. 3, N°2 : II. Molto adagio con sordini
Ernestine : Scène « Ernestine, que vas-tu faire ? »
L’Amant anonyme : Acte I, Scène 3 — « Son amour, sa constance extrême »
Concerto pour violon n°5 en la Majeur : II. Adagio
Rose d’amour
L’Amant anonyme : Ballet en la majeur, extraits I-II-III-IV-V-VI
Acte II Scène 1 – Duo « Ah ! Finissez de grâce »
Acte II Scène 4 – Trio « Ah ! Quel trouble m’agite »
Acte II Scène 2 – Air « Aimer sans pouvoir le dire »
« Concert chez Marie-Antoinette »
Joseph Hinner (maître de harpe de la Reine) : Sonate I œuvre V, Andante
Marie-Antoinette : Le Portrait
Christoph Willbald Gluck : Orfeo e Euridice : Le Ballet des ombres heureuses
Jean-Paul-Egide Martini : Plaisir d’amour
Chevalier de Saint-George :
Nina non dir de no
Sospiri volato
L’Amant anonyme :
Acte II Scène 1 – Récitatif « Enfin une foule importune »
Acte II, scène 2 — « Du tendre amour »
Ballet en ré majeur
Symphonie n°1