Les festivals de l’été –
Monteverdi, Vêpres de la Vierge  : Première maîtrisée au Festival de Beaune

Les Vêpres de la Vierge, Festival de Beaune, dimanche 26 juillet 2026

Les Traversées baroques, avec un Vincent Bouchot des grands soirs, donne leur premier concert au Festival de Beaune le vendredi 24 juillet dans la Basilique Notre-Dame, dans les Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi

Certes il y a la chaleur, y compris dans la basilique. On est informé et l’on peut se procurer un éventail made in Festival de Beaune sur le parvis. Les conditions sont assez favorables. Les places latérales aveugles bénéficient de grands écrans. L’éclairage est finement dosé, légèrement rouge.

Ce soir, outre le banquet sonore des Vêpres de la Vierge (1610) de Claudio Monteverdi, l’événement est aussi de découvrir Les Traversées baroques à Beaune. Cet ensemble instrumental et son chœur, sous la houlette de Judith Pacquier (direction artistique) et d’Étienne Meyer (direction musicale), se sont implantés dans la région Bourgogne Franche-Comté. Un chœur local, sous la responsabilité de Lucile de Trémiolles, vient en complément. Spécialiste du premier baroque italien, son interprétation au Festival de Beaune des Vêpres est donc attendue.

L’œuvre de Monteverdi suit la structure de l’office du soir, compilant une diversité de morceaux comme un magnificat, une hymne, des concerti qui sont en réalité des motets, alternant les solistes et le chœur parfois spatialisés dans toute la basilique, mêlant les styles musicaux anciens et modernes de l’époque, avec un instrumentarium coloré (l’on peut entendre avec bonheur des cornets à bouquin) : en somme, une démonstration du génie de Monteverdi en vue d’éblouir les princes de l’église de Rome et de Venise.

La musique d’une grande diversité est restituée avec beaucoup d’art : le sublime Magnificat final (n°13) alterne ainsi des moments très étales voire recto tono (« Et misericordia ») ou au contraire majestueux (début) ; des couleurs instrumentales ressortent, de flûte, de harpe, de cornet à bouquin… 

Ces Vêpres sont donc très agréables à écouter dans le cadre de la basilique beaunoise dédiée à Marie, d’autant que les voix solistes sont toutes d’une belle qualité. Nous retiendrons en particulier le ténor Vincent Bouchot qui à chaque intervention nous régale de sa diction et de son investissement expressif ; une lumière se fait ; quelque chose se passe avec lui, qui ne sombre pas dans les clichés interprétatifs baroques.

Il est accompagné de Valerio Contaldo, ténor et de Renaud Delaigue, basse. Les trois s’emparent avec expressivité du 3e formant de ces Vêpres, un motet concertant intitulé Nigra sum sur la Cantique des Cantiques : « Je suis noire mais belle… Aussi le roi m’a-t-il aimée et conduite dans ses appartements… ». On retrouve les deux ténors dans deux autres motets concertants : le duo des Séraphins (n°7, le chœur s’étant retiré), virtuose par endroit, très orné sur « sanctus », « gloria », le troisième chanteur arrivant sur l’évocation de « Pater, Verbum et Spiritus Sanctus » ; et Audi cœlum (n°9) qui est le centre des Vêpres, où survient pour la première fois le nom de « Marie », énoncé trois fois. L’un des chanteurs s’est retiré au fond de la basilique et réalise des échos, comme pour personnifier la voix du Ciel, non sans ornementations expressives sur « Porta Orientalis » par exemple. Nous goûtons la virtuosité des gammes rapides en notes détachées. La phalange des voix masculines restitue cette partition avec subtilité et maîtrise.

Capucine Keller soprano, Dagmar Šašková, soprano, et Madeleine Bazola-Minori, alto, forment un ensemble de voix également homogène, s’affirmant dans le motet concertant Pulchra est (n°5) en forme de duo sur le Cantique des Cantiques ; et dans Ave Maris Stella, une Hymne (n°12) pour deux chœurs avec voix solistes ; nous apprécions la suavité de l’une des strophes : « Tu es Mère ». Parfois virevoltantes, comme sur « Illuc énim… » du Laetatus sum (n°6), les voix sont bien projetées et s’intègrent dans l’ensemble ; une légère réserve concernant des appogiatures trop accentuées chez la Capucine Keller.

D’emblée, nous observons que les voix féminines du chœur sont réparties à gauche et à droite du bloc central constitué des hommes – sûrement y a-t-il une explication « historiquement documentée » ? –, derrière un positionnement des instruments plus habituel. L’ensemble instrumental peu nombreux comprend deux violons, deux violes de gambe, une contrebasse ; un basson prenant la flûte à bec ; une harpe baroque italienne (Marie Bournisien) et un théorbe (Matthias Spaeter) qui pour une fois ne sont pas noyés dans le son d’ensemble : à noter une entrée pleine de délicatesse sur le laetatus sum ; et un pupitre d’embouchures bien pourvu : trois sacqueboutes (Claire-Ombeline Muhlmeyer, Solveig Rousse, Abel Rohrbach) et des cornets à bouquin, ancêtres des trombones et des trompettes (Judith Pacquier, Liselotte Emery, Sushaant Jaccard) prenant la flûte à bec. Mention spéciale à ces valeureux concertistes, auquel on ajoutera l’organiste (Laurent Stewart), qui assure des transitions inspirées. Dans l’introduction ou Invitatoire (n°1), nous reconnaissons de visu que les violons (Jasmine Eudeline et Matthieu Camilleri) jouent l’ouverture d’un autre opéra, l’Orfeo, sur « Gloria Patri », mais fondu dans la masse d’une nouvelle musique.

Le chœur est très largement utilisé dans des parties complexes comme dans Laudate pueri (n°4) ou Nisi Dominus (n°8), parfois scindé en deux (l’un sur le « scène », l’autre à l’entrée), dans un esprit vénitien (spatialisation des blocs musicaux). Un manque d’articulation de la part du chœur est à noter.

En somme, une soirée fastueuse maîtrisée de bout en bout. Le public a fortement apprécié cette production qui sera redonnée le 2 août à Luxeuil-les-Bains ; l’on peut aussi retrouver Traversées baroques dans un opéra de Stefano Landi à Dijon le 24 septembre.

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Les artistes

Capucine Keller et Dagmar Saskova, sopranos
Madeleine Bazola, alto
Vincent Bouchot et Valerio Contaldo, ténors
Renaud Delaigue, basse

Chœur du Festival de Beaune. Cheffe de chœur : Lucile de Trémiolles

Les Traversées baroques
Direction artistique (et cornet à bouquin) : Judith Pacquier
Direction musicale : Etienne Meyer

Le programme

Titre de l’opéra ou du spectacle

Opéra en x actes de xxxxx, livret de xxxx d’après xxx, créé à xxx en xxx.

Nom du théâtre, représentation du xxxxxxxx.