La Création de Haydn à Notre‑Dame de Paris : l’Orchestre de chambre de Paris et la Maîtrise de Notre‑Dame dans une fusion créative

La Création, Notre-Dame de Paris, mercredi 1er juillet 2026
Le 31 juin et le 1er juillet, Notre‑Dame de Paris a accueilli, dans le cadre de la Musique sacrée à Notre‑Dame, La Création de Haydn interprétée par l’Orchestre de chambre de Paris et la Maîtrise de Notre‑Dame, sous la direction de Thomas Hengelbrock.
Dans la cathédrale magnifiquement reconstruite, la blancheur des murs saisit immédiatement le regard. L’atmosphère intérieure porte encore les traces de la canicule des jours précédents : la chaleur y demeure plus dense qu’à l’extérieur. Nous nous installons au milieu de la nef, au premier rang de la deuxième catégorie, dans des places réservées nominativement. Une douzaine, peut‑être une quinzaine de rangs nous séparent des musiciens et des choristes placés devant l’autel. Avant l’incendie, l’acoustique devenait rapidement tournante à partir du cinquième rang. Mais la nouvelle cathédrale reste presque inconnue pour nous, hormis quelques auditions d’orgue entendues lors de dimanches après‑midi. Difficile, dès lors, d’imaginer comment cet immense instrument architectural va réagir à un orchestre et à un chœur, et surtout si la résonance permettra de percevoir les subtilités de la partition depuis notre emplacement.
Le verdict tombe assez vite : de notre position, on goûte l’unité de la Maîtrise, la suavité des cordes et la qualité des timbres des solistes, mais la source sonore demeure trop éloignée pour savourer pleinement les détails de l’interprétation. Certaines caractéristiques se révèlent toutefois avec évidence. D’abord, l’expressivité orchestrale. Dans le répertoire du chef et violoniste Thomas Hengelbrock, qui travailla dès ses débuts avec Nikolaus Harnoncourt au sein du Concentus Musicus, l’« interprétation historiquement informée » occupe une place essentielle. En choisissant un tempo ample et des suspensions abruptes ou interrogatives dans l’introduction, il prépare notre écoute à cet espace généreux. Ce faisant, il met en avant l’expressivité théâtrale et la beauté formelle de Haydn, dans la continuité du Sturm und Drang (bien que La Création fût écrite près de trente après le début du mouvement). À cela s’ajoute une autre dimension de la théâtralité : une grandiloquence qui, dans certains passages instrumentaux, semble frôler le romantisme naissant. L’Orchestre de chambre de Paris répond avec précision à la baguette du chef, créant des reliefs bienvenus et soulignant pleinement le dynamisme de l’écriture.
Mais le trait le plus saisissant de la soirée reste sans doute l’ensemble du chœur de la Maîtrise : chœur d’enfants, jeune ensemble et chœur d’adultes. Leur unité impressionne, tout comme l’homogénéité de la texture vocale. Les voix se superposent ou se mêlent avec l’orchestre de manière remarquable, créant une profondeur sonore séduisante.
Les solistes sont issus du chœur d’adultes de la Maîtrise de Notre‑Dame de Paris, composé de chanteurs en professionnalisation âgés de 18 à 28 ans. Le concert proposait deux Gabriel et deux Uriel, répartis essentiellement entre la première partie et les deux dernières. Pour Uriel, Meja Rakotonirina (première partie) offre un médium riche en couleur, tandis qu’Antonin Rondepierre (deuxième et troisième parties) s’élance dans les aigus avec davantage de légèreté. Dans le rôle de Gabriel, Marie‑Cécile Hébert et Rebecca Moeller présentent des timbres cristallins assez proches. Si toutes deux déploient de beaux phrasés, Hébert paraît toutefois légèrement serrée dans les aigus, alors que Moeller orne les notes avec aisance. En Raphaël, Kevin Arboleda‑Oquendo chante avec une grande assurance ; l’Ève de Lucile Bourgeat et l’Adam de Joshua Bernbeck forment enfin un couple vocal harmonieux.
Malgré la distance qui atténue certains détails, la direction de Thomas Hengelbrock, l’unité remarquable de la Maîtrise et la présence des jeunes solistes composent donc un ensemble d’une grande cohérence, très apprécié du public.
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Gabriel : Marie-Cécile Hébert et Rebecca Moeller
Eva : Lucile Bourgeat
Uriel : Meja Rakotonirina et Antonin Rondepierre
Raphaël : Kevin Arboleda-Oquendo
Adam : Josua Bernbeck
Maîtrise Notre-Dame de Paris, Émilie Fleury et Henri Chalet, chefs de chœur
Orchestre de chambre de Paris, dir. Thomas Hengelbrock
Die Schöpfung Hob XXI:2 (La Création)
Oratorio pour Solistes, Chœur et Orchestre de Joseph Haydn (1732-1809)
Concert du mercredi 1er juillet 2026, Notre Dame de Paris.