En chasse à Versailles !

La chasse du cerf, Chapelle Royale et Galerie des Glaces du château de Versailles, lundi 11 mai 2026
Cette soirée d’exception avait un goût et un air bien particuliers. Il s’est agi du Gala des Lauréats de l’Académie de l’Opéra Royal. D’où un triple intérêt : entendre de jeunes voix, écouter un programme en deux parties pour le moins contrastées tout en passant d’un lieu prestigieux à un autre.
Le premier temps fut celui des motets de Marc-Antoine Charpentier, donnés en la Chapelle Royale. Surprise ? Musiciens et chanteurs sont costumés à la mode louis-quatorzienne, les hommes portant perruque. Chloé de Guillebon dirige avec souplesse et fluidité des chanteurs très investis. Le chœur atteint d’emblée une belle homogénéité dans l’un des sept De profundis connus du compositeur. Les deux œuvres suivantes ont mis en valeur des voix solistes. Celle de l’alto Camille-Taos Arbouz a charmé par la profondeur et la rondeur du timbre, alors que le contre-ténor Stéphane Wolf a manqué de projection. Le baryton Thierry Cartier, quant à lui, nous a impressionné dans un profond Ascendet ad te Domine. Quant au motet In festo corporis Christi que Louis XIV entendit à sa création à Versailles en 1686, son ampleur vocale rayonna grâce au chœur et à ses solistes qui ont permis de retrouver avec bonheur l’impressionnante voix de la basse Alexandre Arda, entendu récemment avec Les Épopées de Stéphane Fuget.
Ensuite, après un entracte pas comme les autres puisqu’il s’agissait d’un cocktail installé dans le Salon d’Hercule – Gala oblige, la soirée étant donnée (si l’on peut dire[1]) au bénéfice de l’Académie de l’Opéra Royal – le public a retrouvé les chanteurs, toujours accompagnés par une douzaine de musiciens, dans la Galerie des Glaces, pour une partition haute en couleur composée par Jean-Baptiste Morin, compositeur orléanais au service du Duc d’Orléans.
Créée devant Louis XIV à Fontainebleau en 1708, avant d’être repris plus tard au Concert Spirituel, La Chasse du cerf est un divertissement musical oublié – sauf par Jean-François Paillard et son orchestre qui en firent un enregistrement pour Erato il y a plus d’un demi-siècle, en 1971, soit avant la révolution baroque et les instruments anciens.
Morin annonçait clairement son but : « voulant peindre l’action du commencement jusqu’à la fin » en six scènes. Le Roi, adepte de ces innombrables chasses à courre, dut y prendre plaisir. Le réveil, pendant lequel Diane, annoncée par de coruscants cors de chasse, donne le ton : « Accourez, je veux ce triomphe ! ». C’est l’occasion pour la soprano Fanny Valentin de briller, Diane majestueuse, de tout l’éclat de son timbre rayonnant dans ses guirlandes de vocalises et pour les deux cornistes, Edouard Guittet et Alexandre Fauroux, de se distinguer par leurs couleurs, leur souffle et une musicalité sans faille.
L’autre découverte vocale fut celle du ténor Antoine Ageorges, déjà remarqué dans deux moments de Charpentier, charmeur dans son air bucolique avec la flûte de Nathalie Petibon, comme dans ses nombreuses autres interventions, jusqu’à cet air improbable et cocasse : « Allez mes Toutous » avant que le chœur n’enchaine sur des « Fanfare, Tayaut, Tayaut » sonores. Un chœur très sollicité jusqu’à l’hallali final, joyeusement chanté – et qui fut repris en bis avec un grand succès public.
La partition fait logiquement la part belle à la description de la chasse, du rapport où le cerf se cache à sa poursuite puis sa mise à mort. Si ce lieu prestigieux ne permet pas la meilleure acoustique autorisant à détailler toutes les nuances d’un orchestre mené avec entrain par Chloé de Guillebon, il reste un écrin de choix où les nombreuses interventions des cors résonnent avec puissance. Le spectacle était mis en espace par Charles di Meglio, qui sut rendre vivant le moment du déjeuner où Bacchus et Comus, les dieux du vin et des réjouissances de la table, viennent apporter un grain de folie dans cet aréopage de nymphes au service de Diane… et de la plus grande gloire du Roi.
[1] Les billets se sont vendus entre 198 et 450€… mais ont bénéficié d’une déduction fiscale de 66%.
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Diane : Fanny Valentin
Psécas : Marie Zaccarini
Phiale : Camille Brault
Néphèle : Antoine Ageorges
Chœur : Camille-Taos Arbouz, Stéphane Wolf, Baptiste Bonfante, Thierry Cartier, Alexandre Adra
Orchestre de l’Opéra Royal, Chloé de Guillebon, direction et clavecin
Mise en espace : Charles Di Meglio
Concert de Gala des Lauréats de l’Académie de l’Opéra Royal
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) :
De Profundis – O pretiosum et admirabile convivium
Ascendat ad te Domine – In festo corporis Christi canticum
Jean-Baptiste Morin (1677-1745) : La chasse du cerf (Divertissement sur un livret de Jean de Serré de Rieux)
Chapelle Royale et Galerie des Glaces du château de Versailles, concert du lundi 11 mai 2026