Golda Schultz en concert avec l’Orchestre national de Montpellier

Concert Golda Schultz, Opéra de Montpellier, vendredi 13 mars 2026.

Golda Schultz, étoile montante parmi les sopranos internationales, se produit en concert avec l’Orchestre national de Montpellier. Entre les œuvres symphoniques viennoises se glisse l’étonnant cycle de mélodies Honey and Rue de Prévin. La soprano sud-africaine et le chef étasunien Roderick Cox en livrent une lecture magnifiée, plébiscités par l’auditoire de l’Opéra Berlioz.

La découverte du cycle de mélodies Honey and Rue d’André Prévin est précieuse à plus d’un titre. Ce cycle met en lumière des poèmes de Toni Morrison (prix Nobel 1993) dont le langage simple et populaire fait émerger des figures obsessionnelles : l’amour, la condition féminine afro-américaine, saisis au prisme de l’altérité. Biberonné aux musiques classiques et jazz, Prévin y juxtapose ou bien hybride blues, spirituals et tradition classique au fil des six pièces, en faisant dialoguer voix chantée et instruments solistes. Différemment de Berio dans ses Folk Songs, il privilégie lui aussi les métaphores poétiques issues d’une culture métissée.

Commande du Carnegie Hall, l’œuvre fut créée pour la soprano Kathleen Battle (1992) et ultérieurement gravée chez Deutsche Grammophon. Dans son sillage, la soprano Golda Schultz pose une empreinte sensible et solaire sur ce cycle, sans jamais forcer ni la voix, ni l’esthétique vocale – celle d’une mélodiste davantage que d’une chanteuse de blues. Elle ménage de délicates bulles d’intimité dans les pages à l’accompagnement chambriste (Whose House Is this), tandis que son swing se balance jusqu’au fond du temps dans celles résolument jazzy (Take my Mother Home), portés par un trio trombone / batterie / piano, échappé d’un bigband. Sa ductilité vocale frappe jusque dans les sons à bouche fermée lors du Spirituals a cappella (Do You Know him ?)

Sous la direction précise du chef de l’OONM,  Roderick Cox, les œuvres symphoniques qui encadrent cette révélation se déploient avec une vitalité communicative. Celle-ci, rythmique, innerve la Symphonie n°4 de Beethoven, dont le caractère joyeux la distingue nettement de la précédente (Eroïca) et de la 5e Symphonie. Dans une syntaxe classique, Beethoven ménage quantité de surprises rythmiques (ostinato, hémioles, etc.) et de ruptures (Scherzo) dont les musiciens au taquet sculptent les facettes. Quant à la suite symphonique tirée du Rosenkavalier de Richard Strauss, conçue en 1944 à partir de l’opéra de 1911, elle prolonge cette vitalité en faisant frissonner l’auditoire. Ce florilège orchestral de l’opéra concentre tant les péripéties de l’intrigue – la présentation de la rose d’argent d’Octavian (acte II), puis le duo d’amour « Ist ein Traum » (« C’est un rêve », acte III) – que les effluves viennois d’une comédie nostalgique. Fleuron de l’impériale capitale, la Valse du Baron Ochs (acte II), reprise en guise de final, fait affleurer une volupté kitsch. Un parfum d’entre-deux-guerres à l’outrance assumée, que le pupitre de cors gonfle avec délectation.

Le lectorat de Première loge sera sans doute curieux de se connecter à Radio Classique ce 25 avril à 20 h, afin d’écouter la captation intégrale de ce concert vivement acclamé ce vendredi 13 mars dans l’Opéra Berlioz.

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Retrouvez Golda Schultz en interview ici !

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Les artistes

Golda Schultz, soprano
Orchestre national de Montpellier Occitanie, dir. Roderick Cox

Le programme

Ludwig van Beethoven, Symphonie n°4 op. 60
André Prévin, Honey and Rue
Richard Strauss, suite du Rosenkavalier op. 59

Montpellier, Opéra Berlioz, concert du vendredi 13 mars 2026.