Brahms, Robert et Clara Schumann, Schubert et Strauss : le romantisme allemand met en lumière les artistes de l’Académie de l’Opéra national de Paris

« La fille écoute, l’arbre bruit, alanguie, rêveuse, souriante, elle sombre dans le sommeil et le rêve. »
Avec cette conclusion au Nussbaum mis en musique par Robert Schumann on retrouve tout l’archétype du Romantisme allemand tel que l’on se le figure toujours aujourd’hui : la jeunesse (souvent en figure féminine), l’innocence dans le regard sur la nature environnante, la recherche d’une certaine plénitude. Néanmoins, sans y déroger, le programme de cette soirée à l’amphithéâtre Meissiaen de l’Opéra Bastille tend à nuancer ce cliché et y apporter des contours parfois plus sombres, parfois plus profonds… avec même avec une petite touche d’humour.
L’on commence ainsi avec les Vier Duette de Robert Schumann, où tour à tour Lorena Pires et Matthew Goodheart se donnent la réplique, elle avec une voix de soprano naturellement expressive et une ligne presque altière se mélangeant et s’opposant avec facilité à la projection plus sombre de son ténor de partenaire. Le très réussi « Familien Gemälde » permet aux deux chanteurs d’exprimer un retour à la sérénité dans un beau duo final.
S’ensuit le très pastoral « Der Hirt auf dem Felsen » de Schubert, où malgré un joli timbre de voix et une technicité sans faille de la part de Neima Fischer, on retiendra plus les prouesses virevoltantes de Bérénice Le Bourgeois à la clarinette dont l’accompagnement vient presque contredire une voix encore un peu trop sage.
Kirill Odintsov vient ensuite nous conter l’histoire de Belsatzar d’Heinrich Heine sur une musique de Robert Schumann à nouveau. Si le baryton déploie une voix à la gravité impressionnante, on le sent légèrement à court de souffle dans les aigus où les notes sortent un peu plus difficilement sur une diction à la clarté toutefois parfaite.
« Der Nussbaum« , « Mit Myrten und Rosen » et le magnifique « Mondnacht » sont joliment interprétés par Grace Heldridge : la beauté du texte est bien mise en valeur avec une expressivité et une sensibilité très naturelles de la part de la jeune mezzo-soprano.
La première partie de la soirée se conclut avec un duo plein de charme sur des extraits des Vier Duette de Brahms cette fois-ci. Si l’on remarque immédiatement le velouté et l’aisance vocale de la soprano Ana Oniani, Winona Berry a un peu plus de mal à s’imposer malgré un timbre agile, mais relégué quelque peu au second plan. Le comique « Die Schwestern » change un peu le ton et permet de finir sur une touche d’humour, les deux chanteuses interprétant cette page avec un amusant premier degré.
Après un court entracte, et conformément à l’annonce faite au public, quelques modifications ont lieu dans le déroulé du programme où entre autres, la conclusion se fera avec deux des « Vier Letzte Lieder » de Strauss. Mais avant cela, la basse Kevin Arboleda-Oquendo a le temps de marquer les esprits avec deux compositions de Schubert : « Das Abendrot » et « Der Zwerg« . Un timbre presque d’outre-tombe et une diction aux accentuations calculées et efficaces accrochent l’attention du public immédiatement. La tonalité pathétique de l’histoire du Nain est fort bien rendue par le chanteur. Autre beau moment : les extraits des Dichterliebe de Schumann, où Yurii Strakhov nous raconte quelques moments des amours du poète, déployant un beau timbre à l’assise solide. Dommage que la page soit si courte : on aimerait en entendre plus ! Si le nouveau duo formé par Daria Akulova et Yiming Liu pour une reprise des Vier Duette en début de cette seconde partie constitue une belle transition, avec deux voix s’entremêlant parfaitement et sans que l’un prenne le pas sur l’autre, c’est lors du retour Daria Akulova sur scène pour clore cette soirée sur Frühling et September que le public retient son souffle : sur un accompagnement minimaliste comparé à celui prévu pour l’œuvre originale, la soprano soutenue par un violon, un piano et un cor, déploie une ligne de souffle soutenue et un vibrato impeccablement maîtrisé, faisant mouche particulièrement sur la belle interprétation de September.
Une soirée pleine de promesses pour ces chanteurs, et de voyage sonore au cœur de la poésie du romantisme allemand. Saluons au passage tous les musiciens accompagnant les chanteurs, et participant à leur mise en lumière.
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Daria Akulova Soprano
Neima Fischer Soprano
Ana Oniani Soprano
Lorena Pires Soprano
Winona Berry Mezzo-Soprano
Grace Heldridge Mezzo-Soprano
Matthew Goodheart Ténor
Yiming Liu Ténor
Kirill Odintsov Baryton
Yurii Strakhov Baryton
Kevin Arboleda-Oquendo Basse
Marthe Choquet Violon
Emile Trælnes Violoncelle
Louis Dechambre Piano
Anna Giorgi Piano
Anastasia Martin Piano
Pierre-Jean Sébirot Piano
Programme annoncé :
L’opéra Bastille au cœur du Romantisme allemand
Robert Schumann (1810-1856)
Vier Duette op. 34
- Liebesgarten
- Liebhabers Ständchen
- Unterm Fenster
- Familien Gemälde
Franz Schubert (1797-1828)
Der Hirt auf dem Felsen D. 965
Belsatzar op. 57
Robert Schumann (1810-1856)
Mondnacht op. 39 no 5
Der Nussbaum op. 25 no 3
Johannes Brahms (1833-1897)
Vier Duette op. 61
- Die Schwestern
- Klosterfräulein
- Phänomen
- Die Boten der Liebe
Entracte
Deuxième partie
Clara Schumann (1819-1896)
Trio pour violon, violoncelle et piano op. 17
- Andante
Franz Schubert (1797-1828)
Der Zwerg
Das Abendrot
Robert Schumann (1810-1856)
Dichterliebe – extraits
- Im wunderschönen Monat Mai
- Aus meinen Tränen sprießen
- Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne
- Wenn ich in deine Augen seh’
- Ich will meine Seele tauchen
Richard Strauss (1864-1949)
Vier letzte Lieder
- Frühling
- September
Richard Strauss (1864-1949)
Vier Duette op. 78
- Tanzlied
- Er und Sie
- Ich denke dein
- Wiegenlied am Lager eines kranken Kindes