Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une amitié qui fait mouche

Les deux Pêcheurs, Paris, Théâtre du Châtelet, Dimanche 21 juin 2026
Alors que la chaleur a envahi Paris, un public motivé composé entre autres de parents et d’enfants, est venu profiter du frais au Théâtre du Châtelet, et assister à une représentation de l’opérette Les Deux Pêcheurs d’Offenbach, réimaginée par Igor Bouin et Romain Dayez et agrémentée de compléments inattendus, avec une habile scénographie de François-Xavier Guinnepain. Quelque part entre clowns et hommes sensibles, il suffit de pas grand-chose pour que l’émotion se mêle à l’humour.
Qualifiée de “pochade musicale”, cette opérette fait partie, avec Ba-ta-clan et La rose de Saint Flour, des œuvres écrites par Offenbach pour le Théâtre de Bouffes Parisiens, et qui subirent des contraintes de l’époque, qu’on pourrait résumer à “Pas de Grand opéra dans les petits théâtres”. Dans un cadre très contrôlé, le compositeur doit ruser pour conserver son irrévérence et son impertinence et garder une certaine liberté artistique, même un peu cachée. Dès lors, comment remonter et redonner toute sa saveur à cette œuvre “mineure” ? La réponse proposée par nos deux joyeux barytons : avec un peu d’inspiration, un peu de trahison à la partition d’origine, et leur talent de comédiens.
Le propos est simple : Polissard et Gros-Minet, s’adonnent tous deux à la pêche à la ligne à la tombée de la nuit, qui les voit passer d’une rivalité un peu agressive, à de la complicité, de l’amitié et peut-être un peu plus ?
Comme expliqué par la Compagnie de l’homme et la femme debout, l’idée est surtout de reprendre une intrigue simple pour y ajouter de la fantaisie, de l’humour – saluons la performance de pantomime des deux chanteurs, qui se prêtent à merveille à l’exercice – et des astuces de mise en scène, tel ce haut-parleur qui d’un seul coup de lumière fait alterner les ambiances. Le tout agrémenté par quelques ajouts hors Offenbach, pas forcément nécessaires mais s’imbriquant bien dans l’histoire de nos deux pêcheurs : ainsi l’air très connu des Trois jeunes filles nues, à savoir “ Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélo ? ”, chanté avec expressivité par Igor Bouin, vient bien illustrer dès son entrée le caractère grincheux du personnage, tandis que Romain Dayez vient apporter plus de suavité à Polissard avec “ Ici l’on pêche ” de Jean Tranchant, ne demandant qu’à devenir l’ami de son rival. On note aussi quelques emprunts à Saint-Saëns, Ravel, (mais aussi John Williams) et plus curieusement Michel Fugain (et pourquoi pas ?), avant de revenir à notre Offenbach avec des duos où l’on reconnaît instantanément la patte du compositeur parisien : “ Venez, venez petits poissons ”, et surtout le très entraînant “ Prends des clic (je prends mes clacs) ”. Après quelques déconvenues avec la police maritime, une escapade sous-marine, un sauvetage audacieux, nos deux compères solitaires finiront par mettre leurs différents de côté pour mieux s’entre-aider et se réconcilier.
https://www.youtube.com/watch?v=vbbNLrOQ1BY&t=24s
Une scénographie avec à peine quelques accessoires, un haut-parleur et quelques costumes nous rappellent qu’avec un peu d’imagination et de poésie, on peut créer un spectacle cohérent et inventif quand des spectacles de 3h disposant de moyens bien plus importants peinent parfois à tenir la route. !
Flore Merlin au piano et Barbara Le Liepvre au violoncelle participent par appoint au spectacle, soit en criant sur ces hommes qui prennent beaucoup de place, soit en s’incluant dans la mise en scène, en endossant des costumes ou en apportant des accessoires. Les deux musiciennes accompagnent toujours avec discrétion, caractère et espièglerie les deux solistes. Igor Bouin et Romain Dayez, tous deux barytons, nous rappellent aussi qu’une même tessiture n’implique pas une même façon de chanter : ainsi le premier fait montre d’une diction impeccable et sait rester très sobre pour un Gros-Minet grincheux, tandis que le second lance de suaves intonations pour un Polissard un peu timide mais volontaire.
Tout est bien qui finit bien, petits et grands ont entièrement adhéré à ce spectacle à la bonne humeur communicative, qui a déjà pas mal voyagé… avec un succès qui ne se dément jamais !
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Polissard : Romain Dayez
Gros-Minet : Igor Bouin
Piano : Flore Merlin
Violoncelle : Barbara Le Liepvre
Conception et direction artistique : Igor Bouin, Romain Dayez
Scénographie, régie générale et accessoires : François-Xavier Guinnepain
Les Deux Pêcheurs
Adaptation par Romain Dayez et Igor Bouin de l’opérette en un acte de Jacques Offenbach, livret de Charles Dupeuty et Ernest Bourget, créée le 16 novembre 1857 à Paris, au théâtre des Bouffes-Parisiens.
Paris, Théâtre du Châtelet, représentation du dimanche 21 juin 2026.