À la une
La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
Les brèves de juin –
Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production...
Découvrez la future saison lyrique de la FENICE de Venise
FESTIVAL D’AMBRONAY 2026
Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle...
Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la Rome des...
La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à l’Orchestre national...
Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du chœur dans...
Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

On ne badine pas avec l’amour : un COSÌ revisité avec audace et talent à l’Athénée-Louis Jouvet.

par Ivar kjellberg 5 février 2025
par Ivar kjellberg 5 février 2025
© Pascale Cholette
0 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
1,7K

Excellente surprise : il fallait de l’inventivité, des idées et beaucoup d’audace pour se lancer dans une réorchestration et « re » mise en cause du Cosi Fan Tutte de Mozart. L’annonce est déjà faite dans le titre, on passe du « …fan tutte »  à « …. fan tutti » à savoir : « tout le monde fait ça, y compris... les hommes ! », personne n’est donc innocent, tout le monde est complice, public inclus...

A priori simpliste dans son déroulement dramatique, l’opera buffa de Mozart a pour pierre angulaire une tromperie : deux jeunes hommes font le pari avec leur mentor que leurs fiancées leur seront fidèles si jamais ils étaient amenés à partir. Faisant semblant de les quitter, sous l’égide de Don Alfonso et de Despina, ils reviennent déguisés pour mieux séduire la fiancée de l’autre, avec des résultats inattendus. Évidemment, une bonne partie de l’intrigue repose sur la duplicité des jeunes filles : les ont-elles reconnus ? ou autre contraire, n’attendaient-elles qu’une excuse pour se montrer volages ? Les deux jeunes hommes quant à eux, en créant l’occasion de la déception, ne sont-ils pas plus responsables qu’elles ? A toutes ces valeurs morales le metteur en scène et adaptateur du livret Antonio Cuenca Ruiz a choisi de montrer clairement que Dorabella et Fiordiligi ne sont pas dupes et vont se prendre volontairement au jeu crée par les hommes pour se venger – ou s’émanciper, qui sait ? Le choix de les montrer complices a l’avantage de donner plus de profondeur aux personnages féminins et plus de possibilités d’interprétation.

Résolument moderne, le ton est donné par un prologue de pantonyme silencieux où Despina, entre deux passages d’aspirateur, va recevoir un motard pour un « plan fesse » avant d’accueillir tous les personnages pour une soirée au cours de laquelle se déroulera toute l’intrigue. Les décors sont sobres : un salon, une toile de projection avec la photo de tous les couples, quelques accessoires, cela suffit à imposer un cadre d’unité de temps et de lieu au spectateur et lui donner quelques repères.

Les mélomanes seront sans doute tout d’abord un peu perdus pendant quelques instants, avec le silence du prologue puis la découverte d’instruments inattendus pour cette réorchestration prévue par Maël Bailly. L’orchestration de cette production se résume en effet à un violon, un violoncelle, une flûte et une clarinette, complétés par une guitare électrique, des ondes Martenot, un saxophone, un piano et des percussions variées ponctuant les scènes ou actions. Ainsi l’inévitable clavecin des récitatifs disparaît au profit de ponctuations modernes, ondes ou saxophones et ce sans renier l’harmonie ni le sens musical. L’Ensemble Miroirs, sous la direction de Fiona Monbet, relève avec brio le défi de surprendre le public et d’accompagner les chanteurs, sans empiéter sur la mélodie d’origine (lorsque jouée) ou envahir la scène de trop de bruitages.

Les airs emblématiques des protagonistes démarrent presque a cappella pour se voir accompagnés de très peu d’instruments, comme pour mieux mettre en lumière la ligne mélodique, riche même si dépouillée de son orchestration d’origine. Certes, le public se voit privé de certaines pages. Disparu le duo des tableaux, « O guarda, sorella… » ou le « Come scoglio… » ; de même le fameux « Soave sia il vento… » est donné en version instrumentale. Passée l’indignation des puristes, que reste-t-il ? Tout d’abord une revisite incroyable de l’air de Fiordiligi « Per pietà… » où l’émotion est à vif, impeccablement rendue par l’expressivité et le timbre chaud de Margaux Poguet, et accentuée par le seul accompagnement sur scène de la clarinette de Simona Castria. L’effet, celui d’une sensibilité à fleur de peau, est saisissant. Tout aussi sensible est l’air de Ferrando, « Un’aura amorosa… » où  Sahy Ratia maîtrise une ligne vocale chantée pianissimo, sans effet de démonstration, et avec un rendu excellent des aigus que comporte l’aria – dans une version très dépouillée où la voix du chanteur se fait (quasi) seule entendre.  Le Guglielmo de Romain Dayez, excellent en macho à l’orgueil blessé et à la séduction un peu veule, déroule de beaux graves sonores et appuyés sans difficulté. Outre un talent certain de comédienne, Mathilde Ortscheidt offre une Dorabella tour à tour malicieuse puis désabusée, dont l’agilité vocale s’impose avec beaucoup de naturel. Le duo de séduction avec Romain Dayez « Il core vi dono… » offre un beau moment de badinage musical.

Les maîtres du jeu, Ronan Nédélec en Don Alfonso, et Marie Soubestre en Despina, forment un duo truculent dont l’alchimie vocale et scénique fonctionne très bien. Au timbre mâle et imposant de Nédélec répond l’espièglerie et l’agilité riante de la voix de Soubestre. À noter le souci de cohésion vocale des chanteurs, observable en tout point durant la représentation.

Si le but de ce spectacle était de faire redécouvrir la richesse de l’oeuvre de Mozart, en en proposant une réorchestration originale, le pari d’Antonio Cuenca Ruiz et Maël Bailly est amplement tenu, de par un orchestre impeccablement accordé à la mise en scène, et des chanteurs investis dans leur rôle et magnifiés par un accompagnement alliant dénuement musical et richesse inventive… sans jamais oublier la qualité d’interprétation et le souci d’offrir un beau moment au public. Une heureuse (re)découverte !

Les artistes

Fiordiligi : Margaux Poguet
Dorabella : Mathilde Ortscheidt
Despina : Marie Soubestre
Ferrando : Sahy Ratia
Guglielmo : Romain Dayez
Don Alfonso : Ronan Nédélec

Ensemble Miroirs Étendus, dir. Fiona Monbet 

Mise en scène et adaptation du livret : Antonio Cuenca Ruiz 
Scénographie et costumes : Bastien Poncelet 
Eclairagiste : Philippe Gladieux 

 

Le programme

Cosi fan tutti

Opera buffa en deux actes, musique Maël Bailly d’après Wolfgang Amadeus Mozart, livret d’Antonio Cuenca Ruiz d’après Lorenzo Da Ponte.

Théâtre Athénée-Louis Jouvet, représentation du 30 janvier 2025

image_printImprimer
Romain DayezMathilde OrtscheidtRonan NédélecMargaux Poguetensemble miroirs étendussahi ratiamarie soubestre
0 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Teatro Regio de Turin : le « monde en bois » de Nemorino
prochain post
In memoriam – PAUL PLISKA (1941-2025)

Vous allez aussi aimer...

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 

16 juin 2026

Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve...

14 juin 2026

Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles :...

14 juin 2026

Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la...

14 juin 2026

La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à...

14 juin 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du...

14 juin 2026

Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga...

13 juin 2026

CONCOURS DE CHANT SUMI JO – Les lauréats...

11 juin 2026

Ercole amante à l’Opéra Bastille : réinventer le mythe

10 juin 2026

Marseille : morne Rigoletto

8 juin 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    15 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Marc Dumont dans Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un War Requiem d’exception
  • Didier Beauvois dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Maurice Dinard dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Warnant Jean-Claude dans Saison 26-27 de la Philharmonie de Paris : découvrez la liste des concerts « avec voix » !
  • Stéphane Lelièvre dans Se préparer au War Requiem, Philharmonie de Paris, 26 novembre 2026

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour...

16 juin 2026

Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty...

14 juin 2026

Bach (Cantates II : Actus tragicus) à...

14 juin 2026