Festival d’Aix-en-Provence 2026 : entre classicisme et modernité

L’édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence s’annonce comme une année charnière : elle marque la transition entre le dernier mandat du regretté Pierre Audi — à qui l’on doit la quasi-totalité de la programmation de l’été prochain — et l’arrivée de Ted Huffman à la direction du Festival. Le programme a été dévoilé en présence de plusieurs artistes majeurs de cette édition : Ted Huffman lui-même, Valentina Carrasco, Clément Cogitore, Francesco Filidei, ainsi que Barrie Kosky en visioconférence.

À première vue, le programme 2026 semble s’inscrire dans une continuité familière pour Aix, oscillant de manière très “aixoise” entre le répertoire du XVIIIᵉ siècle (Mozart) et ceux des XXᵉ et XXIᵉ siècles (Strauss, Bartók, Henze, Filidei). Cette édition (marquée par l’absence inattendue d’œuvres baroques — exception faite d’un récital de Sonya Yoncheva sous la direction de Leonardo García Alarcón), paraît même, de prime abord, étonnamment sage. Pourtant, à y regarder de plus près, quelques surprises intéressantes se dessinent.

Le Festival réunit certains des metteurs en scène parmi les plus attendus et les plus vus ces derniers temps sur les grandes scènes internationales ; plusieurs sont déjà familiers du public aixois : Barrie Kosky, Romeo Castellucci, Valentina Carrasco… Ce n’est donc peut-être pas là que se lit l’originalité la plus marquante de la programmation, mais plutôt dans les choix de certaines œuvres.

De Mozart, c’est certes l’éternelle Zauberflöte que l’on entendra, « opéra-signature » du festival… mais on sera curieux de découvrir les lectures musicale et scénique qu’en proposeront  Leonardo García Alarcón et Clément Cogitore. Du côté du XXᵉ siècle, la présence de Richard Strauss n’étonne guère, mais c’est Die Frau ohne SchattenLa Femme sans ombre — qui a été retenue, œuvre monumentale et pourtant relativement rarement montée en France. La distribution réunie pour cette production impressionne : Michael Spyres, Vida Miknevičiūtė, Nina Stemme, Tamara Wilson notamment. À la baguette : Klaus Mäkelä.

Le festival célèbrera également le centenaire de la naissance du compositeur Hans Werner Henze en présentant El Cimarrón, pièce de théâtre musical évoquant le destin poignant d’Esteban Montejo, esclave cubain en fuite. Une œuvre à découvrir, assurément !

Autre moment fort : la création du nouvel opéra de Francesco Filidei, Accabadora. Le compositeur, très récemment applaudi à la Scala de Milan pour Il nome della rosa, s’empare cette fois d’une figure à la fois traditionnelle et légendaire de la culture sarde : l’Accabadora, “dernière mère”, non pas celle qui donne la vie, mais celle qui accompagne les mourants dans un geste évoquant ce qu’on appelle aujourd’hui l’euthanasie. L’ouvrage sera mis en scène par Valentina Carrasco et dirigé par Lucie Leguay.

Fidèle à sa récente ouverture vers le grand répertoire du XIXᵉ siècle, le Festival proposera enfin Les Vêpres siciliennes en version concert, sous la direction de Daniele Rustioni. Ce concert, initialement prévu en 2024 puis annulé pour raisons budgétaires, pourra enfin voir le jour. Le public y retrouvera John Osborn dans le rôle d’Henri, Nicola Alaimo en Guy de Montfort, ainsi qu’une prise de rôle très attendue pour Karine Deshayes en Duchesse Hélène (c’est Marina Rebeka qui était initialement programmée dans le concert annulé de 2024).

À ces grands titres s’ajoutent bien sûr des concerts de musique instrumentale, ainsi que plusieurs récitals (Yoncheva, Bernheim, Pérez, Spyres, Degout).

Ce programme ambitieux s’appuie également sur un engagement fort en matière d’accessibilité : près de 40 % des places sont proposées à moins de 60 euros, et le Festival poursuit par ailleurs son important travail en direction du jeune public.

Les abonnements seront disponibles dès la fin janvier et les ventes individuelles débuteront en février, sur le site du festival d’Aix.