Les brèves de juin –

  • 19 juin
    Le centenaire d’Emile Paladilhe célébré dans l’Hérault

En début d’année 2026, nous avions inclus Emile Paladilhe (1844-1926) parmi les célébrations trop discrètes de compositeurs et compositrices.

Le jeune organiste montpelliérain, dont la carrière s’épanouit à Paris (opéra Patrie, oratorio Les Saintes-Maries de la mer), sera fêté sur le territoire héraultais, les 27 et 28 juin. Le public découvrira une sensibilité poétique à l’écoute de ses mélodies ( 27 juin, église de Fontès) , ainsi que sa contribution lyrique à l’opéra fin-de-siècle (28 juin, Espace des Dominicains à Clermont-l’Hérault).

Grâce à la collaboration des Amis des orgues de Clermont l’Hérault et des Amis du spectacle de Fontès-Nizas, les deux concerts accueillent Camille Givenez-Lavaud (mezzo), Richard Bousquet (ténor) et Jeyran Ghiaee (piano).

(Sabine Teulon Lardic)

  • 18 juin
    Riccardo Muti a été nommé « Chef émérite » de l’Orchestre National de France, qui entretient depuis plus de quarante ans un lien privilégié avec le chef italien. Pour rappel, Muti dirigera l’ONF dans Attila au TCE en mars prochain.
  • 17 juin
    Rien ne va plus entre le Washington National Opera et le John F. Kennedy Center

    Quelques mois après s’être séparé du Washington National Opera, le John F. Kennedy Center for the Performing Arts, se retrouve au cœur d’un important conflit judiciaire.
    Alors que leur séparation, annoncée en janvier après quinze années de collaboration, avait été présentée comme faite « à l’amiable », l’opéra a finalement saisi la justice fédérale. La compagnie réclame plus de 17 millions de dollars, correspondant selon elle à des fonds qui lui étaient spécifiquement destinés : dotations, legs, dons et revenus collectés en son nom. Elle accuse le Kennedy Center d’avoir conservé ces sommes après la rupture.
    L’opéra affirme notamment avoir découvert qu’un fonds alimenté par des contributions qui lui étaient réservées aurait servi de garantie à une ligne de crédit du Kennedy Center. Il soutient également avoir perdu toute visibilité sur ses comptes dans les derniers mois précédant la séparation.
    Le Kennedy Center rejette catégoriquement ces accusations. L’institution affirme au contraire que le Washington National Opera a représenté une charge financière considérable pendant plus d’une décennie. Le Kennedy Center qualifie la plainte d’infondée et annonce une contre-attaque judiciaire.
    Cette bataille financière intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis sa réorganisation sous l’administration de Donald Trump, le Kennedy Center traverse une période de profondes turbulences : départs d’artistes et de mécènes, nouvelle gouvernance, programmation au service de l’idéologie trumpiste, baisse drastique de la fréquentation du public. Par ailleurs, le juge fédéral Christopher Cooper a récemment rappelé  qu’aucune modification du nom de l’institution (rebaptisée « Trump-Kennedy Center ») ne pouvait intervenir sans l’accord du Congrès : il a donc a ordonné le retrait du nom de Donald Trump de la façade.
    Quoi qu’il en soit, le Washington National Opera poursuit la préparation de sa prochaine saison. La compagnie prévoit notamment une nouvelle production de Madama Butterfly ainsi qu’une représentation de Nixon in China, avec les artistes Renée Fleming et Thomas Hampson.
    Cette affaire, qui dépasse largement le simple cadre d’un différend comptable, pourrait devenir emblématique des bouleversements que connaissent actuellement plusieurs grandes institutions culturelles américaines.

  • 16 juin
    Beatrice Venezi conteste son licenciement du Teatro La Fenice

    Comme attendu, le chef d’orchestre italien Beatrice Venezi a bien sûr contesté la résiliation de son contrat avec le Teatro La Fenice de Venise, qu’il qualifie de « nulle, illégitime et discriminatoire ».

    Le contexte
    Le 26 avril dernier, le surintendant Nicola Colabianchi avait annoncé publiquement la fin de leur collaboration, invoquant des déclarations que Venezi aurait faites à la presse internationale et qui auraient porté atteinte à l’image de la Fondation.

    La réponse de Venezi
    Par l’intermédiaire de ses avocats, Beatrice Venezi conteste cette décision pour plusieurs raisons :

    • Les déclarations reprochées n’ont jamais été clairement identifiées ni précisées (elles ont pourtant été publiées dans quotidien argentin La Nación le 23 avril dernier).
    • Elle a appris la nouvelle via les médias, et non par voie officielle
    • Son contrat (conclu pour la période du 1er octobre 2026 au 5 mars 2030) ne lui aurait pas été formellement notifié

    Malgré tout, elle affirme vouloir honorer ses engagements contractuels et rester disponible pour la Fondation, tout en dénonçant des obstacles délibérément mis en place par la direction pour l’empêcher de travailler.

    La suite
    Ses avocats se réservent le droit d’engager toute action juridique nécessaire pour défendre ses intérêts. La lettre a été transmise le 9 juin, le jour même où le surintendant présentait la nouvelle saison 2026/2027 du théâtre.

  • 15 juin
    Palmarès du 63e Prix de la Critique 2025-2026
Ludovic Tézier – © Jean Couturier
Louis Langrée et Tamara Bounazou – © Jean Couturier


  • 7 juin

OPÉRA SUR ÉCRANS 2026 : ROBINSON CRUSOÉ de Jacques OFFENBACH

  1. Une opération de régionale, nationale, et internationale !
    Angers Nantes Opéra et l’Opéra de Rennes proposent de découvrir gratuitement sur écrans, le jeudi 18 juin à 20h00, Robinson Crusoé de Jacques Offenbach. Événement gratuit, attendu par le grand public, Opéra sur écrans célèbre l’opéra en permettant, chaque année, à plusieurs milliers de spectateurs et spectatrices de vivre une expérience inédite de l’opéra.
    La saison dernière plus de 12 000 spectateurs en Pays de la Loire et en Bretagne avaient profité de cette soirée dans 70 sites. Pour cette 7e édition, à la fin-mai, plus de 75 villes et lieux se sont d’emblée portés partenaires de cet événement : près de 40 villes et sites (salles de spectacles, maisons de la culture, cinémas, micro – folies …) en Pays de la Loire, Région centre et 36 en Bretagne.
    Au total, ce sont plus de 75 lieux en Pays de la Loire et Bretagne qui retransmettront, le 18 juin, l’opéra-comique Robinson Crusoé de Jacques Offenbach, en direct cette année, depuis l’Opéra de Rennes.
    Grâce à France Télévions, l’événement prendra également une dimension nationale puisque l’événement sera accessible en streaming sur france.tv. Il sera bien sûr également retransmis en direct sur les télévisions locales :

    👉 Sur le site de internet de France 3 régions
    👉 Sur les chaînes locales : Angers TéléTélénantesLM Tv SartheTV VendéeTVR, et Val de Loire TV

    Enfin, l’opération Opéra sur écrans revêt également une dimension internationale. En effet, l’initiative attire également au-delà des frontières : Sarrebruck, ville jumelée avec Nantes, a, par exemple, renouvelé sa participation, ou encore Jersey et Guernesey.

  2. Tous les lieux
    👉 en Pays de la Loire : https://www.angers-nantes-opera.com/opera-sur-ecrans-2026-robinson-crusoe
    👉 en Bretagne : https://opera-rennes.fr/fr/evenement/robinson-crusoe
  3. Un spectacle original et de qualité
    Profitez de cette occasion pour découvrir une œuvre (très) rare, de grande qualité, montée avec soin par une équipe très talentueuse ! Première Loge a en effet déjà eu l’occasion de dire tout bien que nous pensons de cette production, lors de sa création parisienne mais aussi lors de sa reprises nantaise.
  • 5 juin
    Festival de musique sacrée à Nice du 23 au 30 juin
    Les artistes du Chœur et de l’Orchestre Philharmonique de Nice donneront une série de concerts exceptionnels à la Cathédrale Sainte-Réparate :
    Antonín Dvořák, Stabat Mater op. 58 (mardi 23) ; Wolfgang Amadeus Mozart, Missa Brevis en do majeur, K. 220/196b dite Messe des Moineaux (dimanche 21) ; Gabriel Fauré, Requiem – Pierre Ruscher, La nuit obscure (vendredi 26 juin) ; Sacré baroque (mardi 30)
    Informations et réservations sur le site de l’Opéra de Nice. 
  • 3 juin

Le Kennedy Center, ou l’échec d’une révolution culturelle trumpienne

Pour les amateurs d’architecture de Washington, et plus largement pour tous ceux qui considèrent les grandes institutions culturelles américaines comme faisant partie du patrimoine national, les derniers épisodes de la saga du Kennedy Center ressemblent à un véritable feuilleton politique.

Lorsque Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche en 2025, il a rapidement entrepris de prendre le contrôle du John F. Kennedy Center for the Performing Arts, l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses des États-Unis. Dénonçant depuis longtemps une programmation qu’il jugeait « woke » ou hostile aux valeurs conservatrices, il a remplacé une grande partie du conseil d’administration par des personnalités proches de son entourage politique et s’est lui-même fait désigner président du conseil. Plusieurs responsables historiques ont quitté l’institution, tandis que Richard Grenell, fidèle parmi les fidèles de Trump, en prenait la direction exécutive.

Cette reprise en main s’est accompagnée d’une volonté affichée de réorienter la programmation. Les nouveaux dirigeants promettaient de restaurer une culture plus patriotique, plus populaire et davantage conforme à ce qu’ils présentaient comme les valeurs américaines traditionnelles. Mais cette stratégie a rapidement provoqué une vague de critiques dans le monde artistique. Plusieurs artistes et mécènes ont pris leurs distances avec l’établissement. La soprano Renée Fleming, figure emblématique de la maison, a notamment marqué sa désapprobation, tandis que diverses productions et manifestations culturelles ont été annulées ou déplacées.

Le point culminant de cette transformation est survenu en décembre 2025 lorsque le conseil d’administration a décidé d’ajouter le nom de Donald Trump à celui de John Fitzgerald Kennedy, rebaptisant officiellement l’institution « Donald J. Trump and John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts ». La décision a immédiatement suscité un tollé. Les descendants de la famille Kennedy, des associations de préservation du patrimoine et plusieurs élus ont dénoncé une appropriation politique d’un mémorial national dédié à la mémoire du président assassiné en 1963.

Dans le même temps, l’administration Trump annonçait un ambitieux programme de rénovation nécessitant la fermeture du bâtiment pendant deux ans. Pour les défenseurs du projet, il s’agissait de moderniser un édifice vieillissant. Pour ses opposants, cette fermeture risquait de paralyser durablement la vie culturelle de Washington et d’accélérer encore l’érosion du public.

La semaine dernière, un tournant spectaculaire est intervenu. Le juge fédéral Christopher Cooper a estimé que le conseil d’administration avait outrepassé ses pouvoirs. Dans une décision très commentée, il a rappelé que le nom du Kennedy Center est fixé par une loi fédérale et qu’aucune modification ne peut intervenir sans l’accord du Congrès. Le magistrat a ordonné le retrait du nom de Donald Trump de la façade, de la signalétique et de tous les documents officiels. Il a également suspendu le projet de fermeture de l’établissement.

L’image des équipes démontant les lettres du nom présidentiel sur la façade du bâtiment sous les acclamations de la foule a rapidement fait le tour des médias américains. Pour les opposants à Trump, elle symbolise le rétablissement de l’État de droit face à une tentative de personnalisation d’une institution publique. Pour ses partisans, elle illustre au contraire la résistance des élites culturelles à leur projet de réforme.

Quelques jours après la décision judiciaire, Donald Trump a annoncé qu’il souhaitait désormais transférer la responsabilité du Kennedy Center au Congrès, affirmant que la décision des tribunaux rendait impossible la mise en œuvre de son projet de transformation. Un désengagement qui tranche avec les ambitions affichées quelques mois plus tôt.

Au-delà de la bataille juridique, l’affaire du Kennedy Center restera sans doute comme l’un des épisodes les plus révélateurs des guerres culturelles américaines contemporaines. Elle montre à quel point les institutions artistiques sont devenues, aux États-Unis, des terrains d’affrontement politique. Et elle rappelle aussi qu’un bâtiment conçu comme un mémorial national peut difficilement devenir le monument personnel d’un président en exercice, aussi puissant soit-il.