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Livre – Stella Rollet, Donizetti et la France (1831-1897)

Les classiques Garnier font paraître un ouvrage consacré à Donizetti qui intéressera tout particulièrement ceux de nos lecteurs qui suivent notre feuilleton « Les Italiens à Paris » : intitulé Donizetti et la France, il est signé Stella Rollet et reprend un travail rédigé dans le cadre d’une thèse co-dirigée par Jean-Claude Yon et Jean-Yves Mollier. Les études en langue française consacrées au compositeur de Bergame étant vraiment peu nombreuses (c’est le moins qu’on puisse dire [1] !), cet ouvrage est particulièrement bienvenu, d’une part parce qu’il contribue à combler à manque dans la littérature scientifique française consacrée à Donizetti, d’autre part parce que l’angle d’étude choisi (les relations du compositeur à la France) est particulièrement original.

Le volume comporte trois parties distinctes :

  • La première (« La carrière parisienne de Donizetti » est chronologique : elle retrace l’histoire des liens unissant le musicien à la capitale française, des premiers contacts aux triomphes des années 1835-1840, et jusqu’à l’annonce, dans la presse française, de sa disparition à Bergame en 1848 (avec une annonce particulièrement étonnante parue dans Le Ménestrel le 23 avril 1848 : « Notre illustre compositeur vient de s’éteindre à Bergame », faisant plus que jamais de Donizetti, par l’utilisation surprenante du déterminant possessif, un Français d’adoption).
  • La deuxième (« La représentation, genèse et effets ») est consacrée à l’aspect « pratique » de la carrière parisienne du musicien : signatures des contrats, compositions d’ouvrages destinés aux scènes parisiennes, répétitions, honneurs rendus au compositeur,…
  • La troisième enfin aborde la fortune du musicien et de son œuvre en France : place des œuvres de Donizetti dans les théâtres parisiens, réception critique (des dithyrambes à la mauvaise foi – et aux mensonges – berlioziens, qui comptent sans doute pour beaucoup dans le mépris qui entoura longtemps l’œuvre du musicien en France), mémoire de Donizetti en France durant tout le XIXe siècle.

La démarche est limpide, rigoureusement suivie, étayée par des sources nombreuses et fiables – comme il se doit pour un travail universitaire – et l’ouvrage est rédigé dans une langue claire, évitant soigneusement tout jargon spécialisé et faisant ainsi de l’ouvrage un volume qui intéressera tout aussi bien le spécialiste que le simple amateur. La liste des sources et la riche bibliographie le rendent en outre particulièrement précieux.

Le propos et les objectifs poursuivis par Stella Rollet n’étant nullement musicologiques (l’auteure est spécialiste de l’histoire des spectacles et de la presse au XIXe siècle en France et en Europe), ajoutons qu’il reste, dans le monde éditorial, de la place pour d’autres publications en français, qui se proposeraient cette fois-ci d’étudier le rôle central que joua Donizetti dans l’histoire de l’Opéra, et qui souligneraient notamment la transition qu’il opère entre le bel canto du premier XIXe siècle et le jeune Verdi. Une version traduite et mise à jour de l’ouvrage d’Ashbrook dans la « Bibliothèque des Grands Musiciens » de Fayard, par exemple ?

Stella Rollet, Donizetti et la France (1831-1897) – Carrière, créations, réception. Classiques Garnier (« Études sur le théâtre et les arts de la scène »), 2021, 59 €.

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[1] Signalons le volume de Gilles De Van : Gaetano Donizetti, paru à Barcelone chez Bleu Nuit Éditeur en 2009. Malheureusement l’ouvrage ancien de William Ashbrook, Donizetti and his operas (Cambridge, Cambridge UP, 1982) n’a fait l’objet d’aucune traduction française.