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Édito de novembre 2020 – La bonne volonté et la réactivité des artistes : jusqu’à quand ?…

Ouvriers sur la scène de l’Opéra Comique, devant le rideau de fer

Hélas, l’embellie à laquelle nous croyions à la fin de l’été aura été de courte durée, et le coronavirus a fait un retour aussi rapide que brutal en cet automne 2020, entraînant, comme nous le redoutions, de nouvelles mesures sanitaires et un reconfinement avec de nouveau, à la clé, de graves conséquences pour le monde culturel.

L’arrivée de la mélomane et ouvertement lyricophile Roselyne Bachelot au ministère de la Culture avait été perçue comme un signe encourageant et porteur d’espoir par nombre d’amateurs et de professionnels. Mais lors de l’instauration du couvre-feu, son échec à obtenir une dérogation pour les spectacles avait rappelé que la volonté ou la passion, même étayées d’un raisonnement sûr et de constatations fiables, ne peuvent pas grand-chose  lorsqu’elles sont noyées dans le cadre plus vaste de décisions prises au niveau national…

Quant au nouveau confinement, annoncé par Emmanuel Macron dans son allocution du mercredi 28 octobre, il n’a fait que confirmer la place dérisoire que semble dorénavant occuper le monde de l’art sinon dans notre société, du moins chez nos dirigeants. Pas un mot pour la culture… Et une phrase telle que « Le travail pourra continuer », assortie de l’annonce de la fermeture de toutes les salles de spectacles, donne la désagréable impression que tout ce qui ressortit à l’art en général et au monde du spectacle en particulier ne constitue pas un « travail »…

Pourtant, les théâtres, opéras et salles de concert peuvent à juste titre prétendre au statut de meilleurs élèves dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, et celles et ceux qui ont eu la chance de les fréquenter en ces deux premiers mois de la saison 2020-2021 ont pu constater le sérieux, la rigueur, l’efficacité avec lesquels les mesures sanitaires y sont respectées : multiplication des billets électroniques afin de limiter les regroupements aux caisses ; présence de gel hydroalcoolique généralisée, suppression ou diminution de la durée des entractes, parcours fléchés afin d’éviter aux spectateurs de se croiser, respect des distances entre spectateurs dans la salle de spectacle, rappel à l’ordre des spectateurs ne portant – ou portant mal – leur masque : tout a été mis en place pour que les choses se passent au mieux, et c’est peu de dire que le sentiment de sécurité qu’on éprouve en ces lieux culturels y est mille fois supérieur à celui que l’on peut ressentir dans une gare ou dans le métro…

Une fois encore, face à l’adversité, les artistes réagissent, s’organisent et inventent mille façon de poursuivre leurs activités malgré tout :

  • les premiers opéras mis en scène en ce début de saison ont tous fait l’objet d’adaptations dans leur mise en scène (distance entre les chanteurs, choristes placés sur les gradins ou chantant avec un masque) ou leur organisation matérielle (bande-son orchestrale pré-enregistrée et diffusée dans la salle, comme à Genève pour L’Affaire Makropoulos ; orchestre jouant en live dans une salle extérieure, la bande-son étant également diffusée dans l’opéra par haut-parleurs, comme à Zurich,…) ;
  • à l’annonce du couvre-feu, les salles de spectacles et les artistes se sont organisés dans l’urgence pour proposer aux spectateurs de nouveaux horaires leur permettant de rentrer chez eux en respectant la nouvelle réglementation ;
  • certains opéras (ceux de Bordeaux et Paris, ou encore l’Opéra Comique) maintiennent les répétitions en cours, joueront les spectacles sans spectateurs mais filmeront et diffuseront l’événement ou en feront un enregistrement audio.

On ne peut qu’applaudir et admirer cette capacité à rebondir, s’adapter, aller de l’avant sans se laisser abattre. Tout en se demandant : jusqu’à quand ?… Sans une meilleure prise en compte de la situation des artistes, sans de nouvelles propositions concrètes pour les aider à faire face, les meilleures volontés ne risquent-elles pas, avec le temps, de s’émousser ? Ce serait on ne peut plus compréhensible… mais absolument dramatique.  

Faut-il rappeler une nouvelle fois que, selon une étude réalisée il y a cinq ans et dont les résultats avaient été communiqués et analysés par nos confrère de La Tribune, le secteur culturel contribue 7 fois plus au PIB français que l’industrie automobile, avec 57,8 milliards d’euros de valeur ajoutée par an ? Son coût total pour la collectivité approcherait ainsi 21,5 milliards d’euros. Si les préoccupations strictement culturelles et humanistes n’émeuvent pas en haut lieu, les arguments plus platement économiques devraient – hélas ! – pouvoir faire bouger les choses…