Il aurait 100 ans aujourd’hui : JON VICKERS

Il y a cent ans naissait le ténor Canadien Jon Vickers, sans aucun doute l’un des plus importants chanteurs de sa génération. Il fut notamment Jason pour la Médée de Callas, Pollione aux côtés de Caballé, Don José pour la Carmen de Grace Bumbry, Otello auprès de Mirella Freni, mais aussi Samson, Tristan, Enée, Radames, Peter Grimes,… Une légende vocale du XXe siècle. 

Vickers naît le le 29 octobre 1926 à Prince Albert en Saskatchewan (Canada). Ses débuts ont lieu en 1954 à Toronto (il chante alors le Duc de Mantoue dans Rigoletto). Deux ans plus tard, les engagements internationaux pleuvent : le Covent Garden de Londres, les festivals de Bayreuth ou de Salzbourg, la Scala de Milan, le Metropolitan Opera de New York, l’Opéra de Paris le réclament. Sa voix ample, puissante, semble le destiner aux emplois de ténor héroïque. Il n’excellera cependant jamais autant que dans les rôles où, derrière une solidité, une virilité de façade, transparaissent certaines fêlures et une forme de fragilité. Ce n’est donc pas un hasard si, au nombre de ses très grands succès, il faut compter les rôles de Tristan, Siegmund, Florestan, Ricardo du Ballo in maschera, Don Carlo, Otello ou  Peter Grimes. Vickers fut aussi un José ou un Énée des Troyens très appréciés, et il interpréta également Giasone dans Medea à Dallas en 1958 aux côtés de Callas et Berganza.

Il légua fort heureusement de nombreux témoignages discographiques de son art : son Florestan (Klemperer/Ludwig, 1962), son José (De Burgos/Bumbry, 1969), son Énée (Davis/Veasy, 1969), son Siegmund (Karajan/Janowitz, 1966), son Tristan (Karajan/Dernesch, 1971), son Radames (Solti/Price, 1962), son Otello (Serafin/Rysanek, 1960) sont entrés dans la légende.
Pour apprécier le talent de Vickers dans le répertoire italien, ne manquez pas son récital enregistré sous la direction de Serafin en 1961.





Plusieurs captations vidéos existent également, dont les deux films de studio réalisés par Karajan à la suite de représentations données à Salzbourg : Otello (avec Freni) et Carmen (avec Bumbry), toutes deux publiées chez Deutsche Grammophon.


D’une longévité vocale étonnante, Vickers étonna le public en délivrant à Covent Garden, lors de l’hommage international à Maria Callas donné en 1983, une interprétation vibrante de Siegmund. Trois ans plus tard, il chantait encore Samson au Metropolitan Opera de New York pour célébrer le tricentenaire de Händel.

Pour rendre hommage à cette voix unique et à ce chanteur atypique, géant aux pieds d’argile, voix d’airain cachant de secrètes fêlures, nous avons choisi sa Winterreise, gravée en 1984 avec Geoffrey Parson. Ce n’est certainement pas l’enregistrement le plus célèbre de Vickers ; il s’agit par ailleurs d’une version controversée du chef-d’œuvre de Schubert, mais, selon nous, l’une des plus bouleversantes qui soient. Écoutez le onzième lied, « Frühlingstraum » (36:27) : rien de plus saisissant que le contraste entre la véhémence du « Und als die Hähne krähten » et l’ineffable tendresse de « Doch an den Fensterscheiben ». Quant à la question désabusée : « Wann halt’ ich mein Liebchen im Arm ? » (« Quand tiendrai-je ma bien-aimé dans mes bras? »), elle referme délicatement le lied, avec une douceur et une tristesse infinies… Incomparable !

https://www.youtube.com/watch?v=4wYFr42BbrQ