Elle aurait 100 ans aujourd’hui : GALINA VICHNEVSKAÏA

Galina Vichnevskaïa naît le 25 octobre 1926 à Léningrad. Très tôt orpheline (ses parents meurent pendant le siège de la ville), elle est élevée par sa grand -mère et se découvre rapidement une véritable passion pour la musique et l’opéra. Elle travaille sa voix avec Vera Garina, remporte le concours d’entrée au Bolchoï, gravit patiemment les échelons en incarnant tout d’abord de petits rôles avant de triompher en Tatiana (Eugène Onéguine), qui deviendra l’un de ses rôles fétiches – qu’elle interprétera dans le monde entier : Moscou, Milan, Florence, Boston, Paris (en 1969 puis en 1982 pour ses adieux à l’Opéra de Paris). Parmi ses autres rôles issus du répertoire russe : Lisa (La Dame de Pique), ou encore Marfa (La Fiancée du Tsar).
Très vite cependant, Galina Vichnevskaïa élargit son répertoire aux œuvres italiennes, avec Aida (chantée à Paris en 1962, mais aussi à New York, ou Covent Garden), Tosca, Butterfly, Traviata, Desdemona,…
Ouverte à la modernité, Vichnevskaïa participe à la création définitive au Bolchoï de Guerre et Paix (Prokofiev), ou à celle remaniée de Lady Macbeth de Mtsensk (Chostakovitch) ; Britten aurait aimé qu’elle crée son War Requiem (mais l’URSS ne permit pas à la chanteuse de se rendre à Coventry pour cette création ; elle fut remplacée par Heather Harper) ; elle créera également la Quatorzième symphonie de Chostakovitch en 1969.

L’amitié de Galina Vichnevskaïa et de son époux Mstislav Rostropovitch avec l’écrivain Soljenitsyne vaudra au couple de tomber en disgrâce auprès du régime soviétique, qui verra progressivement ses activités artistiques se réduire de façon assez drastique. En 1975, Vichnevskaïa et Rostropovitch s’installent à Paris et trois ans plus tard, ils se voient déchus de leur nationalité soviétique. Elle leur sera restituée en 1990 sous Mikhaïl Gorbatchev : le couple revient alors s’établir à Moscou, où la soprano russe s’éteint le 11 décembre 2012.

Il faut, pour apprécier l’art de Galina Vichnevskaïa, dépasser un jugement qui se limiterait à des considérations liées à la seule beauté vocale : la voix de la chanteuse, immédiatement reconnaissable, distille un charme certain mais très particulier : elle possède notamment un vibrato assez prononcé et se fait parfois quelque peu anguleuse, comme d’autres voix slaves… Mais si le nom de Galina Vichnevskaïa s’inscrit en lettres d’or dans l’histoire du chant russe – et dans l’histoire de l’opéra en général –, c’est peut-être avant tout pour le tempérament fougueux de la chanteuse, qui lui permet de conférer à ses incarnations une urgence dramatique incomparable… La scène de la lettre de Tatiana (Eugène Onéguine), fébrile, ardente, habitée, demeure, à ce titre-là, l’une des plus intensément vécue qu’il soit donné d’entendre.

https://www.youtube.com/watch?v=S5Qr_z04UUo

Tchaikovsky, « Lullaby »