In memoriam : Hartmut Welker (1941-2026)

Nous avons appris la disparition, le 12 septembre dernier, du baryton allemand Hartmut Welker, à l’âge de 84 ans. Né le 27 octobre 1941 à Velbert, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Welker aura marqué pendant plusieurs décennies les scènes lyriques internationales par une voix puissante et sombre, et une forte présence scénique qui, avec les années, devaient le conduire vers les grands personnages de l’univers de Richard Wagner.
Son parcours n’avait pourtant rien de celui d’un enfant prodige. Avant de devenir chanteur, Hartmut Welker avait appris le métier de mécanicien-outilleur. Ce n’est qu’à l’âge de 28 ans qu’il entreprit des études de chant, auprès d’Else Bischof à la Hochschule für Musik d’Aix-la-Chapelle. Il y fit ses débuts en 1974, presque par hasard, en remplaçant au pied levé un chanteur malade dans le rôle de Monterone de Rigoletto. Trois ans plus tard, toujours à Aix-la-Chapelle, il effectuait ses véritables débuts officiels dans le rôle de Renato dans Un ballo in maschera de Verdi.
Ces rôles italiens méritent d’être rappelés, car ils permettent de nuancer l’image d’un Welker exclusivement wagnérien. Il aborda en effet un répertoire considérable, et Verdi occupa une place importante dans ses premières années : après Monterone et Renato, il chanta notamment Macbeth, Amonasro dans Aida et Don Carlos dans La forza del destino. Son répertoire comprit également des ouvrages de Puccini, Strauss, Berg, Mussorgski, Ponchielli, Beethoven, Weber, Schubert ou Zemlinsky.
Mais c’est progressivement vers le répertoire allemand, et plus particulièrement vers Wagner, que sa voix et sa personnalité artistique allaient le porter. Membre de la Staatsoper de Hambourg à partir de 1982, de la Staatsoper de Vienne à partir de 1985 et de la Deutsche Oper de Berlin à partir de 1987, il se produisit dans les plus grandes maisons internationales : La Scala de Milan, Covent Garden à Londres, le Metropolitan Opera de New York, Chicago, San Francisco, Santiago du Chili, ainsi que sur de nombreuses scènes françaises et européennes. Paris ne fut pas absent de cette carrière internationale. Hartmut Welker y fut notamment le Telramund de Lohengrin en novembre 1996, à l’Opéra Bastille, dans la production de Robert Carsen dirigée par James Conlon, aux côtés de Gösta Winbergh, Karita Mattila et Gwyneth Jones. Il avait également été invité auparavant par l’Opéra de Paris, notamment en 1983 dans L’Or du Rhin, où il chantait Donner.
Il se produisit également avec un grand succès à l’Opéra de Marseille : en avril 1996, il y incarnait Amfortas dans Parsifal, aux côtés de Lisbeth Balslev, Heikki Siukola et Matthias Hölle, sous la direction de Friedrich Pleyer. Il y fut alors particulièrement remarqué, son Amfortas étant décrit comme l’un des sommets de la distribution. Toujours à Marseille, il fut un Alberich de L’Or du Rhin très applaudi.
Son nom reste indissociablement lié à Wagner. Il fut le Hollandais, Wotan, Alberich, Telramund, Amfortas, Klingsor et Kurwenal, autant de figures qui exigeaient non seulement des moyens vocaux considérables mais aussi une véritable autorité dramatique. Il aborda également le rôle du Wanderer dans Siegfried. Chez Wagner, Welker trouvait manifestement un répertoire à la mesure de son tempérament : des personnages tourmentés, violents, autoritaires ou déchirés, qui réclamaient une voix capable de s’imposer dans les grandes masses orchestrales tout en donnant aux mots leur poids dramatique.