Cycle « À armes égales » avec Eva Zaïcik au musée de l’Armée : la revanche royale de la Femme baroque.

Les Épopées et Eva Zaïcik, Paris, Musée de l’Armée, lundi 02 février 2026
Méprisées, abandonnées, rejetées, les femmes de ce soir ont de commun une destinée tragique, et Eva Zaïcik leur prête sa voix raffinée et rayonnante pour mieux leur rendre justice à travers un programme centré sur le baroque italien du 17e siècle.
Rares sont les récitals qui n’apparaissent pas comme un exercice en vanité mais comme de vrais concepts, avec un déroulé à la fois exigeant et faisant sens dans sa globalité. Ce soir au musée de l’Armée, le public n’a eu qu’à se laisser porter par la force d’implication des artistes de l’ensemble Les Épopées (remplaçant le Consort, prévu au départ) et leur soliste, pour mieux découvrir le destin de ces femmes.
La petite introduction à cette avant-dernière soirée consacrée au cycle À Armes Égales nous rappelle qu’il s’agit d’une incartade : piochant normalement dans le répertoire français, la soirée se déroulera sous les cyprès italiens. Ce cycle, prévu pour évoquer « le parcours des femmes qui ont livré bataille à leur manière pour la pleine et entière reconnaissance de leur talent » verra ce soir se succéder airs dramatiques chantés et passages instrumentaux.
La mezzo française Eva Zaïcik parvient à donner corps et larmes à ces femmes, notamment dès le très bel air écrit par la prolifique Barbara Strozzi. Sa voix fait des merveilles d’expressivité grâce notamment à une intelligente utilisation du souffle, et ce tout au long de ce récital. Les deux morceaux de Monteverdi “Disprezzata regina” et “Addio Roma “permettent à la chanteuse de laisser exprimer son talent dramatique, grâce à des aigus solides au déploiement contrôlé, une voix conservant une jolie rondeur, épousant parfaitement les contours des œuvres, et surtout assurant un équilibre avec les musiciens sans chercher à les dominer. Mais c’est surtout sur l’impressionnant air de Médée « Dell’antro magico » de Cavalli que brille la chanteuse. La tension dramatique s’instaure dès les premières mesures de l’introduction, avant que ne domine une voix où s’enchainent les nuances de couleurs ; Eva Zaïcik passe avec une apparente facilité de la colère aux imprécations, son expressivité ne sombrant à aucun moment dans l’excès.
Les pièces instrumentales vont mettre en lumière tour à tour les membres des Épopées, avec à sa tête un Stéphane Fuget au clavecin, brillamment expressif et qui introduit certains des morceaux choisis auprès du public. Marina Bonetti et Gabrielle Rubio, respectivement à la harpe et au théorbe, apportent un accompagnement élégant répondant avec mélancolie à la basse de viole d’Agnès Boissonnot-Guilbault.
Un moment flottant et trop court pour cette jolie soirée, se clôturant avec un « encore » plein d’humour nous permettant de quitter le musée de l’Armée sur une note plus heureuse que ne l’est le destin des femmes mises à l’honneur dans ce programme !
Eva Zaïcik, mezzo-soprano
Ensemble Les Épopées :
Agnès Boissonnot-Guilbaut, basse de viole ;
Marina Bonetti, harpe ;
Gabrielle Rubio, théorbe ;
Stéphane Fuget, clavecin et direction
Les Épopées et Eva Zaïcik
Paris, Musée de l’Armée, Grand salon de l’Hôtel des Invalides, Récital du lundi 02 février 2026.
Barbara Strozzi
Cantate L’Eraclito amoroso
Bellerofonte Castaldi
Lettera hebraica
Luigi Rossi
Passacaille solo harpe
Giovanni Felice Sances
Usurpator tiranno
Claudio Monteverdi
Disprezzata regina
Andrea Falconieri
La suave melodia e su corrente
Francesco Cavalli
Il Giasone (extrait) Medea : « Dell’antro magico »
Michelangelo Rossi
Toccata settima solo clavecin
Tarquinio Merula
Folle è ben che si crede
Claudio Monteverdi
Addio Roma
Girolamo Frescobaldi
Toccata prima solo clavecin
Cosi mi disprezzate