Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique au Théâtre des Champs-Élysées

La Folle soirée de l’Opéra, Théâtre des Champs-Élysées, vendredi 19 juin 2026
Retour attendu de La Folle soirée de l’Opéra au Théâtre des Champs-Élysées, avec un concert chaleureusement accueilli par le public ! L’événement, animé par Jean-Michel Dhuez (dont vous pouvez lire l’interview ici), sera diffusé le 11 juillet sur Radio Classique.
Des extraits célèbres des répertoires français et italien
Réglé comme du papier à musique, voilà que nous revient cette année aussi, au seuil de l’été, le concert de Radio Classique, animé par Jean-Michel Dhuez. Le présentateur nous le rappelait dans le récent entretien qu’il a accordé à notre rédacteur en chef : pour ce genre d’exercice, il faut trouver le meilleur équilibre au sein du programme. C’est donc entre opéras français et italiens que se joue le balancier qui fait alterner airs solistes (deux par interprètes), deux duos et deux trios, réunissant quatre voix d’exception qui puisent le plus souvent dans leur propre répertoire scénique et couvrent la plus large gamme des tessitures.
Faust est à l’honneur grâce à la cavatine du héros tirée de l’acte III et à l’air des bijoux qui lui fait suite. Julien Dran connaît toutes les facettes de son Docteur, par moments barytonnant, et se permet des nuances enivrantes, telle cette variation sur le deuxième « Salut ! », ou encore un smorzando prodigieux sur « présence ». Pour sa part, la Marguerite de Vannina Santoni se singularise, dès le récitatif, par une élocution exceptionnelle et une magnifique colorature, notamment dans les passages de transition vers le haut du registre, cependant que l’aria à part entière est un miracle de legato, de virtuosité, de longueur du souffle et de tenue de la ligne. On s’en doute déjà : ce sera elle la reine de la soirée !!!
Incontournable Mozart !
Il n’y a pas de « Folle Soirée » sans Mozart, nous dit Jean-Michel Dhuez. Très articulé à son tour, le Leporello de Paul Gay – nouveau venu de la manifestation – se complaît d’une certaine ampleur, notamment sur le « maestosa » décrivant la taille des conquêtes les plus imposantes de son maître. Je ne crois pas que ce fût une très bonne idée de jouer la pantomime du portable, comme s’il débitait son catalogue au téléphone, du moins au début. Cela donne des mauvaises idées aux spectateurs… à tel point qu’une sonnerie s’est déclenchée après la sortita de Norma, heureusement juste à la fin. Donné en pure prière, sans récitatifs ni cabalette, l’hymne de la druidesse est en passe de devenir l’un des chevaux de bataille de Karine Deshayes – on se souvient encore de sa triomphale prise de rôle parisienne en janvier dernier, dans cette même salle – qu’elle appréhende sans réserve : que louerons-nous davantage entre la rondeur des vocalises, l’éclat des trilles et la splendeur des notes filées ?
S’engageant corps et âme dans le duo de Saint-Sulpice, Vannina Santoni et Julien Dran – qui n’a pas encore chanté Des Grieux à la scène – nous mènent du concert au théâtre. Très naturels, les deux interprètes respectent d’abord l’éloignement physique qui sied à la rencontre, pour se rapprocher lors de la tentation, main dans la main, la soprano planant avec générosité dans les sphères supérieures de l’aigu.
Riche en couleurs, le récitatif de Donna Elvira révèle tout le sens du tragique dont sait faire preuve Karine Deshayes, ce que relaie également l’allegretto, somptueusement fleuri. Plutôt appliqué, Paul Gay manque quelque peu de corps et, par conséquence, d’intensité dans son portrait du dépit du roi d’Espagne, proposé dans sa version en italien. Jean-Michel Dhuez évoque l’écart temporel entre cette dernière et l’original français. Rappelons néanmoins que s’il faut attendre la reprise milanaise en quatre actes de 1884 avant d’obtenir l’aval de Verdi, la première ‘italienne’ de Don Carlo a lieu à Londres, début juin 1867, moins de deux mois après la création parisienne, suivie en octobre des débuts bolonais et en 1872 de l’importante étape napolitaine. Dans l’air de La Wally, popularisé par le cinéma, Vannina Santoni confirme les mérites de sa Marguerite et la maîtrise parfaite de l’étendue de son instrument. Dans l’air d’Arnold, acte IV de Guillaume Tell, Julien Dran fait à nouveau état d’un sens raffiné du phrasé et d’un volume non négligeable, même si nous n’assistons pas au feu d’artifice que nous annonce Jean-Michel Dhuez, le morceau étant privé de sa cabalette.
Complicité entre les chanteurs, complicité du chef
Encore Mozart en épilogue. Dans le trio de Così fan tutte, Karine Deshayes et Vannina Santoni renouvellent respectivement leurs qualités de longueur du souffle et de brillant. Investissant un séducteur à toute épreuve, Paul Gay instaure ensuite un dialogue très éloquent avec la Zerlina de Karine Deshayes, jamais abordée à la scène, dont l’art du murmure illustre tout particulièrement les hésitations de la jeune femme.
Le trio final de Faust est encore l’occasion de redonner vie à une Marguerite aérienne, s’acheminant vers le salut éternel, un Méphistophélès bien campé s’insinuant auprès d’un Faust un peu plus en retrait.
Si nos sources sont à jour, Victor Jacob n’a pas encore dirigé d’opéra intégral. Ce soir, il s’en sort avec les honneurs. Débutant lui aussi dans la « Folle Soirée » de Radio Classique, il soutient ses chanteurs sans nullement les gêner. Si les premières mesures de l’ouverture de Nabucco peuvent sonner légèrement mécaniques, la justesse des cordes annonce pleinement l’une des pages les plus célèbres de la partition, le chœur de l’acte III, les percussions étant également bien maîtrisées. Dans l’entracte de l’acte II de Roméo et Juliette, c’est au tour de la harpe de développer un thème du reflux que les vents enlèvent enfin dans leur crescendo.

Après les remerciements de rigueur (le Théâtre des Champs-Élysées, Radio Classique, l’Orchestre national d’Île-de-France et tous les intervenants), Jean-Michel Dhuez nous renvoie à la rediffusion du 11 juillet à 20h sur les antennes de Radio Classique, justement.
En bis, un dernier brindisi de La traviata, encore une belle opportunité pour Vannina Santoni de faire preuve de sa santé vocale, une héroïne qu’elle avait incarnée ici-même à l’automne 2018. Karine Deshayes n’est pas en reste en Flora, Julien Dran endossant l’habit d’un bel Alfredo et Paul Gay d’un Gastone idiomatique.
Le public remercie généreusement, en attendant le rendez-vous de l’an prochain.
Vannina Santoni, soprano
Karine Deshayes, mezzo-soprano
Julien Dran, ténor
Paul Gay, baryton-basse
Orchestre national d’Île-de-France, dir. Victor Jacob
La Folle soirée de l’Opéra
Verdi Nabucco, Ouverture
Gounod «Salut ! Demeure chaste et pure» (Julien Dran), «Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir» (Vannina Santoni) extraits de Faust
Mozart «Madamina, il catalogo è questo…» , extrait de Don Giovanni (Paul Gay)
Bellini «Casta Diva» extrait de Norma (Karine Deshayes)
Gounod Roméo et Juliette, Entracte Acte II
Massenet «Toi ? Vous… N’est-ce plus ma main ?», extrait de Manon (Vannina Santoni et Julien Dran)
Mozart «In quali eccessi… Mi tradi quell’alma ingrata…», extrait de Don Giovanni (Karine Deshayes)
Verdi «Ella giammai m’amò !» extrait de Don Carlo (Paul Gay)
Catalani «Ebben ? Ne andrò lontana» extrait de La Wally (Vannina Santoni)
Rossini «Asile héréditaire» extrait de Guillaume Tell (Julien Dran)
Mozart «Soave sia il vento» extrait de Così fan tutte (Vannina Santoni, Karine Deshayes et Paul Gay)
«La ci darem la mano» extrait de Don Giovanni (Karine Deshayes et Paul Gay)
Gounod «Alerte ! Alerte ! Ou vous êtes perdus !» extrait de Faust (Vannina Santoni, Paul Gay et Julien Dran)
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, concert du vendredi 19 juin 2026