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Au musée Fabre de Montpellier : du salon à l’Opéra

Exposition : A l’opéra chez les Despous ! (25 juin-6 novembre 2022), ouverture du mardi au dimanche, commissariat scientifique de Michel Hilaire (conservateur du patrimoine, directeur du musée Fabre), Florence Hudowicz (conservatrice en chef du patrimoine), Sabine Teulon, musicologue.
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Faire coexister la sortie virtuelle à l’Opéra autour de 1890 et celle de nos jours : pari réussi à l’Hôtel Sabatier d’Espeyran ! Cette annexe du musée Fabre de Montpellier abrite déjà le mobilier et les peintures d’une famille de notables (Despous de Paul) sous la IIIe République. Investis par des tenues de soirée 1900 et une sélection de costumes de scène (prêt de l’Opéra Orchestre national de Montpellier), les salons s’animent de silhouettes échappées de productions récentes de Carmen, Manon Lescaut, Werther, Cyrano de Bergerac d’Alfano, Jetzt de M. Nitschke (2012). La bigarrure stylistique est astucieusement mise en scène par des détails, des clins d’œil. Par exemple celui des mousquetaires (tableaux de l’Hôtel) qui lorgnent Roxane et Cyrano, issus de la production lyrique des frères Alagna (2006, Opéra Berlioz).

Alors que le Festival Radio-France Occitanie Montpellier amorce son édition So british, les documents d’archives exposés dévoilent la tenue de premiers festivals dans la cité venant de fêter le 6e centenaire de ses universités : l’un est dédié à Jules Massenet (1897), l’autre à Camille Saint-Saëns (1900).  Au fil des extraits diffusés sur le parcours d’exposition (dont Marie-Nicole Lemieux dans sa prise de rôle de Charlotte de Werther, Orchestre national de Montpellier), le visiteur plonge dans la fraîcheur tempérée de l’Hôtel, musardant entre les dessins de l’architecte de l’Opéra-Comédie (1888), la pétition des abonnés contre les chapeaux de dame ou bien l’incursion de Mayol pour produire Viens Poupoule (1916), tube du caf’conc. Côté décor, de précieuses contributions locales ne sont pas en reste, de la peinture d’Etienne Loys pour Le Tartare (1756) aux dessins du Livre des décors (1888) et aux maquettes de Jean Hugo (1981).

Deux fils conducteurs mettent l’accent sur l’empreinte de l’opéra dans les représentations et l’identité d’une cité, au fil de trois siècles. Pour l’un, la permanence des Huguenots de Meyerbeer, grand opéra choisi tant pour l’inauguration de l’Opéra-Comédie (1888) que pour celle de l’Opéra Berlioz au Corum (1990), prend tout son sens dans l’ex-citadelle huguenote. Pour l’autre, les représentations de la pastorale Daphnis et Alcimadure de J.-J. Cassanéa de Mondonville (1756, 1er Théâtre de Montpellier), et celles de la première édition du festival Montpellier Danse (1981) se font écho. Elles illustrent la volonté d’asseoir la culture régionale par la langue occitane, choisie par le compositeur narbonnais à la cour de Louis XV. En croisant patrimoine et création – décors de Jean Hugo, costumes de Vincent Bioulès chorégraphie de Dominique Bagouet – cette production de 1981 ne synthétiserait-elle pas la griffe montpelliéraine ? Ou encore préfigurerait-elle les modalités d’actualisation du Revival baroque sur toute scène ?

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Pour aller plus loin …

Le programme

A l’opéra chez les Despous ! Exposition du 25 juin au 6 novembre 2022,  commissariat scientifique de Michel Hilaire (conservateur du patrimoine, directeur du musée Fabre), Florence Hudowicz (conservatrice en chef du patrimoine), Sabine Teulon, musicologue.

Montpellier : musée Fabre / Hôtel de Cabrières Sabatier d’Espeyran (ouverture du mardi au dimanche, après-midi).